mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARLU JEAN-MARC PETIT-AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2023 et le 27 mars 2024 (ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué), la SAS société générale d'études et de réalisations immobilières (SOGERIM), représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés n° 2023-237 et n° 2023-238 du 9 mai 2023 par lesquels le maire d'Annecy a refusé de lui accorder un permis de construire pour la construction d'un immeuble comportant 19 logements situé 69-71 boulevard du Fier à Annecy, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire d'Annecy de lui délivrer le permis de construire ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Annecy une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS SOGERIM soutient que :
- les arrêtés sont entachés de l'incompétence de leur signataire ;
- le motif de refus de permis de construire tiré de la méconnaissance par le projet de construction des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est infondé ; le terrain d'assiette se situe en zone Ub qui autorise la construction de logements collectifs ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 4.1.1. du plan local d'urbanisme est infondé ;
- le dossier de permis de construire était complet et comportait toutes les pièces mentionnées à l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme ; en tout état de cause, le belvédère litigieux figure sur le plan de masse, ainsi que les informations afférentes à la pergola.
Par un mémoire enregistré le 23 février 2024, la commune d'Annecy, représentée par la société d'avocats CDMF-Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la SAS SOGERIM la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Annecy fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une lettre du 23 janvier 2024, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 26 février 2024, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 28 mars 2024.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 janvier 2025 :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- les observations de Me Buffet, pour la SAS SOGERIM et les observations de Me Poncin, pour la commune d'Annecy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 février 2023, la SAS SOGERIM a présenté une demande de permis de construire PC 074 010 23 00017 portant sur la construction d'un immeuble de 19 logements, situé 69-71 Boulevard du Fier à Annecy. Le projet de construction s'insère sur une parcelle classée en zone Ub dans le plan local d'urbanisme communal. Par arrêté n° 2023-237 du 9 mai 2023, la commune d'Annecy a refusé d'accorder à la SAS SOGERIM le permis de construire sollicité. Par arrêté n° 2023-238 du même jour, la commune d'Annecy a retiré l'arrêté n° 2023-237 du 9 mai 2023 qui comportait une erreur de plume et a maintenu le refus de délivrer à la SAS SOGERIM le permis de construire. Le 24 mai 2023, la SAS SOGERIM a présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu. Dans la présente instance, la SAS SOGERIM demande l'annulation des arrêtés n° 2023-237 et n° 2023-238 du 9 mai 2023, ensemble la décision implicite du rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, maire adjointe en charge notamment de l'urbanisme, ayant agi sur délégation donnée par le maire de la commune d'Annecy, par arrêté du 16 février 2022 l'autorisant à signer les décisions relatives à l'occupation et à l'utilisation des sols, délégation qui a été adressée au contrôle de légalité et affichée en mairie le même jour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
En ce qui concerne la complétude du dossier de permis de construire :
3. Contrairement aux mentions figurant dans les arrêtés attaqués, il ressort du plan de masse paysager PC 02-2 que l'espace belvédère avec aménagements paysagers figure sur celui-ci. En outre, il ressort du plan de façade Sud-Ouest PC 05-2 qu'il comporte les supports de la pergola qui y est adossée. Par suite, le dossier de permis de construire ne comportait aucune omission. Enfin la commune d'Annecy fait valoir dans ses écritures que l'absence des plans des sous-sols 2 et 3, telle que relevée dans les arrêtés attaqués, n'est pas de nature à avoir justifié le refus de permis de construire. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le maire d'Annecy ne pouvait lui opposer dans les arrêtés attaqués des omissions ou insuffisances pour lui refuser le projet de construction.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :
4. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
