mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1908713 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2019, M. L A et
Mme F K, en leur nom et pour leurs enfants mineurs B A, D A, E A, G A, H A, I A et C A, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser les sommes de 4 845 euros, en réparation de leur préjudice matériel, et de 18 600 euros, en réparation de leur préjudice moral, ces sommes étant assorties des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été annulée ; l'illégalité de cette décision engage la responsabilité de l'État ;
- le refus de visa a maintenu la famille dans une situation précaire dans deux pays différents et a ainsi méconnu leur droit à une vie familiale normale ;
- la période d'indemnisation a couru du 27 novembre 2017 au 18 septembre 2018 ;
- cette situation les a exposés à de nombreux frais ; la famille a été privée des prestations sociales et familiales auxquelles elle aurait pu prétendre ;
- il a exposé des frais pour transférer de l'argent à sa famille, pour un montant de
203,46 euros ;
- ils ont supportés le coût de billets d'avion pour rester en contact ;
- ils ont supportés des frais téléphoniques pour des communications internationales ;
- ils ont subi un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence.
Par un mémoire enregistré le 24 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet des conclusions indemnitaires de la requête en tant qu'elles concernent les préjudices matériels et à ce que les prétentions indemnitaires présentées au titre du préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- les préjudices matériels ne sont pas établis ;
- la durée de responsabilité n'est que d'une année.
Par une ordonnance du 23 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
25 mai 2021.
Par une décision du 17 décembre 2020, le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A et Mme K.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. J a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien né en 1983, a déclaré avoir fui la Mauritanie en 1989, s'être établi au Sénégal, avoir épousé le 15 janvier 2000 Mme K, ressortissante sénégalaise née en 1975, et avoir eu avec celle-ci sept enfants nés entre 2001 et 2013. Il est arrivé en France le 29 janvier 2013 et a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 août 2013. Il a sollicité auprès du ministre de l'intérieur, par une lettre du 28 janvier 2014, l'obtention de visas pour son épouse et ses enfants mineurs. Par une décision du 27 novembre 2017, l'autorité consulaire française à Dakar a rejeté les demandes de visa au motif que les actes d'état civil présentés étaient apocryphes. M. A a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours contre la décision consulaire du 27 novembre 2017. La décision implicite de rejet de cette commission a été annulée par un jugement n° 1805173 du 18 septembre 2018 du tribunal administratif de Nantes, qui a enjoint à l'administration de délivrer les visas sollicités. Par une lettre du 3 juillet 2019, M. A et Mme K ont sollicité une indemnisation auprès du ministre de l'intérieur. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par leur requête, M. A et Mme K demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser les sommes de 4 845 euros, en réparation de leur préjudice matériel, et de
18 600 euros, en réparation de leur préjudice moral, ces sommes étant assorties des intérêts et de la capitalisation des intérêts.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. En l'espèce, l'illégalité de la décision consulaire du 27 novembre 2017 et de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'État. Les requérants ont droit d'être indemnisés des préjudices en lien direct et certain avec ces fautes pour la période dont il demande l'indemnisation, soit du 27 novembre 2017 au 18 septembre 2018.
En ce qui concerne les préjudices :
3. En premier lieu, l'absence de versement à M. A de prestations sociales telles que des allocations familiales est sans lien direct avec les fautes commises par l'administration, ces aides ayant pour objet de compenser partiellement les dépenses engagées pour le logement ainsi que pour l'entretien et l'éducation des enfants présents sur le territoire national, compte tenu du niveau et du coût de la vie en France.
4. En deuxième lieu, si les requérants demandent l'indemnisation des frais supportés pour des transferts d'argent pour un montant de 203,46 euros, ils se bornent à produire un état des 56 transferts d'argent opérés du 6 septembre 2015 au 29 novembre 2017, dont seulement 4 concernent la période en litige et alors que cet état ne mentionne aucun frais. Par suite, aucune somme n'est due à ce titre.
5. En troisième lieu, les requérants demandent l'indemnisation du coût des billets d'avion qu'ils ont dû supporter pour rester en relation. Toutefois, d'une part, le billet pour un vol effectué le 11 avril 2015 vers Dakar, d'un montant de 131,11 euros, est antérieure aux fautes commises et n'ouvre pas droit à réparation. D'autre part, les billets d'avion pour faire venir
Mme K et leurs enfants le 26 novembre 2018, pour un montant de 3 750 euros, auraient également été payés par les requérants en l'absence de toute faute. A défaut de tout lien de causalité avec les fautes commises, aucune somme n'est due au titre des vols du 26 novembre 2018. Enfin, la somme demandée de 740 euros, exposée pour un aller-retour Paris-Dakar le
1er septembre 2018, n'est justifiée ni dans sa réalité ni dans son montant par la seule production d'une confirmation de réservation. Par suite, aucune somme n'est due à ce titre.
6. En quatrième lieu, si les requérants demandent l'indemnisation de frais téléphoniques pour des communications internationales, la facture produite, pour un montant de ces frais s'élevant à 20,70 euros, date du 27 septembre 2017, est antérieure aux fautes commises et n'ouvre pas droit à réparation.
7. En dernier lieu, les requérants demandent l'indemnisation de leur préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence, pour un montant total de 18 600 euros. L'illégalité des décisions de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période d'environ neuf mois la séparation de la famille. Eu égard à la durée de la séparation qui leur a été imposée, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence des intéressés en allouant à ce titre la somme globale de 5 000 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la condamnation de l'État à leur verser la somme de 5 000 euros.
Sur les intérêts :
9. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 5 000 euros à compter du 5 août 2019, date d'enregistrement de leur requête au greffe du tribunal. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Si, à la date où elle est demandée, les intérêts sont dus depuis moins d'une année, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par la requête, enregistrée le 5 août 2019. Il y a ainsi lieu de capitaliser les intérêts au 5 août 2020, date à laquelle une année d'intérêts a été due, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser la somme de 5 000 euros à M. A et
Mme K. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 5 août 2019. Les intérêts échus à compter du 5 août 2020 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'État versera à M. A et Mme K une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. L A et Mme F K et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le rapporteur,
E. J
La présidente,
C. LOIRAT La greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026