jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SARL ARCHYS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2024, M. B D, représenté par Me Perron, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
- d'enjoindre avant dire droit à la directrice générale de l'agence regionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes de verser aux débats le procès-verbal de la séance de la commission régionale d'activité libérale Auvergne-Rhône-Alpes du 21 novembre 2023 et l'intégralité des pièces sur la base desquelles le rapport de la commission régionale d'activité libérale du 27 octobre 2023 a été rédigé ;
- à titre principal, de suspendre l'exécution de la décision prise par la directrice générale de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes en date du 23 janvier 2024 portant retrait de l'autorisation d'exercice libéral au sein du centre hospitalier Alpes Léman ;
- d'enjoindre avant dire droit à la directrice générale de l'agence regionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes de lui délivrer une autorisation d'exercice d'activité libérale à titre provisoire dans
un délai de 5 jours compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
- de condamner l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative au versement d'une somme de 3 000 euros.
M. B D soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : la décision attaquée porte atteinte aux intérêts qu'il entend défendre, à savoir l'intérêt de ses patients, qui sont nombreux à devoir être déprogrammés ; l'activité libérale permettait un équilibre économique qui se trouve rompu, de sorte qu'à court terme c'est un risque de perte de service médical pour le Centre Hospitalier Alpes Léman et les patients de la région ; ce risque avait été identifié par le rapporteur devant la Commission régionale d'activité libérale et est confirmé par les attestations de ses confrères qui louent ses compétences et déplorent le risque d'atteinte à l'activité ; la décision porte une grave atteinte financière à sa situation personnelle, alors que si l'activité libérale ne représentait que 20% de son temps d'activité, celle-ci générait 58 % de ses revenus d'activité, étant précisé qu'il a trois enfants à charge et que son épouse n'exerce pas d'activité professionnelle ; l'exécution de la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à la continuité des soins et plus généralement à l'intérêt du service public hospitalier, étant rappelé qu'une même intervention chirurgicale est susceptible de faire intervenir des praticiens intervenant à titre public et d'autres à titre libéral, ainsi qu'à sa situation personnelle, qui justifie ainsi de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité des décisions : la décision est entachée d'une méconnaissance des droits de la défense ; à aucun moment de la procédure, il n'a été informé de son droit de prendre connaissance des pièces du dossier ; elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la composition de la CRAL ; la Commission qui s'est réunie le 21 novembre 2023 ne pouvait donc qu'être irrégulière ; plus encore, il appartiendra à l'ARS en défense de produire aux débats le procès-verbal de la réunion de la commission afin de s'assurer de la régularité de sa composition ; la décision est entachée d'une erreur de droit en violation du principe de sécurité juridique à retenir des griefs anciens voire très anciens ; elle est entachée d'erreurs de fait et de qualification juridique des faits pour certains des motifs de la décision ; il est injuste et en tout état de cause inapproprié de retenir comme circonstances à charge l'absence de délivrance d'un devis lors de la première consultation préopératoire et d'écarter le bénéfice de la circonstance atténuante de l'urgence, ce qui caractérise des erreurs dans la qualification juridique des faits entachant les motifs de la décision attaquée ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation conduisant à une disproportion de la mesure.
Par un mémoire enregistré le 3 avril 2024, l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Pons, conclut, au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu la requête enregistrée sous le n° 2401745, le 14 mars 2024, par laquelle M. B D, représenté par Me Perron, demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 à 11H00 :
- le rapport de M. Vial-Pailler.
- les observations de Me Phan, représentant M. B D.
- les observations de Me Francia, représentant l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes.
Vu, en date du 4 avril 2024, la note en délibéré produite pour le requérant par son conseil.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Aux termes de l'article L. 6154-6 du code de la santé publique : " Le directeur de l'établissement d'affectation du praticien ou les présidents des commissions locales de l'activité libérale mentionnées à l'article L. 6154-5 portent à la connaissance du directeur général de l'agence régionale de santé tout manquement d'un praticien aux obligations qui lui incombent en vertu des lois et règlements ou des stipulations du contrat qu'il a conclu en application de l'article L. 6154-4.
Lorsqu'un praticien méconnaît ces obligations, l'autorisation mentionnée à l'article L. 6154-4 peut être suspendue ou retirée par le directeur général de l'agence régionale de santé, après avis de la commission régionale mentionnée à l'article L. 6154-5-1. ". Aux termes de son article L. 6154-2 :
" I. - Peuvent exercer une activité libérale les seuls praticiens ayant adhéré à la convention régissant les rapports entre les organismes d'assurance maladie et les médecins mentionnée à l'article L. 162-5 du code de la sécurité sociale d'une part, et n'exerçant pas d'activité libérale en dehors des établissements publics de santé, d'autre part. () II.-L'activité libérale peut comprendre des consultations, des actes et des soins en hospitalisation ; elle est organisée de manière à garantir l'information des patients et la neutralité de leur orientation entre activité libérale et activité publique ; elle s'exerce au sein de l'établissement dans lequel le praticien a été nommé ou, dans le cas d'une activité partagée, dans les établissements du groupement hospitalier de territoire dans lesquels il exerce, à la triple condition : 1° Que le praticien exerce personnellement et à titre principal une activité de même nature dans le secteur hospitalier public ; 2° Que la durée de l'activité libérale n'excède pas 20 % de la durée de service hospitalier hebdomadaire à laquelle est astreint le praticien ; 3° Que le nombre total de consultations et d'actes effectués au titre de l'activité libérale soit inférieur au nombre total de consultations et d'actes effectués au titre de l'activité publique au sein du ou des établissements dans lesquels il exerce. (). ".
