mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1909821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2019, M. C B, représenté par Me Michel Tamba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle procède d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. G ;
- les observations de Me Tamba, représentant M. B et celles de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B est un ressortissant turc. Il a présenté, auprès des services de la préfecture du Loiret, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 6 février 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision, M. B a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 17 juillet 2019, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 6 février 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à la décision préfectorale.
2. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.
3. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme A D, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à Mme E F, attachée d'administration de l'Etat, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé à l'appui de sa demande, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision. Est par ailleurs sans incidence sur le respect de l'obligation de motivation, la circonstance que certains des éléments n'auraient pas été examinés.
5. La décision attaquée du 17 juillet 2019 se réfère aux articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 qui permettent au ministre de l'intérieur d'ajourner jusqu'à l'expiration d'un certain délai une demande de naturalisation. Après avoir rappelé que M. B avait fait l'objet le 23 mai 2011 d'une décision de rejet d'une précédente demande de naturalisation en raison de la commission d'un fait délictueux, elle mentionne que sa nouvelle demande de naturalisation est ajournée à deux années au motif que l'intéressé a persisté dans ce comportement puisqu'il a fait l'objet, d'une part, d'une procédure pour conduite d'un véhicule malgré l'annulation judiciaire de son permis de conduire le 16 septembre 2013, procédure qui a donné lieu à une régularisation sur demande du parquet, d'autre part, d'une procédure pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique le 28 août 2015, laquelle a donné lieu à un rappel à la loi. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, la seule circonstance que le ministre de l'intérieur se soit référé, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. B, aux seuls faits mentionnés au point précédent, ne suffit pas pour considérer que cette autorité n'aurait pas pris en compte l'ensemble des autres éléments de la situation de l'intéressé dans l'appréciation de son comportement général. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que ces autres éléments n'auraient pas été appréhendés en l'espèce par le ministre de l'intérieur. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise cette autorité en se bornant à se référer aux procédures pour conduite d'un véhicule malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire du requérant et pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de l'intéressé.
8. Si le motif pour lequel il n'a pas été accédé à la demande de naturalisation présentée par M. B est en relation avec l'engagement de poursuites pénales dont il a fait l'objet, le ministre de l'intérieur ne s'est pas fondé sur des condamnations pénales qui auraient été prononcées à son encontre, mais sur la nature et la date des faits pour lesquels il a été poursuivis. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir, pour contester la légalité de la décision en litige, de dispositions du code pénal et du code de procédure pénale relatives à l'effacement de condamnations des bulletins nos 2 et 3 du casier judiciaire national par suite notamment d'une réhabilitation.
9. Il ressort des pièces du dossier que les deux procédures évoquées dans la motivation de la décision attaquée ont, chacune, donné lieu à un rappel de la loi sur le fondement de l'article 41-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors applicable, en vertu duquel une telle mesure est prise à l'encontre de l'auteur des faits lorsqu'elle est susceptible d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l'infraction ou de contribuer au reclassement de la personne l'ayant causé. Les faits ayant justifié ces poursuites ont été commis en 2013 et en 2015, soit dans une période de temps rapprochée, six et quatre ans avant la décision attaquée, et alors que l'intéressé avait fait l'objet, au cours de l'année 2011, d'une décision de rejet d'une première demande de naturalisation pour un motif en lien avec un comportement délictueux. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour déterminer l'intérêt d'accorder la nationalité française par la voie de la naturalisation, commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant un ajournement à deux ans de la nouvelle demande de naturalisation présentée par M. B
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision ajournant à deux ans à compter du 6 février 2019 la demande de naturalisation présentée par M. B, opposée par le ministre de l'intérieur le 17 juillet 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. G
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026