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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909372

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909372

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWOZNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2019, M. B D, représenté par Me Wozniak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 25 juin 2019 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et au regard des risques qu'il encoure en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant congolais né le 28 octobre 1975, est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour valable du 22 mai 2017 au 21 mai 2018, puis a séjourné irrégulièrement sur le territoire. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", en se prévalant de la résidence en France de son épouse et de leurs quatre enfants. Par une décision du 25 juin 2019, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le requérant a déclaré vivre en concubinage avec Mme E, qui réside à une adresse différente de la sienne et avec laquelle il a vécu séparé depuis au moins 2011, et qu'entré en France en avril 2018, il a vécu pour la majeure partie dans son pays d'origine où il n'y est pas dépourvu d'attaches, puisque ses parents et ses trois frères et sœurs y résident. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait constituant le fondement de la décision par laquelle son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D. Il en résulte que cette décision est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe a procédé à un examen de la situation personnelle de M. D, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans sa rédaction alors applicable : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 421-1 de ce code : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir () ". Aux termes de l'article L. 421-4 de ce code : " L'autorité administrative statue sur la demande dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. Il informe le maire de la décision rendue ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un acte notarié, comme des actes de naissance de leurs enfants nés en République du Congo, que M. B D s'est marié le 15 décembre 2007 à Pointe-Noire sous le régime légal congolais avec Mme E, titulaire d'une carte de résident. Par suite, en application des dispositions précédemment citées, M. D entre dans une catégorie qui ouvre droit au regroupement familial. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le moyen tiré de la méconnaissance est inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Les seules deux attestations d'enseignants produites relatives au suivi par M. D de la scolarité de ses enfants, en date du 4 et du 5 juillet 2019, ainsi que quelques photographies non contextualisées sont insuffisantes pour établir une participation ancienne de M. D à l'éducation et à l'entretien de ses enfants résidant en France. En outre, il est constant que M. D et Mme E ont vécu séparés de 2011 à 2018. Si M. D fait valoir que le préfet a commis une erreur de fait en relevant que son épouse résiderait à une adresse différente de la sienne, il résulte toutefois de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de sa décision, alors qu'il s'avère que la résidence commune du requérant avec son épouse en France est récente à la date de la décision attaquée. En outre, alors que la situation du requérant relève des règles du regroupement familial, dont les stipulations de l'article 8 précité n'ont pas pour objet de permettre de les éluder, il ne ressort pas du dossier que l'épouse du requérant aurait présenté une demande de regroupement familial concernant le requérant, laquelle demande est susceptible d'être présentée alors même que le requérant séjourne déjà sur le territoire français. Il n'en ressort pas davantage qu'elle serait dans l'impossibilité de présenter une telle demande. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. D en France, le préfet de la Sarthe aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de régulariser sa situation au regard du séjour et ce, compte tenu des buts poursuivis par la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'une erreur de fait, et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui précède, en l'absence d'éléments suffisants sur la participation de M. D à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, qui ont vécu avec leur mère en France de 2011 à 2018, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et en tout état de cause de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 doivent être écartés. Il en va d'autant plus ainsi que la décision attaquée, qui n'est pas une décision de retour, n'a pas pour effet de séparer le requérant de ses enfants résidant en France, avec leur mère.

10. En dernier lieu, M. D, qui n'a d'ailleurs pas présenté de demande de protection internationale auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne peut utilement se prévaloir de risques en cas de retour dans son pays d'origine, eu égard au seul objet et à la portée de la décision attaquée, qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des risques qu'il serait susceptible d'encourir en République du Congo.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'il présente au titre des frais liés au litige doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

S. CLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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