3. Le Docteur B D exerce en tant que praticien en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique à temps plein au Centre Hospitalier Alpes Léman (CHAL) depuis le 1er mars 2012. Il a été nommé au poste de praticien hospitalier le 1er juin 2013. Le 16 décembre 2014, un contrat d'activité libérale a été conclu entre le CHAL et le praticien, en application de l'article L. 6154-2 du code de la santé publique. Ce contrat a été renouvelé le 19 décembre 2019 pour une durée de 5 ans. Le 20 décembre 2022, le Docteur D a été convoqué à un entretien avec la direction de l'établissement à la suite de la réception de deux plaintes de patientes les 3 et 17 novembre 2022 qui faisaient part à la direction générale des conditions dans lesquelles elles avaient été prises en charge dans le cadre de l'activité libérale du médecin et plus particulièrement des modalités selon lesquelles elles avaient été informées et sollicitées pour le paiement des sommes dues au titre des dépassements d'honoraires facturés par le Docteur D. La Commission d'activité libérale de l'établissement s'est réunie le 2 mars 2023 pour examiner la situation du praticien. A l'issue de cette réunion, la commission s'est prononcée à l'unanimité en faveur d'une suspension définitive de l'activité libérale du Docteur D. Le 28 mars 2023, le Directeur et le Président de la commission médicale d'établissement (CME) du CHAL ont porté à la connaissance du directeur général de l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, les manquements reprochés au Docteur D dans le cadre de cette activité libérale. La Commission régionale d'activité libérale (CRAL) a émis un avis favorable à la suspension définitive de l'activité libérale du Docteur D le 24 novembre 2023. Par décision du 23 janvier 2024, la directrice générale de l'ARS Auvergne Rhône Alpes a prononcé, au visa de cet avis, le retrait de l'autorisation d'activité libérale accordée au Docteur D au sein du centre hospitalier Alpes Léman.
4. L'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes a versé dans le cadre de la procédure contentieuse les pièces demandées par le requérant, notamment les pièces sur la base desquelles le rapport de la commission régionale d'activité libérale du 27 octobre 2023 a été rédigé, le procès-verbal de la séance de la commission régionale d'activité libérale Auvergne-Rhône-Alpes du 21 novembre 2023, ainsi que l'arrêté du 13 juin 2023 de la directrice générale de l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes fixant la composition de la commission régionale d'activité libérale. Toutefois, le procès-verbal, en dehors de la mention du Docteur A C en qualité de rapporteur en charge d'instruire la procédure, ne contient aucune indication sur la composition de la commission le 21 novembre 2023 et ne permet pas de répondre, en l'état, au moyen du requérant selon lequel la commission régionale était irrégulièrement composée ce jour-là.
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision attaquée, M. D soutient que la décision attaquée porte atteinte aux intérêts qu'il entend défendre, à savoir l'intérêt de ses patients, qui sont nombreux à devoir être déprogrammés, que l'activité libérale permettait un équilibre économique qui se trouve rompu, de sorte qu'à court terme c'est un risque de perte de service médical pour le Centre Hospitalier Alpes Léman et les patients de la région, que la décision porte une grave atteinte financière à sa situation personnelle, alors que si l'activité libérale ne représentait que 20% de son temps d'activité, celle-ci générait 58 % de ses revenus d'activité, étant précisé qu'il a trois enfants à charge et que son épouse n'exerce pas d'activité professionnelle.
7. Toutefois, alors qu'en vertu de article L. 6154-2 du code de la santé publique, M. D doit consacrer 80% de son temps de service à son activité dans le secteur hospitalier public, il n'établit pas que l'exécution de la décision attaquée porterait une atteinte grave et immédiate à la continuité des soins et plus généralement à l'intérêt du service public hospitalier. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D est lui-même à l'origine de la déprogrammation de plusieurs interventions et donc de la désorganisation des soins pouvant en résulter. En outre, la décision attaquée retire uniquement l'autorisation du requérant d'exercer une activité libérale au sein du Centre Hospitalier Alpes Léman et ne l'empêche pas d'exercer sa profession de praticien hospitalier à laquelle il doit consacrer 80% de son activité. Il n'est ainsi pas privé de tout revenu. Enfin, la seule circonstance qu'il sera privé de ses revenus liés à son activité libérale ne permet pas de carractériser une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. D pour justifier de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes au titre de ces dernières dispositions.
O R D O N N E
Article 1 : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et à l'Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes.
Fait à Grenoble, le 4 avril 2024.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026