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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404656

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404656

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. A G, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée en faits et ne repose pas sur un examen de sa situation personnelle ;

- est illégale à défaut de production de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle par rapport au but poursuivi ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2024.

Sur demande du magistrat rapporteur, le préfet de l'Isère a produit l'avis du collège de médecins de l'OFII le 19 août 2024.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rogniaux,

- et les observations de Me Margat, substituant Me Mathis, pour M. G.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant nigérian né le 1er janvier 1995, est entré en France le 17 janvier 2019 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 13 août 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 8 juillet 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 7 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerner la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision prise par le préfet de l'Isère le 29 janvier 2024 vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait relatifs à la situation du requérant. Elle est par suite suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes même de la décision en litige que le préfet de l'Isère, qui a fait état des éléments en sa possession notamment quant à l'état de santé de M. G, à la possibilité de bénéficier d'un traitement au Nigéria ainsi qu'aux liens personnels noués sur le territoire, a procédé à un réel examen de la situation de l'intéressé avant de prendre la décision en litige.

5. En troisième lieu, le préfet de l'Isère a produit l'avis du collège de médecins de l'OFII et il en ressort qu'un rapport médical a bien été établi par le docteur H C, qui ne faisait pas partie du collège. M. G, qui se borne à citer les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et n'a pas répliqué après production de cet avis, n'apporte aucune précision au soutien du moyen tiré de l'irrégularité de la composition du collège. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il résulte de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () ". La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de cet article, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

7. Il est constant que M. G réside habituellement en France et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il résulte cependant de l'avis du collège de médecins de l'OFII qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier, de manière effective, d'un traitement approprié. Cet avis étant favorable à la position soutenue par le préfet, il n'appartient pas à celui-ci de produire les fiches de disponibilité du traitement suivi par M. G au Nigéria, mais au contraire à ce dernier d'établir qu'il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. M. G n'établit pas suffisamment que les antipsychotiques de seconde génération, qui lui sont prescrits, ne sont pas disponibles au Nigéria par la production de l'attestation du docteur D F du 14 mars 2024 aux termes de laquelle : " Ce traitement () a priori, ne me parait pas disponible dans son pays d'origine, le Nigéria (selon mes connaissances, disponibilité uniquement de neuroleptique de 1ère génération) ". Au demeurant, aucun élément ne permet de retenir que le traitement de première génération, pour n'être pas optimal, ne serait pas approprié. Par ailleurs, M. G cite, au surplus sans les verser aux débats, des extraits d'articles de presse ou d'un reportage tendant à montrer que le nombre de psychiatres est insuffisant au Nigéria et que le coût de prise en charge serait élevé, à travers la situation d'une personne. Ces éléments sont insuffisants à établir que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé nigérian, M. G ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, étant rappelé qu'il n'y a pas lieu de rechercher si les soins dont il bénéficierait seraient équivalents à ceux offerts en France. Enfin et quand bien même M. G présente de nombreuses cicatrices attestant qu'il a été victime de violences, commises dans son pays d'origine ou durant son parcours migratoire, le risque de " réactivation des troubles " en cas de retour dans son pays ne peut être tenu pour acquis. L'une des conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. M. G fait état de ce que le centre de ses intérêts se situe en France, puisqu'il y réside de manière permanente depuis 2019, qu'il y est soigné et qu'il est très impliqué comme bénévole dans plusieurs associations. Toutefois, lors de son arrivée en France, il était déjà âgé de 24 ans. Il a ainsi passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine. Il ne justifie pas de l'absence d'attaches familiales et amicales au Nigéria, le docteur E B ne faisant, dans son certificat du 30 novembre 2021, que reprendre les déclarations de l'intéressé. S'il justifie de liens noués dans diverses associations dans lesquelles il est bénévole, il ne s'en déduit pour autant pas de liens personnels intenses, tandis qu'il ne justifie pas non plus d'attaches familiales en France. Enfin, il a été démontré au point 8 qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas se soigner au Nigéria. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été développé aux points 8 et 10 que le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à M. G un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ni au motif qu'il pourrait bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait relatifs à la situation du requérant. Elle est par suite suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. G doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

17. Dès lors que M. G se borne à invoquer à ce titre les conséquences de l'impossibilité de bénéficier dans son pays d'origine du traitement médical nécessaire et approprié à son état de santé, sans toutefois démontrer cette impossibilité contredite par l'avis du collège de médecins de l'OFII, ce moyen doit être écarté comme non fondé.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. G doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. G tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. G, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Rogniaux

La greffière,

J. Bonino

La présidente,

A. TrioletLa République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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