lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 février 2024, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E A et de Mme D C du lieu d'hébergement qu'ils occupent CADA Le Cèdre, 29 rue Alexandre Dumas à Grenoble (38100) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des intéressés ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A et de Mme C à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;
- la requête est recevable ;
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A et Mme C ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile et qu'ils occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024 à 10 h 49, M. A et Mme C, représentés par Me Marcel, demandent au tribunal :
- à titre principal, de rejeter la requête du préfet de l'Isère,
- à titre subsidiaire, de leur accorder un délai avant de quitter les lieux et d'enjoindre au préfet de leur proposer avant l'expulsion un hébergement dans le cadre du droit à l'hébergement opposable.
Ils soutiennent que :
- la mesure n'est ni urgente ni utile ;
- la demande d'asile de leur fille est pendante devant la Cour nationale du droit d'asile de sorte qu'elle ne peut être regardée comme définitivement déboutée de sa demande ;
- la mesure demandée méconnaît le principe de continuité du service public et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bourechak, greffière :
- le rapport de M. B,
- les observations de M. G représentant le préfet de l'Isère ;
- et les observations de Me Marcel, avocat de M. A et de Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme C sont des ressortissants ivoiriens nés respectivement les 26 mai 1995 et 23 février 2002, entrés en France à la date déclarée du 30 octobre 2021 pour y demander l'asile. Ils ont été admis dans ce cadre dans un hébergement pour demandeurs d'asile le 28 novembre 2022 géré par l'association Sauvegarde Isère. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 25 septembre 2023 et, par des arrêtés du 8 novembre 2023, le préfet de l'Isère les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La légalité de ces décisions a été confirmée par le tribunal administratif les 20 et 21 décembre 2023. La demande de réexamen présentée pour leur fille par ses parents le 28 décembre 2023 a été rejetée pour irrecevabilité par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 3 janvier 2024. Par un courrier du 28 septembre 2023 remis en main propre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration les a informés qu'ils n'étaient plus autorisés à rester dans l'hébergement qu'ils occupaient. Par une lettre du 8 janvier 2024, le préfet a mis en demeure M. A et Mme C de quitter les lieux dans un délai de huit jours, mise en demeure restée sans effet.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A et Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions du préfet de l'Isère :
3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Si M. A et Mme C font valoir qu'ils bénéficient du droit à se maintenir dans le dispositif d'asile jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur la demande d'asile de leur fille F A, née le 31 juillet 2022, il est constant que sa demande de réexamen, présentée par l'intermédiaire de ses parents, a été rejetée pour irrecevabilité par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 3 janvier 2024. Par suite, en application des dispositions combinées des articles L. 531-32, L. 542-2 et L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du doit d'asile, le droit au maintien de M. A et Mme C a pris fin le 31 janvier 2024, soit antérieurement à la date où le juge des référés se prononce, nonobstant la circonstance qu'un appel aurait été enregistré à la Cour nationale du droit d'asile contre la décision du 3 janvier 2024.
6. Le préfet de l'Isère expose que le département dispose de 2 207 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil. Au 31 octobre 2023, le taux d'occupation du dispositif était de 98,5% et celui des dispositifs HUDA et CADA respectivement de 98,8% et 98,2%, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 8,2% sont occupés par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 885 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. L'inexactitude matérielle de ces faits ne résulte pas de l'instruction. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que M. A et Mme C, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, quitte l'hébergement dans lequel ils se maintiennent sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.
Sur les conclusions de M. A et Mme C :
7. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () "
8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence sauf circonstances exceptionnelles.
9. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme C sont accompagnés de leur fille F A, née le 31 juillet 2022, qui compte tenu de son très jeune âge, ne sauraient vivre à la rue. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de leur proposer un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir avec leur fille avant leur départ de leur hébergement actuel et jusqu'à leur départ effectif pour la Côte d'Ivoire, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a lieu, en conséquence, d'accorder à M. A et Mme C le même délai de deux mois pour quitter leur logement actuel.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de M. A et Mme C de l'appartement géré par l'association Sauvegarde Isère dans le délai de deux mois mentionné au point précédent. En l'absence de départ volontaire, le préfet de l'Isère est autorisé à faire procéder à leur évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des défendeurs, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à M. A et Mme C de quitter dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent CADA Le Cèdre, 29 rue Alexandre Dumas à Grenoble (38100).
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. A et Mme C, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de désigner à M. A et Mme C un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir à leur sortie de leur logement actuel et jusqu'à leur départ pour la Côte d'Ivoire dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à M. E A, à Mme D C et à Me Marcel.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble le 4 mars 2024.
Le président,
J. P. BLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026