mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404548 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, Mme E C agissant pour le compte de sa fille mineure B A, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du 28 juillet 2023 dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente décision ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'erreur de fait, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la demande d'asile de l'enfant B n'a été enregistrée que le 28 juillet 2023, soit un an et demi après sa naissance le 22 février 2022. Elle ne démontre pas avoir été empêchée de faire enregistrer sa demande d'asile dans un délai de 90 jours après la naissance de sa fille.
Les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal été susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale et de fonder la décision sur le 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Mme C a répondu par un mémoire du 25 novembre 2024 qui a été communiqué à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le même jour.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Sauveplane, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, née le 14 septembre 1992 à Delta State (Nigéria) et de nationalité nigérienne, est entrée sur le territoire français le 1er décembre 2018 pour demande l'asile qui a été définitivement rejetée en 2019. Elle a donné naissance le 22 février 2022 à une fille B A. Elle s'est présentée le 24 avril 2022 au guichet de la préfecture des Alpes-Maritimes pour déposer une demande d'asile au nom de sa fille, qui a été enregistrée en procédure de réexamen. Elle a déposé une nouvelle demande d'asile au nom de sa fille au guichet de la préfecture de l'Isère le 28 juillet 2023. Par une décision du 2 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait déposé la demande d'asile sans motif légitime dans le délai de 90 jours. Mme C a alors formé un recours administratif préalable obligatoire et le directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration a confirmé le 16 novembre 2023 la décision de refus.
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. " L'article L. 531-27 du même code prévoit que " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; " A ceux de l'article L. 531-41 du même code alors en vigueur : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. "
3. Si Mme C fait valoir qu'elle a déposé une première demande au nom de sa fille le 24 avril 2022 au guichet de la préfecture des Alpes-Maritimes, soit dans le délai de 90 jours, cette circonstance reste sans incidence pour l'appréciation de la légalité de l'enregistrement de la seconde demande déposée le 28 juillet 2023 au guichet unique de l'asile de la préfecture de l'Isère.
4. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement au rejet définitif de la demande d'asile présentée par ses parents en leur nom propre, et, le cas échéant, au nom de leurs autres enfants mineurs nés ou entrés en France avant qu'il ne soit statué de manière définitive sur leur demande, la demande d'asile présentée au nom de cet enfant constitue, au vu de cet élément nouveau, une demande de réexamen, sauf lorsque l'enfant établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.
5. Il ressort des articles L. 531-41 et -42 ainsi que des articles R. 531-35 à 39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande de réexamen n'est pas enfermée dans une condition de délai. Par suite, le motif opposé fondé sur le 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'erreur de droit.
6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. En l'espèce, l'office pouvait opposer le même refus en se fondant sur le 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. Toutefois, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est isolée et sans hébergement. Dès lors, en estimant qu'elle ne présentait aucune vulnérabilité et refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
11. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration rétablisse Mme C dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 16 novembre 2023, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les conclusions étant dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance, elles ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 novembre 2023 du directeur général de l'Office de l'immigration et de l'intégration est annulée.
Article 2 :Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme C dans le droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 16 novembre 2023 dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme F, première-conseillère,
- Mme D, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. F
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026