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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000064

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000064

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 janvier 2020, 24 juin 2020 et 10 mars 2022, Mme A B épouse D, Mme C B, M. E B et Mme F B, représentés par Me Breton, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 12 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune des Garennes-sur-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme de Juigné-sur-Loire ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Garennes-sur-Loire la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'avis de la commissaire-enquêtrice est irrégulier en ce qu'il se fonde sur un classement de la parcelle en zone " appellation d'origine contrôlée " (AOC) ;

- le classement en zone AV " Secteur d'intérêt paysager et viticole à protéger " de la parcelle BI n° 0029 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'est pas classée en AOC, ne supporte aucune activité agricole, son classement antérieur en zone Ubh interdisant d'ailleurs toute utilisation viticole, et jouxte des parcelles présentant des caractéristiques similaires classées en zone constructible, que son classement en zone AV ne permet pas de répondre à l'objectif du projet d'aménagement de développement (PADD) du plan local d'urbanisme (PLU) de préservation des espaces viticoles alors que la parcelle ne se situe pas à proximité des bâtiments d'une exploitation viticole et qu'il n'est pas démontré que le classement contesté contribuerait à la préservation ou à la valorisation d'espaces agricoles pérennes et qu'un classement en zone urbaine ne serait pas incompatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCOT) dès lors que la parcelle se situe dans l'enveloppe urbaine du hameau du Plessis ;

- ce classement est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 mars 2020 et 22 février 2022, la commune des Garennes-sur-Loire, représentée par Me Blin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- et les observations de Me de Bouglon, substituant Me Breton, représentant les requérants, celles de Mme B épouse D et celles de Me Carré, substituant Me Blin, représentant la commune des Garennes-sur-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 décembre 2013, le conseil municipal de la commune de Juigné-sur-Loire a prescrit la révision de son plan local d'urbanisme. Par une délibération du 25 février 2019, le conseil municipal de la commune nouvelle des Garennes-sur-Loire incluant Juigné-sur-Loire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme. L'enquête publique portant sur ce projet s'est déroulée du 19 août au 20 septembre 2019. Par une délibération du 12 novembre 2019, le conseil municipal de la commune des Garennes-sur-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme révisé de Juigné-sur-Loire. Le plan de zonage de ce document classe la parcelle BI n° 0029 appartenant à Mme B épouse D, M. B et Mmes B en zone AV " Secteur d'intérêt paysager et viticole à protéger ". Ces derniers doivent être regardés comme demandant l'annulation du plan local d'urbanisme en tant qu'il comprend un tel classement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Selon l'article R. 151-17 de ce code : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Et aux termes de l'article R. 151-22 de ce même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

3. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale () ". Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les schémas de cohérence territoriale (SCOT) peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs. Les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de compatibilité avec ces orientations et objectifs. Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des SCOT, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un SCOT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier et des écritures de la commune des Garennes-sur-Loire que le classement en zone AV de la parcelle BI n° 0029 est motivé non pas par le classement en AOC comme il est indiqué par erreur dans la réponse de la commune lors de l'enquête publique mais par la volonté de répondre aux objectifs fixés par le PADD tendant à préserver les conditions de développement des exploitations agricoles et viticoles par l'interdiction de construction de nouvelles habitations pour des tiers non agricoles à proximité des principaux bâtiments de l'exploitation et à préserver et valoriser les espaces agricoles pérennes. La parcelle litigieuse, classée en zone urbaine dans le précédent document d'urbanisme, est séparée d'un vaste espace viticole par la route départementale et par une haie dense et constitue le prolongement du hameau du Plessis, tout comme la parcelle voisine que la commune a décidé de classer en zone Uc. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la parcelle litigieuse, non exploitée et partiellement boisée, est située à proximité des bâtiments de l'exploitation viticole à propos de laquelle la commune n'apporte aucune précision ni que la pérennité de cet espace agricole ne pourrait pas être assurée par l'implantation d'une construction sur la parcelle en cause.

6. D'autre part, la commune des Garennes-sur-Loire fait valoir que la parcelle litigieuse ne peut être classée en zone constructible au motif qu'elle n'est pas située dans une enveloppe urbaine, répondant ainsi à un objectif du SCOT. Le document d'orientations et d'objectifs (DOO) du SCOT Loire-Angers prescrit le développement de l'urbanisation en continuité de l'enveloppe urbaine dans les centre-bourgs des communes et les quartiers du pôle centre, exclut l'extension des villages et hameaux existants hors enveloppe urbaine et permet de densifier ces derniers par la réalisation de nouvelles constructions à l'intérieur de l'enveloppe bâtie à condition que les centres-bourgs puissent être facilement accessibles en modes alternatifs, que cette densification n'induise pas d'investissements lourds pour les collectivités et qu'elle ne soit pas de nature à compromettre les activités agricoles ou forestières. Si le hameau du Plessis et la parcelle litigieuse ne sont pas inclus dans l'enveloppe urbaine de Juigné-sur-Loire selon les cartes du DOO du SCOT, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce hameau, qui n'est pas rattaché au centre-bourg de Juigné-sur-Loire, se situe en continuité du hameau de l'Epinay situé au centre de la commune de Saint-Melaine-sur-Aubance, ces deux hameaux étant qualifiés d'" espace urbanisé de la polarité " par le " schéma de référence (de la) polarité à constituer Juigné-sur-Loire/Mûrs-Erigné/Saint-Melaine-sur-Aubance " du DOO du SCOT. Si la carte de ce schéma de référence comprend également une marque indiquant la " discontinuité ville / campagne à maintenir " à l'ouest du hameau du Plessis, sa localisation n'est pas suffisamment précise pour permettre de déterminer si elle se situe sur la parcelle BI n° 0029, dont il n'est d'ailleurs pas allégué par la commune qu'elle répondrait à la définition donnée par le SCOT à de telles discontinuités. Dans ces conditions et à supposer même que cette parcelle ne se situe pas dans l'enveloppe urbaine identifiée par le SCOT, elle se situe au sein d'un espace bâti et urbanisé reconnu par ce document. Il ne résulterait pas du classement autorisant les constructions sur cette parcelle une extension du hameau mais uniquement sa densification dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne remplirait pas les conditions posées par le DOO du SCOT.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que le classement de la parcelle litigieuse en zone AV est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que Mme B épouse D et autres sont fondés à demander l'annulation de la délibération du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune des Garennes-sur-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme de Juigné-sur-Loire en tant qu'il classe la parcelle BI n° 0029 en zone AV. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier soumis au tribunal, de fonder cette annulation.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les requérants, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune des Garennes-sur-Loire la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune des Garennes-sur-Loire une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune des Garennes-sur-Loire a approuvé le plan local d'urbanisme de Juigné-sur-Loire est annulée en tant qu'il classe la parcelle BI n° 0029 en zone AV.

Article 2 :La commune des Garennes-sur-Loire versera à Mme D et autres une somme globale de 1 500 euros (mille cinq-cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions de la commune des Garennes-sur-Loire présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D, Mme C B, M. E B et Mme F B et à la commune des Garennes-sur-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

H. GLa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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