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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1900767

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1900767

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1900767
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET JURIDIQUE COURTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2019, M. et Mme A C, représentés par Me Richard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 et des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration n'établit pas avoir régulièrement notifié à la SAS Arbre à Came la proposition de rectification du 21 juillet 2017 la concernant ;

- l'administration fiscale ne démontre pas, alors qu'il lui incombe, que les bénéfices reconstitués ont été désinvestis ou ne sont pas demeurés investis dans la SAS Arbre à Came ;

- l'administration ne démontre pas que Mme C a effectivement appréhendé les sommes concernées ;

- en se fondant seulement, pour l'estimation du chiffre d'affaires de la SAS Arbre à Came au titre des exercices vérifiés, sur les sommes apparaissant au crédit du compte bancaire de cette dernière sans avoir tenu compte des achats effectués tels qu'ils figurent au débit du même compte bancaire, l'administration fiscale a mis en œuvre une méthode de reconstitution de recettes erronée conduisant à l'exagération des montants de revenus réputés distribués à Mme C ;

- la SAS Arbre à Came n'ayant pas été mise à même de bénéficier du mécanisme de la " cascade complète " au sens de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, ils sont fondés à obtenir une réduction d'imposition correspondante.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de ce que l'irrégularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre de la SAS Arbre à Came a vicié la procédure d'imposition suivie à l'encontre de M. et Mme C est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Arbre à Came, dont M. et Mme A C sont les associés à parts égales et Mme C assure la direction, exerce une activité d'achat-revente de camping-cars. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016 à l'issue de laquelle l'administration a procédé à une reconstitution de son chiffre d'affaires au titre des exercices concernés et lui a notifié un rehaussement de ses bénéfices par une proposition de rectification du 21 juillet 2017. Ces bénéfices non déclarés ont été regardés comme des distributions appréhendées par Mme C sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et, à ce titre, imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers entre les mains de M. et Mme C. Par suite, les requérants se sont vus notifiés, par une proposition de rectification du 24 août 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 et de prélèvements sociaux au titre des années 2014, 2015 et 2016. Par sa réponse aux observations du contribuable présentées le 6 novembre 2017, l'administration fiscale a partiellement maintenu les rectifications envisagées en ramenant les distributions à 18 619 euros pour l'année 2014, 266 484 euros pour 2015 et 349 316 euros pour 2016. Enfin, par une décision du 22 novembre 2018, l'administration a partiellement admis la réclamation présentée par M. et Mme C en tirant les conséquences, s'agissant du montant du bénéfice regardé comme distribué à Mme C, de l'admission d'une facture de 28 320 euros en déduction du bénéfice imposable de la SAS Arbre à Came au titre de l'exercice clos au 31 mars 2015 au stade de la réclamation présentée par cette dernière. M. et Mme C demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant en litige.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Les moyens contestant la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société soumise au régime d'imposition des sociétés de capitaux sont inopérants au regard des impositions personnelles mises à la charge de l'un de ses associés. Par suite, à supposer même, comme le soutiennent les requérants, que la procédure d'établissement des impositions supplémentaires auxquelles a été assujettie la SAS Arbre à Came ait été entachée d'une irrégularité en raison du défaut de notification de la proposition de rectification la concernant, cette circonstance qui, au demeurant, manque en fait dans la mesure où l'administration justifie de la présentation régulière du pli à la présidente de la SAS Arbre à Came, est sans incidence sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ont été assujettis M. et Mme C au titre des années 2014 à 2016.

Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :

En ce qui concerne le principe de l'appréhension des bénéfices distribués :

3. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II à ce code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées. ".

4. Les sommes réintégrées par l'administration dans le résultat imposable d'une société ayant fait l'objet d'un redressement ne peuvent être regardées comme des revenus distribués au sens de ces dispositions que dans la mesure où elles ont été effectivement appréhendées par leur bénéficiaire et ne sont pas demeurées investies dans la société. Ces revenus sont présumés distribués à la date de clôture de l'exercice au terme duquel leur existence a été constatée, sauf si le contribuable ou l'administration apporte des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date.

5. En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

S'agissant du désinvestissement des sommes :

6. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a rejeté la comptabilité présentée par la SAS Arbre à Came comme non probante s'agissant de l'exercice clos en 2014 et qu'il n'a relevé aucun indice comptable d'augmentation du capital ou de mise en réserve d'une partie du bénéfice, qui ne s'élevait au demeurant qu'à 1 945 euros sur cet exercice, ni de procès-verbal en ce sens des associés de la société. D'autre part, il résulte également de l'instruction que s'agissant des exercices clos en 2015 et 2016, la SAS Arbre à Came n'a pas été en mesure de fournir des fichiers des écritures comptables et s'est abstenue de présenter une comptabilité clôturée et de déposer les liasses fiscales pour ces exercices, mettant ainsi l'administration dans l'impossibilité de vérifier qu'elle aurait conservé les sommes correspondantes et notamment que ces sommes auraient été mises en réserve ou incorporées au capital. Si les requérants soutiennent que des sommes figurent au crédit du compte bancaire de la SAS Arbre à Came à la clôture de chaque exercice vérifié, une telle circonstance ne saurait toutefois constituer une preuve de l'absence de désinvestissement des sommes litigieuses. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit que les résultats reconstitués doivent être regardés comme ayant été désinvestis et réputés distribués en application des dispositions précitées du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.

