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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305034

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305034

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARLU JEAN-MARC PETIT-AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023, le syndicat de copropriétaires de la copropriété Les Chalets de Lévy, représenté par Me Garnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 074 258 22 C0034 du 21 mars 2023 par lequel le maire de Samoëns a accordé un permis de construire à la SCCV Le Sinaya pour la construction de cinq bâtiments à usage d'habitation de 52 logements et un parc de stationnement, situés route de Lévy sur le territoire communal, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Samoëns une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la requête est recevable ;

- les dispositions de l'article AUb 3 du plan local d'urbanisme et celles de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ont été méconnues ; sur ce point, le projet de construction ne respecte pas l'orientation d'aménagement et de programmation n° 2 ;

- les dispositions de l'article AUb 11 du plan local d'urbanisme et des R. 111-27 et R. 111-28 du code de l'urbanisme ont été méconnues au regard de la sécurité des accès ;

- les dispositions de l'article AUb 11 du plan local d'urbanisme ont été méconnues quant à l'enlèvement des ordures ménagères et à la hauteur des clôtures en bordure de la voie publique.

Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2023, la SCCV Le Sinaya, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit fait application, le cas échéant, de l'article L. 600-5-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du requérant la somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 9 janvier 2024, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 14 février 2024, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 29 février 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marquet, pour la SCCV Le Sinaya.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er août 2022, la SCCV Le Sinaya a déposé une demande de permis de construire pour la construction de cinq bâtiments à usage d'habitation, comportant 52 logements et un parc de stationnement enterré, sur les parcelles cadastrées à la section G numéros 2940, 2941, 3005, 3006, 5688, 5689 et 6402, situées route de Lévy, sur le territoire communal de Samoëns. Les parcelles sont classées en zone AUb dans le plan local d'urbanisme communal. La copropriété Les Chalets de Lévy est située sur les parcelles cadastrées à la section G n° 5690, 6701 et 6702, voisines du terrain d'assiette, objet du projet de construction. Le 22 mai 2023, le syndicat de copropriétaires a présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le respect des règles énoncées par le règlement du plan local d'urbanisme et le règlement national d'urbanisme :

S'agissant de la desserte et des accès :

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme n'est pas applicable dans la commune de Samoëns dès lors qu'elle est dotée d'un plan local d'urbanisme. Le syndicat requérant ne peut dès lors utilement invoquer la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article AUb 3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme : " Accès et voirie : Dispositions relatives à la sécurité en matière d'accès routier : Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a pour effet la création d'un nouvel accès à une voie publique ou à la modification des conditions d'utilisation d'un accès existant, celui-ci peut être refusé s'il existe un danger en matière de sécurité () Accès : () Toute opération doit prendre le minimum d'accès sur les voies publiques () Voirie : () - les voies nouvelles devront de préférence être raccordées aux deux extrémités aux voies publiques ou privées existantes ou à créer () - les voies en impasse doivent être aménagées afin de permettre aux véhicules privés et à ceux des services publics (lutte contre l'incendie, déneigement, stockage de la neige, etc.) de faire demi-tour () ".

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements () ". En vertu de l'article L. 152-1 du même code, les autorisations individuelles d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP). Pour son application, doit être regardé comme incompatible avec une OAP, un projet qui, notamment, en contrarie les objectifs.

5. Premièrement, il ressort des pièces du dossier de permis de construire et notamment de la photographie PC7a et du plan de masse que la route de Lévy qui dessert le projet de construction est suffisamment large et n'est nullement étroite comme le soutient le syndicat requérant. Si la pente est de 12,3% au niveau de l'accès aux stationnements aériens, aucune pièce au dossier ne permet de retenir que son accès présente un danger en matière de sécurité pour tous les usagers. En outre, deux accès ont été prévus pour fluidifier le trafic. Ainsi, le projet de construction ne méconnait pas les dispositions précitées de l'article AUb 3. Par suite le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté dans sa première branche.

6. Deuxièmement, le projet de construction comporte, outre les 2 accès au terrain d'assiette, l'un destiné aux emplacements aériens et l'autre pour accéder au parking sous-terrain sous le bâtiment E, une bande piétonne qui dessert les cinq bâtiments et qui traverse le ténement de part en part permettant de rejoindre le jardin botanique de Jaÿsinia par la voie piétonne. Ces aménagements sont compatibles avec l'objectif de l'OAP n° 2 " Secteur de Lévy " selon lequel " la desserte devra être conçue de manière à assurer une sécurisation des déplacements dans les zones de logement tout en limitant les surfaces de voirie () ".

7. Troisièmement, si comme il vient d'être dit, le projet de construction comporte 2 accès pour les véhicules, d'une part, les dispositions précitées de l'article AUb 3 n'interdisent pas deux accès distincts, d'autre part, le projet de construction s'inscrit dans l'un des objectifs d'organisation définis par l'OAP n° 2 " Secteur de Lévy " selon lequel deux accès au terrain d'assiette sont recherchés.

