mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2403769 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LEBEAUX |
Vu les procédures suivantes :
Par une ordonnance du 31 mai 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a renvoyé les conclusions de la requête de M. A B du 23 mai 2024 dirigées contre la décision du préfet de la Drôme du 9 avril 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à une formation collégiale du même tribunal et a transmis au tribunal administratif de Grenoble, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, les conclusions de la même requête de M. A B dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Par cette requête et un mémoire enregistrés au greffe du tribunal de Grenoble le 4 juin 2024, M. A B, représenté par Me Basset, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de réduire la durée de l'assignation à résidence ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet de la Drôme a commis une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de titre méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
- le préfet devra justifier de sa délégation de signature ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'une adresse stable et pérenne depuis 2020 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- son comportement ne caractérise pas un danger réel et actuel pour l'ordre public ;
- en retenant la durée de deux ans, le préfet de la Drôme a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- son adresse exacte n'est pas mentionnée ;
- elle n'est pas justifiée par une perspective raisonnable d'éloignement ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait le principe de nécessité et de proportionnalité au regard de sa durée excessive de six mois.
Par un mémoire, enregistré le 4 juin 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un jugement n°2403769 du 6 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble a réservé les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de la Drôme a assigné M. B à résidence jusqu'à ce qu'il y soit statué en formation collégiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteur publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Argentin,
- les observations de Me Basset, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né le 8 avril 1975, est entré sur le territoire français le 12 septembre 2011. A la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2012, il a bénéficié d'une aide au retour volontaire vers la Russie le 5 septembre 2013. Il déclare être revenu en France courant 2017 et il a alors demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a fait l'objet d'un rejet par l'OFPRA le 29 janvier 2020, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 octobre 2020. M. B a formé des demandes de titre, qui ont fait l'objet de rejets assortis d'une obligation de quitter le territoire français, en date des 12 mars 2020 et 5 mars 2021. La nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile par M. B a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA le 18 septembre 2023. Le préfet de la Drôme a pris à son encontre une nouvelle décision d'éloignement le 28 mars 2023. Le 2 janvier 2024, M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 avril 2024 le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 22 mai 2024 le préfet de la Drôme a estimé que l'éloignement de M. B demeurait une perspective raisonnable et l'a assigné à résidence dans le département de la Drôme sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Par un jugement n°2403769 du 6 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble a rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet de la Drôme en date du 9 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a renvoyé, en formation collégiale, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de la Drôme a assigné M. B à résidence.
3. En raison de l'urgence à statuer sur les conclusions présentées par M. B, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".
5. L'assignation à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
6. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence () ".
7. L'arrêté attaqué mentionne que M. B déclare habiter à Bourg les Valence et, par son article 1er, assigne l'intéressé à résidence dans le département de la Drôme au sein duquel la résidence du requérant est située. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions précitées n'imposaient pas au préfet de la Drôme de préciser dans son arrêté l'adresse exacte de son domicile.
8. M. B fait valoir, sans plus de précision, que l'assignation contestée n'est pas justifiée par une perspective raisonnable d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la rédaction de l'arrêté contesté, que le préfet de la Drôme a assigné M. B à résidence aux fins d'exécution de la décision d'éloignement du 9 avril 2024 et dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire. Dans ces circonstances, le moyen correspondant doit être écarté.
9. En se bornant, sans aucune autre précision, à soutenir que l'assignation méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le principe de nécessité et de proportionnalité, M. B n'a pas assorti ses moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. Par suite, M. B n'est pas fondé, par les moyens invoqués, à soutenir que la décision d'assignation à résidence est entachée d'illégalité.
11. Dès lors, la requête de M. B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Basset et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, président,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
S. Argentin
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026