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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506599

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506599

mercredi 9 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMATHIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de M. D, un ressortissant burkinabé demandeur d'asile, contestant la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 13 juin 2025 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil pour défaut de présentation à des convocations. Le tribunal a annulé cette décision, estimant que l'OFII n'avait pas suffisamment pris en compte la vulnérabilité du requérant, comme l'exigent les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est l'annulation de la décision de l'OFII, avec injonction de rétablir les conditions matérielles d'accueil sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2025, M. C D, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 juin 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 13 juin 2025, dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'une erreur de fait, est insuffisamment motivée et a été prise sans un examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a par suite privé d'une garantie essentielle ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Mathis, représentant de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant burkinabe, a sollicité l'asile sur le territoire français le 6 décembre 2024 et a accepté l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 13 juin 2025, il s'est vu notifier une décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il s'était abstenu de se présenter aux convocations qui lui avaient été adressées. Il en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Selon l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

5. Si, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration met fin au versement de l'allocation pour demandeur d'asile lorsque le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, ces dispositions n'ont pas et ne sauraient avoir pour effet de priver du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le demandeur d'asile dont la situation spécifique de personne vulnérable, au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifie de le maintenir dans ce bénéfice.

6. En l'espèce, il est constant que le requérant ne s'est pas présenté à ses convocations en préfecture les 14 et 30 avril 2025.

7. En premier lieu, M. D reconnaît, pour conclure que la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, qu'il ne s'est pas présenté au Pôle Régional Dublin aux dates précitées, alors qu'il s'y était présenté jusqu'alors, en raison d'examens médicaux qu'il a dû programmer. Toutefois, la décision en litige, qui vise les articles L.551-16 et D.551-18 applicables à sa situation, expose que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il avait bénéficié à défaut d'avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités, qu'il disposait d'un délai de 15 jours pour faire valoir ses observations, que ce motif justifie la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. D n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée serait insuffisamment motivée, ni qu'elle serait entachée d'une erreur de fait, ni que le motif du retrait de ses conditions matérielles d'accueil serait entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

8. En deuxième lieu, M. D fait valoir, sur le fondement de l'article D.551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4, qu'il a été privé d'une garantie essentielle dès lors qu'il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, que ses observations auraient été réceptionnées, traitées et examinées par l'OFII avant la prise de la décision contestée. Toutefois, il est constant que conformément aux dispositions précitées, il a formulé ses observations, le 27 mai 2025, soit dans un délai de quinze jours suite à la notification par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 20 mai 2025, de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le requérant, qui a produit des observations, avant l'édiction de la décision attaquée, n'a pas été privé d'une garantie. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration prononçant la cessation de ses conditions matérielles d'accueil serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

9. En troisième lieu, il soutient, à l'appui d'un certificat médical en date du 10 avril 2025, qu'en raison de la constatation récente de problèmes de santé, il est nécessaire de programmer " dans les meilleurs délais " une endoscopie dans le cadre d'examens urologiques, afin d'exclure toute pathologie sous-jacente et avant toute décision ou transfert dans le cadre de la procédure Dublin. Il joint un autre certificat médical du 14 avril 2025 attestant qu'il a été examiné ce jour par un médecin généraliste. Toutefois, les termes du certificat médical du 10 avril 2025 ne caractérisent pas un besoin urgent de prise en charge en raison d'une vulnérabilité médicale avérée. D'ailleurs, M. D ne justifie pas de la prise de rendez-vous pour réaliser l'endoscopie évoquée par ce certificat médical. Ainsi, son absence à ces convocations n'étant pas fondée sur un motif légitime, caractérise à elle seule la volonté du requérant de se soustraire de façon intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Dès lors, les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et les conclusions de son conseil tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2025.

La magistrate désignée,

I. B

Le greffier,

M. A La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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