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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303153

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303153

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, Mme A D épouse B, représentée par Me Albertin, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de la Drôme de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son époux, dans un délai de trois mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation et de délivrer à son époux une autorisation provisoire de séjour sur le territoire français l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

L'urgence est caractérisée car les revenus de la famille sont devenus insuffisants dès lors que M. B, dont le titre de séjour a expiré, ne peut plus travailler et qu'en cas d'une longue interruption de son activité, il lui sera difficile d'être réembauché par son employeur ;

Les moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée sont :

- l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- le vice de procédure au regard de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence des avis du maire et du directeur territorial de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration ;

- la méconnaissance de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que doivent être pris en compte les revenus de son conjoint, quand bien même celui-ci n'aurait pas respecté son engagement en qualité de travailleur saisonnier ;

- la méconnaissance de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour dès lors qu'elle remplit les conditions du regroupement familial et que son époux était régulièrement présent en France à la date de la demande ;

- la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la requête enregistrée le 4 mai 2023 sous le numéro 2303119 par laquelle Mme A D épouse B demande l'annulation de la décision attaquée.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et constaté l'absence des parties.

1. Mme A D, née en 1970, a contracté mariage le 3 mars 2021 en France avec M. B ressortissant marocain titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier " valable du 27 septembre 2019 au 26 septembre 2022. Le 4 février 2022, elle a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son époux. La préfète de la Drôme a refusé par un arrêté du 6 septembre 2022 au motif que ses ressources étaient insuffisantes. L'exécution de cet arrêté a été suspendue par ordonnance du 2 février 2023 du juge des référés de ce tribunal, qui a enjoint au réexamen de la demande, en retenant qu'étaient de nature à créer un doute sérieux les moyens tirés de l'erreur dans l'appréciation des ressources et de l'erreur manifeste d'appréciation. Par l'arrêté du 27 mars 2023 en litige, la préfète de la Drôme a retiré l'arrêté du 6 septembre 2022 et a de nouveau rejeté la demande de regroupement familial au motif que son époux est présent en France, d'une part, et, d'autre part, que ses revenus ne doivent pas être pris en compte dès lors qu'il s'est maintenu au-delà de la durée d'engagement prévue par le titre de " travailleur saisonnier ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. Mme A D épouse B, qui assume complètement la charge d'une enfant de 12 ans issue d'une précédente union, justifie que la situation financière de sa famille est très précaire depuis que son époux n'est plus autorisé à travailler en raison de l'expiration de son titre de séjour " travailleur saisonnier " en septembre 2022. Ainsi, le refus porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'illégalité des deux motifs de refus dès lors que l'époux était régulièrement présent en France à la date de la demande et que ses ressources ne pouvaient être exclues quand bien même il s'est irrégulièrement maintenu, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution l'arrêté du 27 mars 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Les motifs de la présente décision impliquent, dès lors qu'il ressort de la décision en litige que le logement de Mme A D épouse B est conforme, qu'il soit enjoint à la préfète de la Drôme d'accorder dans un délai de quinze jours le regroupement familial demandé, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros qui sera versée à Me Albertin, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A D épouse B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision de la préfète de la Drôme en date du 27 mars 2023 portant refus de regroupement familial est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme d'accorder à Mme A D épouse B le regroupement familial demandé, dans un délai de quinze jours, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 900 euros à Me Albertin, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir l'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D épouse B, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Fait à Grenoble, le 8 juin 2023.

La juge des référés,

A C

La greffière,

J. BoninoLa République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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