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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912817

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912817

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2019, M. C B, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui accorder la naturalisation et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Guilbaud sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le ministre de l'intérieur n'a pas procédé à un examen complet de sa demande ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît la circulaire du 30 novembre 2011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 4 octobre 2019.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 8 février 1974, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet des Yvelines, qui a été déclarée irrecevable par une décision du 15 janvier 2019. M. B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur qui a, par décision du 28 mai 2019, confirmé la décision du préfet des Yvelines et déclaré sa demande de naturalisation irrecevable. Par la présente requête M. B demande l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 28 mai 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 28 mai 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée mentionne l'article 21-24 du code civil et l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 susvisé. Elle précise que le niveau de connaissance de la langue française de M. B est insuffisant et inférieur au niveau B1 oral requis par les dispositions de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 dès lors qu'il n'a pas été capable de comprendre les points essentiels d'une conversation courante et n'a pas été capable de converser sur des sujets familiers et concernant ses centres d'intérêts. Par suite, contrairement à ce que soutient M. B, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation rappelée au point précédent, que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de M. B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. () ". Aux termes de l'article 37 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil, tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d'intérêt. Son niveau est celui défini par le niveau B1, rubriques " écouter ", " prendre part à une conversation " et " s'exprimer oralement en continu " du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008. () ". Aux termes de l'article 37-1 du même décret : " La demande est accompagnée des pièces suivantes : () 9° Un diplôme ou une attestation justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article ou, à défaut, une attestation délivrée dans les mêmes conditions justifiant d'un niveau inférieur. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation les personnes titulaires d'un diplôme délivré dans un pays francophone à l'issue d'études suivies en français. Bénéficient également de cette dispense les personnes souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique ou âgées d'au moins soixante ans. ". Et aux termes de l'article 41 de ce décret : " () Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. / L'entretien individuel prévu au deuxième alinéa permet de vérifier que maîtrisent un niveau de langue correspondant au niveau exigé en vertu de l'article 37 : a) Les demandeurs titulaires d'un diplôme délivré dans un pays francophone à l'issue d'études suivies en français ; b) Les demandeurs souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique ou âgés d'au moins soixante ans. / () L'autorité administrative peut se fonder sur le déroulement de cet entretien pour conclure que le postulant possède le niveau linguistique requis. ".

6. Il résulte des dispositions précédemment citées que, si une personne souffrant d'un handicap, d'un état de santé déficient chronique ou âgée d'au moins soixante ans, est dispensée de produire un diplôme ou une attestation linguistique, elle doit toutefois se soumettre à un entretien individuel afin de vérifier sa maîtrise suffisante de la langue française. Le niveau de langue française exigé par le postulant à la naturalisation obéit aux dispositions du décret du 30 décembre 1993 précité. Cet arrêté définit, en vertu d'une grille d'évaluation, les critères d'appréciation qui déterminent le degré de connaissance de la langue française de l'étranger qui postule à la nationalité française.

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'assimilation linguistique établi le 11 décembre 2018 par les services préfectoraux, que M. B n'a pas su réagir de façon adéquate à des énoncés simples tels que " Entrez, je vous prie, asseyez-vous ", à des questions sur son état civil ou sa situation familiale, ni n'a su s'exprimer en français concernant des sujets familiers en relation avec ses centres d'intérêts ou son domaine. Il en résulte, ainsi que l'a estimé l'évaluateur, que le postulant n'a pas atteint le niveau B1 requis par le cadre européen commun de référence pour les langues exigé par les dispositions de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993. Si M. B soutient que la cécité qui le touche lui rend l'apprentissage du français particulièrement difficile, et produit notamment un certificat médical daté du 17 décembre 2018 faisant état de ces difficultés d'apprentissage, il n'établit pas que son handicap lui rend impossible l'apprentissage du français alors que le ministre de l'intérieur fait valoir que l'intéressé a pu bénéficier d'une disposition dérogatoire prévue par le décret du 30 décembre 1993 précité permettant à certains usagers dont les personnes atteintes de handicap de passer un entretien ayant vocation à apprécier l'acquisition par le postulant du niveau B1 oral. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne justifiait pas d'un niveau suffisant de maîtrise de la langue française et en déclarant sa demande irrecevable pour ce motif.

8. En quatrième et dernier lieu, M. B ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire ministérielle du 30 novembre 2011, qui se borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'accès à la nationalité française et ne comporte ainsi aucune interprétation d'une règle de droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B et son conseil la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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