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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303396

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303396

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mai 2023 et le 16 juin 2023, M. A C, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-AF 100 du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans, l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'une inexactitude matérielle des motifs du fait de l'absence de prise en compte de l'enfant français de sa compagne et des conséquences sur sa propre situation ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de l'avis du collège des médecins de l'OFII ; rien ne permet de retenir que tous les éléments de la procédure mentionnée à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ont été respectés ; en dernier lieu, l'avis du collège des médecins de l'OFII n'a pas été signé par l'un d'entre eux ;

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état nécessite un traitement médical dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il ne peut bénéficier d'un accès effectif à ce traitement en République démocratique du Congo et en Angola, les deux pays dont il a la nationalité ;

- son droit à une vie privée et familiale, qui s'exerce en France depuis 2012 auprès de sa compagne et de leur fils né en 2022, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a été méconnu ;

- l'intérêt supérieur de son enfant a été méconnu ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour et méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- cette décision est entachée des mêmes vices que le refus de titre de séjour ;

- la décision désignant le pays de destination est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour et des mêmes vices que les précédentes mesures ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 14 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 juillet 2023 :

- Mme Letellier a lu son rapport ;

- Me Cans a présenté des observations pour M. C.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant angolais, âgé de 48 ans. Il déclare être entré en France le 23 avril 2012. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, valable du 17 juin 2015 au 16 décembre 2015 et du 3 avril 2017 au 2 avril 2018. Le 24 mai 2018, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-9. Par arrêté du 2 juin 2021, le préfet de l'Isère a refusé à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour et a prononcé une mesure d'éloignement. Par jugement du 17 mars 2022, l'arrêté du 2 juin 2021 a été annulé par le tribunal. Le jugement a enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Selon l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () " L'article R. 425-13 de ce code précise que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () Cet avis mentionne les éléments de procédure. () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté en défense que l'avis médical formulé le 11 juillet 2022 par le collège des médecins de l'Office de l'immigration et de l'intégration n'a pas été signé par l'un des trois médecins composant ce collège, le docteur B. Dans ces conditions, et alors que l'identification des auteurs de cet avis constitue une garantie dont la méconnaissance entache d'irrégularité l'ensemble de la procédure, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et par, conséquent, celle des mesures d'éloignement.

Sur les conclusions en injonction sous astreinte :

6. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Isère se prononce à nouveau sur la demande de titre de séjour dont il a été saisi par M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation du requérant dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, de lui délivrer sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure du prononcé d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cans, avocat du requérant, de la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2022-AF 100 du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans les quinze jours, de le munir d'une autorisation provisoire au séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cans la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Cans et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 août 2023.

La rapporteure,

C. LETELLIER

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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