5. Le projet appartient à la zone Ub du plan local d'urbanisme, qu'il définit comme un secteur d'habitat collectif. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'ensemble des photographies que le secteur dans lequel s'insère le terrain d'assiette accueille des bâtiments de grande hauteur au moins égale à celle du projet de construction qui est en R+6 et aux gabarits comparables. L'ensemble de ces constructions a été autorisé par le plan local d'urbanisme sur le boulevard du Fier alors que celui-ci offre une vue dégagée sur la Vallée du Fier, sans que les dispositions du règlement écrit de la zone Ub ne limite la hauteur des constructions, fixée à 21,50 m, ou n'instituent des cônes de vue pour préserver la vue sur cette Vallée. Le projet de construction, qui ne dépasse pas la hauteur maximale autorisée, comporte l'aménagement d'un espace piétonnier ouvert au public en partie Nord-Est jusqu'au belvédère dominant l'espace naturel qui se situe à l'arrière de la construction. La construction a une emprise au sol de 299,34 m² sur les 599 m² de la partie constructible du terrain, ce qui correspond aux prescriptions du plan local d'urbanisme et permet de maintenir des bandes latérales entre les immeubles pour assurer les vues, notamment entre les deux immeubles voisins de la société requérante. Enfin, le projet comporte des césures d'environ 14 m de façade à façade, ce qui permet de ménager des ouvertures sur le panorama. Dans ces conditions, le maire a fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en refusant de délivrer le permis de construire litigieux sur le fondement de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être accueilli.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article Ub 4.1.1. du plan local d'urbanisme :
6. Aux termes de l'article Ub 4.1.1. " Aspect et volumétrie des constructions " du règlement écrit du plan local d'urbanisme communal, disponible sur le Géoportail Urbanisme, dans sa version applicable au litige : " () Traitement des rez-de-chaussée : Les immeubles devront dialoguer avec les espaces périphériques, afin de participer à leur animation et les habiter pleinement. En particulier, les entrées d'immeubles et les locaux d'activités devront être très lisibles depuis le domaine public. Les entrées principales des bâtiments devront être largement proportionnées et devront recevoir un traitement architectural de qualité. / Les parties des rez-de-chaussée situées le long des voies et emprises publiques ne pourront être borgnes. Elles ne pourront pas accueillir de stationnement. Les rez-de-chaussée visibles depuis les emprises publiques seront traités avec des matériaux et des modénatures particulièrement qualitatifs et pérennes. Les revêtements par panneaux types stratifiés, fibrociment ou métallique y sont proscrits, ainsi que l'utilisation des matériaux plastiques pour les menuiseries, portes d'accès et portes de garage () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le rez-de-chaussée du projet de construction se situant en façade Sud-Est en bordure de la voie publique est constitué pour les deux tiers d'un claustra foncé qui a pour objet de dissimiler les accès au local vélo, aux ordures ménagères et aux réseaux, qui peuvent présenter un caractère disgracieux. En revanche, l'accès aux stationnements pour les véhicules se faisant sur la façade Sud-Ouest latérale, il n'interfère pas avec l'espace public. Sur le tiers restant de la façade Sud-Est, l'entrée dans l'immeuble est constituée d'un vitrage couvrant l'intégralité de la hauteur du rez-de-chaussée, se poursuivant sur la façade latérale Nord-Est qui permet d'accéder au belvédère, ce qui rend clairement identifiable l'entrée principale depuis la voie publique et assure une insertion cohérente avec l'espace périphérique, en l'espèce l'accès au belvédère, avec un niveau de qualité suffisant. Dans ces conditions, le projet de construction répond aux dispositions de l'article Ub 4.1.1. du règlement écrit du plan local d'urbanisme et le maire s'est mépris en refusant de délivrer le permis de construire litigieux sur ce point. Le moyen doit être accueilli.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 9 mai 2023, ainsi que par voie de conséquence, la décision implicite par laquelle le maire d'Annecy a rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à déclaration de travaux après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. En l'espèce, le présent jugement censure l'intégralité des motifs de refus opposés à la société pétitionnaire. Il ne résulte pas de l'instruction ni qu'un autre motif pourrait justifier la décision attaquée ni qu'un changement de circonstances interdirait la délivrance du permis de construire. Par suite, il implique nécessairement que le maire d'Annecy délivre à la SAS SOGERIM le permis de construire sollicité. Il lui sera enjoint d'y procéder dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de commune d'Annecy la somme de 1500 euros à verser à la SAS SOGERIM sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er:Les arrêtés du 9 mai 2023 par lesquels le maire d'Annecy a refusé de délivrer un permis de construire à la société SAS SOGERIM et la décision implicite portant rejet du recours gracieux sont annulés.
Article 2 :Il est enjoint au maire d'Annecy de délivrer à la SAS SOGERIM le permis de construire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 :La commune d'Annecy versera une somme de 1 500 euros à la SAS SOGERIM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS SOGERIM et à la commune d'Annecy.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026