lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305977 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | PORET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 19 septembre 2023, le 20 septembre 2024 et le 6 décembre 2024, Mme C D, représentée par Me Poret, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admette à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 44 600 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence de l'Etat à lui proposer un logement ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 450 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence de l'Etat à lui proposer un logement ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat au profit de son cnseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle a été reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence de sorte que la carence de l'Etat à lui faire une proposition de logement adapté à ses besoins et capacités dans les délais légaux est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute lui a causé de nombreux préjudices de trouble dans les conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral lesquels présentent un caractère évolutif.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 7 août 2024 et le 8 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucune carence fautive n'est imputable à l'administration et Mme D ne prouve l'existence d'aucun préjudice réel.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Poret, représentant Mme D et de Mme B, représentant la préfète de l'Isère.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 13 septembre 2021, la commission de médiation de l'Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme D. Le préfet de l'Isère avait alors jusqu'au 13 mars 2022 pour lui faire une offre de logement adapté à ses besoins et capacités. Estimant que cette obligation n'a pas été remplie, Mme D a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable lui ayant été adressée le 5 juin 2023, laquelle a été implicitement rejetée par une décision née le 5 août 2023.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024, par suite il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
3. D'une part, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans l'Isère à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
4. D'autre part, il résulte des dispositions du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et des articles R. 441-16-1 et R. 441-16-3 du même code que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Seul le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
5. En l'espèce, il résulte de la décision de la commission de médiation de l'Isère que Mme D, qui disposait d'un logement suroccupé avec une personne handicapée devait se voir positionnée sur un logement de type T4 avec élargissement du choix des communes. Il résulte de cette même décision que l'offre de logement devait intervenir avant le 13 mars 2022.
6. Il résulte de l'instruction que le 14 juin 2023, le préfet de l'Isère a adressé à Mme D une offre de logement de type T4 situé à Echirolles. Par un courrier daté du 18 août 2023, Mme D a refusé cette offre.
7. Il résulte également de l'instruction que Mme D réside actuellement à Gières (38610). Elle est mère d'un enfant en situation de handicap qui a un droit ouvert à l'allocation aux adultes handicapés depuis le 1er décembre 2020. Il résulte ensuite des certificats médicaux établis le 24 août 2023 et le 4 décembre 2024, tout d'abord que le médecin traitant du fils de Mme D est situé à Gières et ensuite que le fils de la requérante est dans l'incapacité de réaliser des gestes quotidiens, ne peut être autonome dans les transports en commun et qu'il convient de limiter les changements d'intervenants médicaux dans son suivi de santé. Par conséquent, eu égard à ces circonstances médicales particulières, Mme D a pu refuser l'attribution du logement située à Echirolles pour un motif légitime.
8. Ainsi l'administration, en ne proposant pas d'offre de logement adapté au besoin du demandeur dont le dossier a été reconnu prioritaire et urgent, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité pour la période du 14 mars 2022 au 30 août 2024, date à laquelle la requérante a été logée dans un logement adapté.
En ce qui concerne les préjudices :
9. Le retard de plus de deux ans de l'Etat dans la fourniture d'un logement à Mme D a nécessairement entrainé pour elle des troubles dans ses conditions d'existence dès lors que, comme il a été dit, elle a occupé un logement suroccupé avec un fils handicapé. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices de toute nature subis par Mme D en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros tous intérêts confondus pour la période du 14 mars 2022 au 30 août 2024.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Poret, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Poret d'une somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme D une somme de 10 000 euros tous intérêts compris.
Article 3 : L'Etat versera à Me Poret une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Poret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Poret et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2024.
Le président,
J-P. ALa greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026