7. D'autre part, la documentation administrative 4 J-1213 n°17 du 1er novembre 1995, reprise au paragraphe 160 de l'instruction administrative référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-20-50 et publiée le 12 septembre 2012, et la réponse ministérielle à M. B, en date du 7 janvier 1954, ne font pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle qui a été mentionnée précédemment et ne peuvent, par suite, être utilement invoquées sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

S'agissant de l'appréhension des sommes :

8. L'administration fiscale fait valoir, sans être contestée sur ce point, que Mme C, associée à 50% de la SAS Arbre à Came, était la présidente de cette société et qu'elle seule disposait du pouvoir de signature sur le compte bancaire de la société. Ainsi, l'administration fiscale, qui n'était pas tenue dans ces conditions de mettre en œuvre les dispositions de l'article 117 du code général des impôts, apporte la preuve de l'appréhension par l'intéressée, qui disposait ainsi de l'entier pouvoir économique et financier de la société, des revenus distribués par la SAS Arbre à Came qu'elle contrôle conjointement avec son époux. L'administration était, dès lors, fondée à se prévaloir de la présomption de distribution instaurée par le 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.

En ce qui concerne le montant des bénéfices distribués :

9. M. et Mme C contestent la méthode de reconstitution de recettes suivie par le service vérificateur au motif qu'il a seulement pris en compte les encaissements figurant sur les relevés du compte bancaire de la SAS Arbre à Came sans comptabiliser, simultanément, les décaissements sur ce compte qui rendent compte d'achats effectués pour les besoins de son activité.

10. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'au cours des opérations de contrôle de la SAS Arbre à Came, le service vérificateur, après avoir rejeté la comptabilité de cette société comme non probante au titre des exercices vérifiés, a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires en se fondant sur le montant des sommes encaissées par la société telles qu'elles figurent au crédit de son compte bancaire ouvert auprès de l'établissement Crédit Maritime Mutuel Atlantique, dont il a obtenu les relevés correspondants par l'exercice de son droit de communication. En ce qui concerne les charges déductibles du résultat brut ainsi reconstitué, le service vérificateur a pris en compte, en ce qui concerne l'exercice clos en 2014, les achats de marchandises déclarés par la société et en ce qui concerne les exercices clos en 2015 et 2016, pour lesquels aucune déclaration de résultat n'a été déposée, les achats de véhicules d'occasion comptabilisés et justifiés sur facture. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit avoir tenu compte, pour la taxe sur la valeur ajoutée déductible comme pour les charges déductibles, des sommes dont il était justifié sur facture, et la reconstitution de recettes ne peut être regardée comme radicalement viciée en son principe ou excessivement sommaire.

Sur le bénéfice de la cascade complète :

11. Aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " () Les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés peuvent, dans la mesure où le bénéfice correspondant aux rectifications effectuées est considéré comme distribué, par application des articles 109 et suivants du code général des impôts, à des associés ou actionnaires dont le domicile ou le siège est situé en France, demander que l'impôt sur le revenu supplémentaire dû par les bénéficiaires en raison de cette distribution soit établi sur le montant du rehaussement soumis à l'impôt sur les sociétés diminué du montant de ce dernier impôt. () / Les demandes que les contribuables peuvent présenter au titre des troisième et quatrième alinéas doivent être faites au plus tard dans le délai de trente jours consécutif à la réception de la réponse aux observations prévue à l'article L. 57 ou, à défaut, d'un document spécifique les invitant à formuler lesdites demandes. / L'imputation prévue aux troisième et quatrième alinéas est soumise à la condition que les associés ou actionnaires reversent dans la caisse sociale les sommes nécessaires au paiement des taxes sur le chiffre d'affaires et des taxes assimilées, de l'impôt sur les sociétés et de la retenue à la source sur les revenus de capitaux mobiliers se rapportant aux sommes qui leur ont été distribuées ".

12. M. et Mme C soutiennent que la SAS Arbre à Came n'a pas été mise à même de solliciter l'application du mécanisme de la " cascade complète " prévu par l'article L. 77 du livre des procédures fiscales en application duquel il y avait lieu de déduire des bénéfices distribués la somme correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés supportées par cette société du fait du rehaussement. Ils entendent ainsi se référer aux dispositions précitées du troisième alinéa de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'administration fiscale établit avoir régulièrement notifiée la proposition de rectification à la SAS Arbre à Came par la production de l'accusé réception portant la mention " pli avisé non distribué ", de sorte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils auraient été indûment privés de la possibilité de solliciter le bénéfice de ces dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A C et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

S. THIERRY

Le président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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