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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2410087

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2410087

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2410087
TypeDécision
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Roure, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2025, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel,

- et les observations de M. B, de son fils et de sa belle-fille.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant du Kosovo né en 1966, est entré en France le 10 mars 2015. Le 12 mars 2015, il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 29 février 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 octobre 2016. Le préfet de la Haute-Savoie a en conséquence, pris une première mesure d'éloignement à son encontre le 5 décembre 2016 que M. B s'est abstenu d'exécuter. Deux mesures d'éloignement ont ensuite été édictées à son encontre le 23 juin 2018 et le 30 septembre 2019 que M. B n'a pas exécutées. Le 20 décembre 2022, M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans la présente instance, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit dès lors être écarté comme inopérant.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. B est présent en France depuis neuf ans à la date de l'arrêté attaqué, la durée de sa présence sur le territoire n'a été rendue possible que par son maintien en situation irrégulière malgré trois précédentes mesures d'éloignement. Le requérant n'établit pas d'intégration professionnelle en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B réside avec son épouse, de même nationalité, dont il est constant qu'elle n'est pas en situation régulière sur le territoire français. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que le couple retourne au Kosovo où M. B a vécu la majeure partie de sa vie et où il conserve nécessairement des attaches personnelles et familiale. Enfin, si l'un des fils majeurs du requérant a acquis la nationalité française et est le père de trois enfants français, cette circonstance ne porte pas atteinte au droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale normale alors qu'il dispose de la possibilité de solliciter un visa temporaire de cours séjour pour rendre visite à son fils et à ses petits-enfants et qu'il n'allègue pas que ceux-ci ne pourraient pas eux-mêmes lui rendre visite au Kosovo. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-23 du code, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :

La requête de M. B est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Coutarel, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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