mercredi 5 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2501102 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GHANASSIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 février 2025 et le 18 février 2025, Mme B D, représentée par Me Ghanassia, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions implicites du préfet de l'Isère portant refus de renouvellement de son titre de séjour et de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de réexaminer sa demande de carte de séjour temporaire ainsi que d'examiner sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de 48 heures suivant l'ordonnance à venir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'urgence est présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour et est caractérisée puisqu'en l'absence d'attestation, elle ne peut plus travailler, que son employeur risque de suspendre son contrat de travail, qu'elle risque d'être séparée de sa fille ;
S'agissant des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît sa liberté d'aller et venir ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée puisque qu'elle lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2501103.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 18 février 2025 au cours de laquelle le rapport de Mme A a été entendu, en l'absence des parties.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme D provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le non-lieu à statuer :
2. La préfète de l'Isère a délivré une attestation de prolongation d'instruction à la requérante, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité de la décision refusant la délivrance de ce document.
Sur la demande de suspension d'exécution du refus de titre de séjour :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
5. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de Mme D. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. Si en cours d'instance la préfète a délivré une attestation de prolongation d'instruction il apparaît qu'au cours de l'instruction de sa demande, Mme D ne s'est pas vue renouveler régulièrement cette attestation de sorte qu'elle s'est trouvée dans une situation de précarité certaine, de sorte que la présomption d'urgence n'est pas renversée.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme D.
Sur les conclusions d'injonction :
7. La présente décision implique qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Ghanassia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er :Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction.
Article 3 :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère est suspendue.
Article 4 :
Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Article 5 :L'Etat versera à Me Ghanassia une somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à Me Ghanassia et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.
Le juge des référés,
J. A
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°250110