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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307347

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307347

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Lecour, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution de la décision du 22 septembre 2023 par laquelle la présidente du Conseil départemental de la Drôme l'a affecté à compter du 1er octobre 2023 à la Direction des déplacements - Zone Sud - du Centre technique départemental de Dieulefit, sur les fonctions de technicien chaussée ;

- 2°) d' enjoindre au département de la Drôme de le réintégrer dans ses fonctions de chef des Centres

Techniques départementaux de Montélimar et de Dieulefit à compter du 1er octobre 2023 et de

reconstituer sa carrière, ou à tout le moins de réexaminer son dossier dans le sens de l'ordonnance à

intervenir, dans un délai de quinze jours à compter de ladite ordonnance ; d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

- 3°) de condamner le département de la Drôme à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : il a fait l'objet d'une mutation sanction et a été privé de l'ensemble des garanties procédurales, cette situation porte atteinte à sa carrière, à son honneur, à sa réputation et à son état de santé ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ; elle constitue une sanction disciplinaire déguisée, ou à tout le moins abroge des décisions créatrices de droit ; elle n'est pas motivée ni en droit ni en fait ; elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été mis à même de consulter son dossier individuel, d'autre part, qu'il n'a pas été mis à même, s'agissant d'une sanction, d'exercer son droit à la défense, enfin, qu'il n'est pas établi que le conseil départemental aurait pris une délibération créant le nouvel emploi qu'il occupe ; sa mutation ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur, dès lors qu'elle a emporté la perte de fonctions et de responsabilités ; sa mutation a été décidée aux termes d'une procédure détournée puisqu'il s'agit d'une sanction disciplinaire déguisée motivée par la volonté du département de sanctionner sa manière de servir et les recours hiérarchique et gracieux qu'il a formés contre son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2022.

Par un mémoire enregistré le 30 novembre 2023, le département de la Drôme, représentée par sa présidente en exercice, conclut, au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2306840, le 23 octobre 2023, par laquelle M. A B, représenté par Me Lecour, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2023 à 10H30 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Lecour, représentant M. A B.

- les observations de Me Garaudet, représentant le département de la Drôme.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département de la Drôme :

1. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

2. En l'espèce, M. A B, qui exerçait depuis plus de 15 ans des fonctions de chef de Centre technique départemental, comprenant notamment la responsabilité de 33 agents en charge de la gestion du domaine public routier, est affecté, aux termes de la décision du 22 septembre 2023 dont la suspension est demandée, sur des fonctions de technicien chaussée. Ce changement d'affectation, qui lui fait perdre ses fonctions d'encadrement d'un service de 33 agents, emporte une baisse significative du niveau des responsabilités confiées à l'intéressé. La fin de non recevoir du département de la Drôme doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. En l'absence de circonstances particulières, l'affectation, prononcée dans l'intérêt du service, d'un agent public sur un poste, n'a pas de conséquences telles sur la situation ou les intérêts de cet agent, qu'elle constitue une situation d'urgence.

5. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B soutient qu'il a fait l'objet d'une mutation sanction, qu'il a été privé de l'ensemble des garanties procédurales, que cette situation porte atteinte à sa carrière, à son honneur, à sa réputation et à son état de santé.

6. Toutefois, cette nouvelle affectation n'emporte aucune baisse de rémunération ni changement de résidence administrative. Par ailleurs, les missions qui lui sont confiées relèvent de son cadre d'emplois. M. B conserve son véhicule de service. Le simple fait qu'il n'assure plus de missions d'encadrement ne permet pas à lui seul de carractériser une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B pour justifier de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative alors qu'il ressort, en outre, des pièces du dossier, que l'intéressé avait depuis plusieurs années des difficultés de positionnement vis-à-vis de ses équipes en ne portant pas les décisions de ses supérieurs hiérarchiques auprès de ses collaborateurs. Ainsi, et alors même que les tensions avec d'autres agents ne sont pas établies en l'état, la mesure de mutation d'office contestée, qui ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée, a été prise dans l'intérêt du service, en vue notamment de mettre fin à des tensions avec sa hiérarchie. Cette situation d'urgence ne saurait, par ailleurs, résulter des seuls arrêts maladie déposés depuis cette date. Ainsi, la condition d'urgence au respect de laquelle est conditionné le prononcé de la mesure de suspension demandée n'est pas établie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision du 22 septembre 2023 par laquelle la présidente du Conseil départemental de la Drôme l'a affecté à compter du 1er octobre 2023 à la Direction des déplacements - Zone Sud - du Centre technique départemental de Dieulefit, sur les fonctions de technicien chaussée, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B la somme demandée sur le même fondement par le département de la Drôme.

O R D O N N E

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Drôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au département de la Drôme.

Fait à Grenoble, le 7 décembre 2023.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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