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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407861

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407861

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre est entaché d'un vice de procédure quant à l'avis rendu par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet de l'Isère s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol,

- les observations de Me Miran, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 9 août 2021. Le 19 octobre 2021, il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour qui a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 16 novembre 2021. Il a obtenu une autorisation provisoire de séjour valable du 31 janvier 2022 au 30 juillet 2022 et obtenu une carte de séjour en qualité d'étranger malade valable du 9 juin 2022 au 8 juin 2023. Le 6 juin 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun à l'arrêté attaqué :

3. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé.

Sur le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 16 octobre 2023 au vu duquel le préfet a statué, a été produit en défense, ainsi que le bordereau de transmission du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis a été émis par un collège de médecins de l'OFII régulièrement désignés à cet effet, un rapport médical a été préalablement établi par un médecin ne faisant pas partie du collège et l'avis est régulier en la forme. M. B n'est ainsi pas fondé à contester l'existence et la régularité de cet avis, ni, par suite, à invoquer l'irrégularité de la procédure ayant précédé la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère s'est cru lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 16 octobre 2023.

6. En troisième lieu, la situation de M. B étant entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui sont pas applicables.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

9. Au cas d'espèce, l'avis du collège des médecins du 16 octobre 2023 mentionne que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine à destination duquel il peut voyager sans risque. M. B, souffre de la maladie de Behçet, avec atteinte cutanée, articulaire, muqueuse et veineuse avec une thrombose jugulaire à l'origine d'une hypertension intracranienne. Il ressort des certificats médicaux versés qu'il est traité avec notamment les médicaments Colchicine, Imurel et Humira. Le certificat médical du 14 octobre 2024 du Dr A indiquant qu'il nécessite des soins et l'utilisation de traitement, notamment des biothérapies, dont l'accès est limité dans la plupart des pays et qu'il semble exister des difficultés d'accès aux soins en Algérie, son pays d'origine, ne suffit pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. Il en va de même des autres pièces médicales produites par M. B, qui elles attestent de la réalité de la pathologie dont il est atteint et de la prise en charge dont il fait l'objet à ce titre, mais ne permettent de contredire l'avis du 16 octobre 2023 en ce qui concerne la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié ainsi que d'une prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que l'OFII aurait précédemment eu une appréciation différente dans un autre avis, en prenant la décision de refus de séjour litigieuse, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. B, qui a déclaré être entré sur le territoire français le 9 août 2021, soutient avoir développé des attaches familiales et sociales importantes en France où son frère résiderait. Toutefois, son entrée sur le territoire demeure récente et il ne justifie d'aucune intégration particulière. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident ses parents. Enfin, comme il a été dit précédemment, il n'est pas établi qu'il ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié ainsi que d'une prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions eu égard à la durée de séjour du requérant en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la demande de titre a été refusée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Pour les mêmes raisons, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a entaché le refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour.

12. En second lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant M. B à quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

15. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge, les conclusions de M. B tendant à ce que soit mise à charge de l'Etat une somme à verser à son avocat en application de ces dispositions doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Miran et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407861

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