lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PORET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Poret, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours, et de supprimer son signalement aux fins de non-admission du système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où il n'a pas été mis à même de présenter ses observations, en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de délai de départ volontaire méconnait son droit au respect de sa privée et familiale et est disproportionné ;
- l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale la décision lui interdisant le retour pendant un an ;
- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée dans la mesure où l'existence de circonstances humanitaires n'a pas été examinée ;
- il justifie de circonstances exceptionnelles empêchant l'adoption d'une telle mesure ;
- l'interdiction de retour est excessive, disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale la décision portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Poret, représentant M. C
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né en 1998, est entré, pour la dernière fois, en France en 2019 de manière irrégulière. Il demande l'annulation des arrêtés du 12 septembre 2023 par lesquels le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d'accorder provisoirement à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :
3. D'une part, les arrêtés attaqués ont été signés par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 9 mai 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.
4. D'autre part, les arrêtés énoncent, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de la police aux frontières lors d'une audition en date du 12 septembre 2023 et qu'il a été invité à présenter ses observations. A cette occasion, il a présenté les circonstances de faits dont il se prévaut dans la présente instance, à savoir qu'il est entré pour la première fois en France à l'âge de six ans et que son père était de nationalité française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les autres éléments dont il se prévaut, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'administration, auraient pu aboutir à une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.
7. En deuxième lieu, à la date de l'obligation contestée, M. C n'est présent en France que depuis quatre ans. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Limoges le 23 septembre 2021, qu'il n'a pas exécutée. S'il justifie d'une activité professionnelle d'agent intérimaire en qualité de " manutentionnaire " au cours de l'année 2023, cette seule circonstance ne caractérise pas, en l'absence d'autres éléments, une insertion sociale particulière. M. C est célibataire et n'a pas de charge de famille. Il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiale dans son pays d'origine où réside sa mère. Dans ces conditions, et même si M. C a déjà résidé en France durant son enfance auprès de son père de nationalité française, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () "
9. Il ressort des termes de l'arrêté que pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l'Isère a relevé que M. C ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'il a explicitement indiqué lors de son audition son souhait de ne pas repartir en Algérie, qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement et qu'il n'a pas remis son passeport aux forces de l'ordre lors de son interpellation. Si M. C soutient que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale et est disproportionnée, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
11. L'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'étant pas établie, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour en France pendant un an.
12. Il ressort des termes de l'arrêté que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre du requérant le préfet de l'Isère a pris en compte le fait qu'il se soit soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il représente une menace à l'ordre public ayant été interpellé pour des faits de détention et usage de faux document administratif, de sa faible durée de présence en France et de ses liens familiaux dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait et doit être écarté.
13. Si M. C soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires à raison de ses liens familiaux et amicaux forts en France, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le requérant dispose d'attaches importantes dans son pays d'origine et qu'il ne démontre pas de tels liens sur le territoire français. Dans ces conditions, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Compte tenu des éléments exposés aux points 7 et 9 et dans la mesure où M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés quand bien même la présence de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
15. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ayant été écartés et cette décision n'étant pas annulée, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'assignant à résidence par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, et par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
13. Les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me poret et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La magistrate désignée,
A. D La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026