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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406892

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406892

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantNABET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 et 16 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Nabet, demande au tribunal :

1°) de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 5 septembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 5 jours à compter de sa demande d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1500 euros qui sera versée à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'OFII a commis une erreur de fait et une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en raison de la systématicité des refus des conditions matérielles d'accueil lorsque la demande d'asile est présentée, comme dans son cas, plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Grenoble a désigné Mme Bedelet, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 à 9h15 :

- le rapport de Mme Bedelet,

- les observations de Me Nabet pour M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'OFII n'établit pas la date d'entrée en France de M. B.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite le 19 septembre 2024 à 10h25 pour M. B qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision en litige a été signée par Mme C, directrice territoriale de l'OFII, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par une décision du 24 avril 2023 régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée () ".

4. La décision attaquée, qui indique les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

5. Le requérant soutient que l'agent de l'OFII lui a indiqué que les conditions matérielles d'accueil sont systématiquement refusées par l'OFII sans tenir compte de la vulnérabilité de l'étranger lorsque la demande d'asile est présentée, comme dans son cas, plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français. Cependant, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, qui précise que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ont été examinés, que son édiction n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant notamment au regard de sa vulnérabilité.

6. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que M. B a signé le 5 septembre 2024 après avoir certifié sur l'honneur l'exactitude des renseignements fournis qu'il est entré en France le 27 août 2023. Ainsi, la demande d'asile présentée par M. B le 5 septembre 2024 a été présentée plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français. M. B n'établit pas l'existence d'un motif légitime de nature à faire obstacle au décompte du délai de 90 jours fixé par les dispositions citées au point 3 en se bornant à alléguer qu'il a dans un premier temps recherché sa compagne et leurs deux enfants dont il avait perdu la trace lors de leur traversée en méditerranée puis, qu'une fois ces derniers retrouvés, les travailleurs sociaux lui ont conseillé de solliciter une carte de résident en qualité de parent mineur bénéficiant du statut de réfugié plutôt qu'une demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une d'erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

8. Le requérant soutient que sa famille, composée de sa compagne et de leurs deux enfants de 3 et 5 ans, est placée dans une situation de précarité dans la mesure où il ne peut travailler et son épouse dispose de faibles ressources. Cependant, il ressort de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité que le requérant bénéficie d'un logement social stable. Par ailleurs, sa compagne, qui travaille depuis octobre 2023 pour la société Kliners Rhône Alpes, perçoit un salaire net mensuel d'environ 700 euros. Si sa compagne n'a perçu en mars et avril 2024 qu'un salaire mensuel net d'environ 200 euros, il ressort des bulletins de salaire que celle-ci était en arrêt maladie et a donc nécessairement perçu des indemnités journalières de l'assurance maladie. Ainsi, M. B ne peut être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur de fait et une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 septembre 2024. Par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Nabet et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Grenoble, le 23 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406892

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