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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407689

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407689

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2024, Mme C E , représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de 48h, de lui remettre en conséquence un dossier de demande à transmettre à l'OFPRA sous le même délai et de l'admettre au séjour en qualité de demandeur d'asile, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, d'enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas démontré que les informations prévues à l'article 4.3 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 lui ont été remis dans une langue qu'elle comprend conformément aux dispositions de l'article 29 du règlement n° 603/2013 ;

- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation, d'erreur de droit et de défaut d'examen sérieux ;

- l'arrêté méconnaît l'article 17 du règlement UE n° 604/13 du 26 juin 2013 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté porte une atteinte au droit constitutionnel d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C E ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties ont été informées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B

- les observations orales de Me Marcel substituant Me Mathis, en présence de Mme D, interprète.

Après avoir constaté l'absence du préfet du Rhône ou de son représentant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante angolaise née le 17 avril 1992, est entrée irrégulièrement en France le 25 mai 2024 selon ses déclarations pour déposer une demande d'asile. La consultation du fichier européen VIS a montré que l'intéressée était titulaire d'un visa délivré par les autorités portugaises. Elle a été informé que sa demande relevait de la procédure Dublin. Le Portugal a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé le 30 juillet 2024. Par une décision du 30 septembre 2024 dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les documents prévus à l'article 4 du règlement n° 604/2013 ont été remis le 17 octobre 2023 à Mme A dans une langue qu'elle a déclaré comprendre. Par suite, le moyen n'est pas fondé.

4. En second lieu, l'arrêté mentionne que la consultation du système VIS a montré que Mme E est titulaire d'un visa délivré par les autorités portugaises et que celles-ci ont accepté sa prise en charge sur le fondement de l'article 22 du règlement 604/2013. L'arrêté envisage encore l'existence d'une éventuelle vulnérabilité de l'intéressée ainsi que son exposition à des peines ou traitement contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision mentionne les motifs de fait et de droit qui la fondent. Le moyen doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas fait un examen particulier de la demande de Mme E.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 17 du règlement 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. " A ceux de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si Mme E soutient qu'elle craint pour sa vie et celle de ses enfants en cas de retour dans son pays ou au Portugal en raison de la vengeance de compatriotes envoyés par son mari resté en Angola, faute d'apporter des éléments tangibles sur les craintes qu'elle allègue, elle ne peut être regardée comme établissant être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine ou au Portugal des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement 604/2013 n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

9. L'arrêté attaqué, pris en application du règlement UE n° 604/2014 ne porte, ni par son objet ni par ses effet aucune atteinte au droit constitutionnel d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Mme E est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Mathis et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

E. B Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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