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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400192

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400192

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 12 et 29 janvier 2024 à 10 h 15, M. C B, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

M. B soutient que :

La décision l'obligeant à quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence de respect de son droit à être entendu

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant absence délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour :

- méconnaît les articles L. 612-6 et L ; 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces enregistrées le 29 janvier 2024 à 10 h 15.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Marcel, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, est entré en France selon ses dires en 2022. Il a été placé en retenue le 10 janvier 2024 pour vérification de sa situation administrative. Par arrêté du 11 janvier 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. D'une part, l'arrêté mentionne en revanche les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre les décisions attaquées.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 10 janvier 2024 que M. B a été entendu par les services de la police nationale sur sa situation administrative et familiale et ses moyens de subsistance. Il a également été informé de l'éventualité de l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français et il a déclaré qu'il souhaitait rentrer en Albanie. Il ne fait pas état enfin d'observations particulières qui, si elles avaient été portées à la connaissance de l'administration, auraient été de nature à influer sur le sens de l'arrêté contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté comme manquant en fait

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. M. B est entré très récemment sur le territoire français. S'il indique vivre avec sa compagne et leur fille née en 2023, sa compagne, dont il mentionne qu'elle vit entre l'Allemagne et Chambéry, est également en situation irrégulière. Rien ne s'oppose à ce que sa vie privée et familiale se poursuive en Albanie, pays dont toute la famille a la nationalité, et où il ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale, ses parents et une sœur y résidant toujours. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, ().".

7. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite et à supposer même qu'il présenterait des garanties suffisantes, le préfet de l'Isère pouvait légalement lui refuser un délai de départ et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de la demande d'annulation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée.

9. M. B ne soutient ni même n'allègue qu'il serait menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

11. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés dans cet article, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. En l'espèce, la décision attaquée mentionne les conditions de séjour du requérant en France et ses attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence, où résident ses parents et une de ses sœurs et où il pourra reconstituer sa cellule familiale avec sa compagne. Le préfet de la Savoie n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour par une décision suffisamment motivée. De même, il n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en limitant à un an la durée de cette interdiction qui peut atteindre un maximum de trois ans.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marcel et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

Le président

J.P. A

La greffière

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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