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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501729

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501729

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2025, Mme C E, représentée par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a assignée à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours ;

4°) de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés :

- ils sont entachés de l'incompétence de leur auteur en l'absence de justification de la délégation de signature ;

- ils sont entachés d'une insuffisance de motivation ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision méconnaît les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle l'empêchera de comparaître personnellement à l'audience pénale du 7 janvier 2026 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle constitue une rupture brutale avec les membres de sa famille et dans sa scolarité ;

- elle est entachée de disproportion et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son insertion et de sa vie privée et familiale et en l'absence de menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas apparaître les quatre critères de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle l'empêchera de comparaître personnellement à l'audience pénale du 7 janvier 2026 ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de pointage est inadaptée au regard du suivi de ses cours obligatoires ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2025 à 12h39, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Poret représentant Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante arménienne née le 4 novembre 1998, est entrée régulièrement en France le 1er septembre 2019 avec un visa de court séjour. Après que sa demande d'asile ait été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 décembre 2020, la préfète des Hautes-Alpes a pris à son encontre le 13 janvier 2021 une décision d'éloignement assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours. Par un arrêté du 2 août 2021, la préfète des Hautes-Alpes lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par les arrêtés contestés du 16 février 2025, la préfète de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans et l'a assignée à résidence.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme E.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés :

3. En premier lieu, les arrêtés en litige ont été signés par M. A D, sous-préfet de Vienne, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de l'Isère du 25 novembre 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En second lieu, les arrêtés en litige du 16 février 2025 mentionnent de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées. Ils visent les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui le fondent en droit. La préfète, qui expose la situation personnelle et familiale de Mme E, et en particulier la présence sur le territoire français de membres de sa famille, la précédente décision d'éloignement dont elle a fait l'objet ainsi que les poursuites pénales à son encontre, n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée. Les arrêtés en litige relèvent que l'intéressée n'apporte aucun élément démontrant qu'elle serait soumise à des risques personnels et réels de torture ou de traitement inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des mentions des arrêtés en litige, que la préfète a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme E avant de prendre les décisions contestées.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

6. En premier lieu, la requérante soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à son droit d'être entendue, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, Mme E a été à même, lors de son audition par les services de gendarmerie le 16 février 2025, de présenter toutes les observations qu'elle jugeait utiles sur ses conditions de séjour en France et son possible éloignement. Elle n'établit pas qu'elle n'a pas pu présenter à l'administration d'autres éléments qui auraient pu influer sur le sens de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'elle a été privée du droit d'être entendue doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera () soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () 3. Tout accusé a droit notamment à : () c. se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix () ". Aux termes de l'article 410 du code de procédure pénale : " Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé. () Si un avocat se présente pour assurer la défense du prévenu, il doit être entendu s'il en fait la demande () "

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est convoquée devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 7 janvier 2026 du chef de vol en réunion. La décision d'éloignement en litige ne fait pas obstacle à ce qu'elle se fasse représenter par un avocat de son choix au cours de cette audience en application des dispositions du code de procédure pénale et conformément au point 3.c) de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ce texte et des droits de la défense doit par suite être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme E, qui est entrée en France en septembre 2019, ne justifie pas de démarches en vue de la régularisation de son séjour sur le territoire français. Après le rejet définitif de sa demande d'asile, elle a fait l'objet d'une décision d'éloignement puis d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans prises par la préfète des Hautes-Alpes respectivement le 13 janvier et le 2 août 2021, décisions qu'elle ne prétend pas avoir exécutées. Si la requérante se prévaut de la présence en France de sa mère, de son beau-père, de sa sœur et de ses frères mineurs, ces derniers ne bénéficient pas, à l'exception de son beau-père, de titres de séjour en France et ils résident, à l'exception de sa sœur avec qui elle cohabite, dans un autre département. Mme E justifie avoir passé en 2023 un test (TCF) attestant de ses bonnes connaissances et avoir accompli des démarches en 2021 et 2023 pour réaliser un stage et pour obtenir une autorisation de travail. Elle justifie d'une première inscription à l'université de Grenoble en licence 2 de sciences de la vie pour l'année 2024-2025, soit cinq ans après son arrivée en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme E a déjà été condamnée définitivement le 16 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Gap pour des faits identiques ou assimilés aux faits de vol en réunion portant sur des denrées alimentaires et un peignoir pour lesquels elle est convoquée devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 7 janvier 2026 et qu'elle a reconnus en garde à vue avoir commis. Au regard de ces éléments pris ensemble, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision d'éloignement porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision d'éloignement doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

12. En vertu de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour; ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français;/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement; ()"

13. En premier lieu, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de gendarmerie du 16 février 2025 que Mme E a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une éventuelle obligation de quitter le territoire français. La requérante, qui se borne à indiquer que l'absence de délai de départ volontaire constitue une rupture brutale avec les membres de sa famille et dans sa scolarité, ne justifie pas de circonstances particulières au sens et pour l'application de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

14. En second lieu, au regard de la situation personnelle et familiale de Mme E exposée au point 10, la préfète n'a pas davantage entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou de disproportion.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Personne ne peut subir des tortures ou être traité de manière inhumaine ou dégradante. " A ceux de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi:/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

17. La requérante, qui se borne à faire état sans précision de menaces personnelles dans son pays d'origine, n'apporte pas d'éléments de nature à accréditer l'existence de risques personnels et réels en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen doit par suite être écarté et les conclusions d'annulation de la décision fixant le pays de retour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision est illégale du fait de l'illégalité la décision d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

20. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision contestée que la situation de Mme E a été appréciée au regard de l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce texte doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des droits de la défense doit être écarté.

22. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti de développement, de sorte qu'il est trop imprécis pour pouvoir en apprécier le bien-fondé.

23. En cinquième lieu, Mme E s'étant vue refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Or elles ne sont pas alléguées en l'espèce. Par ailleurs, au regard de la situation de Mme E exposée au point 10, et alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, la durée de deux ans d'interdiction de retour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et n'est pas davantage entachée de disproportion et d'erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

25. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

26. L'arrêté contesté vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il se fonde, mentionne la décision d'éloignement prise le même jour et indique que l'éloignement de l'intéressée demeure une perspective raisonnable au regard de l'adresse dont elle justifie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

27. En second lieu, la requérante, qui se borne à indiquer que l'assignation à résidence porte gravement atteinte à sa vie privée et familiale alors qu'elle a le centre de ses intérêts en France, n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant les modalités de contrôle de l'assignation :

29. Mme E justifie que les modalités de contrôle de l'assignation à résidence que sont le périmètre de circulation et les horaires de présentation au commissariat de police sont incompatibles avec le suivi de ses cours et avec la présentation à ses examens semestriels à l'université de Grenoble. Dans ces conditions, la décision fixant les modalités de contrôle excède, dans les circonstances particulières de l'espèce, ce qui est nécessaire et adapté à la vérification du respect de l'obligation de ne pas quitter le périmètre de son assignation. La requérante est par suite fondée à demander l'annulation de la décision fixant les modalités de contrôles, distincte et divisible de la mesure d'assignation elle-même.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

30. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er :Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.Article 2 :La décision de la préfète de l'Isère en date du 16 février 2025 fixant les modalités de contrôle de l'assignation à résidence de Mme E est annulée.

Article 3 :L'Etat versera à Me Poret une somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la perception de l'aide juridictionnelle.Article 4 :Le surplus de la requête de Mme E est rejeté.Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Poret et à la préfète de l'Isère.Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

Le magistrat désigné,Le greffier,

E. B L. Bourechak

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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