lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL HEINRICH AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 et 25 juin 2024, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour s'est opposé à sa déclaration préalable ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour de lui délivrer un certificat de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence est remplie eu égard aux obligations imposées à la société Free mobile et aux impératifs du service public des télécommunications et dès lors que les objectifs de couverture qui lui sont imposés par l'Etat ne sont pas encore atteints et que la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :
* elle est titulaire d'une décision tacite de non-opposition ; la décision d'opposition à déclaration préalable du 21 mars 2024 doit être requalifiée en décision de retrait, adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
* elle méconnaît le caractère obligatoire et exécutoire de l'ordonnance de référé n°2308279 du 8 janvier 2024 ;
* la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit ; les dispositions de l'article 4 du titre I du règlement du plan de prévention des risques d'inondation (PPRi) ne font pas obstacle à l'implantation de son projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la commune de Saint-Clair-de-la-Tour, représentée par Me Heinrich, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Free Mobile à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens n'est sérieux ;
- au besoin, une substitution de motifs peut être opérée dès lors que, d'une part, le projet porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, et d'autre part, il méconnaît les dispositions du règlement du PPRi qui n'autorise l'implantation de constructions et d'installations nécessaires au fonctionnement des service d'intérêt collectif ou général qu'à la condition qu'elles complètent celles déjà présentes sur la zone et enfin, il aggrave le risque d'inondation présent sur la zone.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2403477 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 25 juin 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Mirabel pour la société Free Mobile ;
- les observations de Me Sommaggio pour la commune de Saint-Clair-de-la-Tour.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de suspension d'exécution :
1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
3. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux d'implantation d'une antenne de téléphonie mobile opposée à un constructeur, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile 3G, 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'Etat et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune concernée.
4. La société Free Mobile produit des cartes de couverture réseau qui démontrent que le projet contesté permettra d'améliorer la couverture du réseau de téléphonie mobile 3G, 4G et 5G sur le territoire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour, une zone actuellement non couverte de manière satisfaisante par les antennes relais déjà implantées à proximité du terrain d'assiette du projet envisagé. La sincérité de ces cartes ne peut être utilement contestée du fait des contradictions relevées avec les cartes de couverture réseau de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, qui n'ont pas la même précision ni la même portée. Ainsi, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile résultant des engagements pris par la société Free mobile pour assurer une couverture à 99,6% de la population sur l'ensemble du territoire à l'horizon du 8 décembre 2030, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. D'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ".
6. D'autre part, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que la seule injonction faite à une commune, par le juge des référés du tribunal administratif suspendant l'exécution d'une décision portant opposition à la déclaration préalable, de réexaminer la déclaration préalable du pétitionnaire, aurait fait courir un délai de nature à faire naître une autorisation tacite. Un nouveau délai de nature à faire naître une autorisation tacite ne commence à courir qu'à dater du jour de la confirmation de sa demande par l'intéressé.
7. Par ordonnance n°2308279 du 8 janvier 2024, le juge des référés, après avoir suspendu l'exécution de la décision du 17 avril 2023 de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour portant opposition à déclaration pour la construction d'une station relais de téléphonie mobile et la décision rejetant le recours gracieux de la société Free Mobile, a enjoint à la commune de Saint-Clair-de-la-Tour de réexaminer la déclaration préalable de la société Free mobile dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance. La société Free Mobile établit, avoir expressément sollicité par courrier du 10 janvier 2024 reçu par la commune de Saint-Clair-de-la-Tour le 15 janvier 2024, l'instruction de sa déclaration préalable. Dans ces conditions, la société requérante doit être regardée comme ayant confirmé sa demande de déclaration préalable le 15 janvier 2024, date à partir de laquelle un nouveau délai d'un mois, de nature à faire naître une autorisation tacite de non-opposition à déclaration préalable, a commencé à courir. La société Free mobile était donc titulaire d'une autorisation tacite de non-opposition à déclaration préalable au 15 février 2024. La décision attaquée du 21 mars 2024 notifiée le 28 mars 2024 constitue une décision de retrait qui a été adoptée sans procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Les demandes de substitution de motif demandées par la commune de Saint-Clair-de-la-Tour ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire échec au doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige, eu égard au motif retenu au point précédent de l'ordonnance.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de la décision d'opposition à déclaration préalable du 21 mars 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. La présente ordonnance implique nécessairement que le maire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour délivre provisoirement l'attestation de non-opposition prévue à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la commune de Saint-Clair-de-la-Tour de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procès :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Saint-Clair-de-la-Tour doivent dès lors être rejetées.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour une somme de 800 euros à verser à la société Free mobile au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er :L'exécution de l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le maire de Saint-Clair-de-la-Tour s'est opposé à la déclaration préalable de la société Free mobile est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour de délivrer à la société Free mobile, à titre provisoire, l'attestation de non-opposition prévue à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 :La commune de Saint-Clair-de-la-Tour versera à la société Free mobile une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :
Article 5 :Les conclusions de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à la Free mobile et à la commune de Saint-Clair-de-la-Tour.
Fait à Grenoble, le 15 juillet 2024.
La juge des référés,
A. Bedelet
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404058
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026