8. Quatrièmement, si le plan de masse ne comporte pas d'aire de retournement, d'une part les dispositions de l'article AUb 3 n'imposent toutefois pas l'existence d'une aire de retournement et, d'autre part, la configuration des deux accès au tènement, d'une largeur de 6 m chacun, est suffisamment large pour permettre un retournement des véhicules.

9. Cinquièmement, en se bornant à soutenir que les voies ne sont raccordées qu'à une extrémité aux voies publiques, le syndicat requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article AUb 3 doit être écarté dans toutes ses branches.

S'agissant de l'insertion du projet de construction dans son environnement :

11. Aux termes de l'article AUb 11 du règlement écrit du plan local d'urbanisme : " Aspect extérieur : Dispositions générales : En aucun cas, les constructions, installations et divers modes d'utilisation du sol ne doivent, par leurs dimensions, leur situation ou leur aspect extérieur porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, au paysages naturels ou urbains () ".

12. D'une part, les dispositions générales précitées du règlement du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de l'article R. 111-27. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité du permis de construire en litige. D'autre part, en application des dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme n'est pas applicable dans la commune de Samoëns dès lors qu'elle est couverte par un plan local d'urbanisme. Le syndicat requérant ne peut dès lors utilement invoquer la méconnaissance de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme.

13. Le projet s'implante dans le secteur de Lévy où la commune souhaite densifier l'urbanisation. Elle a institué pour cela une orientation d'aménagement et de programmation n° 2 dans le plan local d'urbanisme. Les constructions du secteur n'ont pas d'homogénéité entre elles. Si le projet est effectivement d'un gabarit supérieur à la majorité des constructions environnantes, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des photographies jointes au dossier de permis de construire qu'il porte atteinte par sa hauteur, son volume, son architecture ou ses matériaux au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages naturels ou urbains. En outre, il ressort de la notice que le projet a été conçu pour maintenir les vues sur le paysage. Les choix définitifs des coloris seront à faire en concertation avec la commune et l'architecte des bâtiments de France, qui a émis un avis favorable au projet et les toitures sont à double pans, comme les constructions environnantes. Enfin, le projet de construction est largement arboré et planté d'essences locales pour favoriser son insertion dans le paysage. Par suite, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation sur le fondement de l'article AUb 11 du règlement local d'urbanisme en délivrant le permis de construire contesté.

S'agissant des clôtures :

14. Aux termes de l'article AUb 11 du règlement écrit du plan local d'urbanisme : " Clôtures : () En bordure des voies ouvertes à la circulation publique, la hauteur maximum des clôtures pourra être limitée à 0,80 m dans le cas où elle constituerait une gêne ou un danger pour la sécurité des usagers () ".

15. Les deux arbres devant être plantés de part et d'autre de l'accès au ténement ne constituent pas une clôture au sens des dispositions invoquées par le syndicat requérant. En tout état de cause, il ressort du plan paysager PC 2b qu'ils seront plantés en retrait de l'entrée du site. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de la collecte des ordures ménagères et du tri sélectif :

16. Aux termes de l'article AUb 11 du règlement écrit du plan local d'urbanisme : " Ordures ménagères : Pour le ramassage des ordures ménagères, on se conformera aux prescriptions déterminées par l'autorité organisatrice ".

17. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction comporte à l'entrée du tènement deux conteneurs semi-enterrés de 5 m³ pour les ordures ménagères, un conteneur semi-enterré d'une même contenance pour les papiers (tri sélectif) et un conteneur semi-enterré de 4 m³ pour les verres. Le service gestionnaire des ordures ménagères a formulé un avis le 12 août 2022 selon lequel " un tel projet justifie la mise en place d'un point complet qui pourra être accessibles aux autres habitants de la route de Lévy. Il faudra que le pétitionnaire s'assure de l'accessibilité des semi-enterrés pour la collecte assurée par un camion grue de 26 tonnes, en veillant à aménager une aire de retournement pour le camion de collecte. Il faudra veiller aussi à la largeur de la route ". Cet avis a été repris dans l'arrêté attaqué sous la forme d'une prescription selon laquelle l'avis du service gestionnaire devra être strictement respecté. Ainsi, le maire de Samoëns n'a pas méconnu l'article AUb 11 du règlement du plan local d'urbanisme en délivrant le permis de construire.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 21 mars 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux.

Sur les frais du procès :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de l'ensemble des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête du syndicat de copropriétaires de la copropriété Les Chalets de Lévy est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la SCCV Le Sinaya sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié au syndicat de copropriétaires de la copropriété Les Chalets de Lévy, à la commune de Samoëns et à la SCCV Le Sinaya.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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