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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001704

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001704

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2020, et un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022, la SCEA Tauri-Ranch, représentée par Me Delphine Breton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, notifié par un courrier du 12 décembre 2019, par lequel le préfet de Maine-et-Loire s'est prononcé sur l'attribution des droits de paiement de base au titre du programme "nouvel installé sous forme sociétaire" pour la campagne 2015, et la révision des droits de paiement de base pour les campagnes des années 2016 à 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées s'analysent en un retrait de décisions créatrices de droit ;

- elle sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles sont intervenues en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration imposant le respect d'une procédure contradictoire préalable ;

- elles ont été prises au-delà du délai de retrait de quatre mois institué à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par la SCEA Tauri-Ranch.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne procèdent pas au retrait de décisions créatrices de droit mais ont pour objet de rejeter une demande présentée par la SCEA Tauri-Ranch ;

- le moyen tiré du vice de procédure est inopérant.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 16 janvier 2023, à partir de laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.

La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du Conseil du 18 décembre 1995 ;

- les règlements (UE) n° 1306/2013 et 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du du 17 décembre 2013

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 mars 2023 à partir de 9h45 :

- le rapport de M. G,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de Me Romain Blanchard, substituant Me Breton, représentant la SCEA Tauri-Ranch.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er juin 2015, la SCEA Tauri-Ranch, constituée entre Mme B C, M. D C et M. E F, a déposé une demande tendant à l'attribution de droits de paiement de base (DPB) pour la campagne 2015 sur le fondement du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune. L'article 1er d'un arrêté pris par le préfet de Maine-et-Loire, notifié à la société par un courrier du 12 décembre 2019 dispose que "la demande de la SCEA TAURI RANCH () relative à une attribution ou une revalorisation de DPB au titre du programme 'nouvel installé sous forme sociétaire' pour la campagne 2015 est rejetée". L'article 2 de ce même arrêté dispose que "en application de l'article 1er, les portefeuilles de droits à paiement de base des campagnes 2015, 2016, 2017 et 2018 (en date des 28/03/2018 et 21/03/2019) sont révisés". L'article 3 de cet arrêté énonce que : "En application de l'article 1er de la présente décision, le montant indu des aides découplées déjà perçue au titre de la revalorisation des DPB pour les campagnes 2015, 2016, 2017, 2018, 2019 par la SCEA TAURI RANCH fera l'objet d'un recouvrement". La SCEA Tauri-Ranch demande au tribunal l'annulation des décisions formalisées au sein de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 30 du règlement (UE) n° 1307/2013 du 17 décembre 2013 est relatif à l'établissement de la réserve nationale ou des réserves régionales constituées pour l'attribution de droits à paiement de base. Le paragraphe 6 de cet article énonce que : " Les États membres utilisent leur réserve nationale ou leurs réserves régionales pour attribuer, en priorité, des droits au paiement aux jeunes agriculteurs et aux agriculteurs qui commencent à exercer une activité agricole. ". Le paragraphe 11 de ce même article dispose : " Aux fins du présent article, on entend par : () b) "agriculteur qui commence à exercer une activité agricole", une personne physique ou morale n'ayant pas, au cours des cinq années qui ont précédé le lancement de l'activité agricole, exercé d'activité agricole en son nom et à son propre compte ou n'ayant pas eu le contrôle d'une personne morale exerçant une activité agricole. Dans le cas d'une personne morale, la ou les personnes physiques qui exercent le contrôle de la personne morale ne doivent avoir exercé aucune activité agricole en leur nom et à leur propre compte ou ne doivent pas avoir eu le contrôle d'une personne morale exerçant une activité agricole au cours des cinq années qui ont précédé le lancement de l'activité agricole par la personne morale ; () ".

En ce qui concerne l'objet des décisions attaquées :

3. Il résulte de l'instruction, et il est d'ailleurs constant, que, le 8 août 2016, le préfet de Maine-et-Loire a décidé d'attribuer à la SCEA Tauri-Ranch les droits de paiement de base qu'elle avait sollicités le 1er juin 2015, en estimant que les personnes physiques, qui en exerçaient le contrôle, n'avaient, au cours des cinq années ayant précédé le lancement de l'activité agricole par cette société, ni exercé d'activité agricole en leur nom et à leur propre compte, ni eu le contrôle d'une personne morale exerçant une telle activité. En conséquence, les montants des aides découplées correspondant aux droits de paiement de base ainsi attribués ont été versés à cette société au titre de la campagne 2015. De même, les montants des aides de même nature lui ont été versés, à la suite de la revalorisation annuelle de ses droits de paiement de base, au titre des campagnes 2016, 2017, 2018 et 2019.

4. Il résulte également de l'instruction que, pour prendre les décisions attaquées, le préfet de Maine-et-Loire a estimé, ainsi que cela ressort de l'arrêté notifié à la SCEA Tauri-Ranch par le courrier du 12 décembre 2019 évoqué au point 1, que M. D C ne pouvait pas être considéré comme étant, dès l'origine, un "nouvel installé", c'est à dire comme un " agriculteur qui commence à exercer une activité agricole " au sens des dispositions précitées du b) du paragraphe 11 de l'article 30 du règlement (UE) n° 1307/2013 du 17 décembre 2013. Si le préfet de Maine-et-Loire relève, pour la première fois dans son mémoire en défense, que les décisions attaquées peuvent être également fondées sur le motif tiré de l'absence de qualité d'agriculteur de Mme C et de M. C, un tel motif se rattache, comme celui mentionné dans l'arrêté attaqué, à l'appréciation du respect d'une condition dont la vérification pouvait être opérée avant de décider d'attribuer, le 8 août 2016 et à l'occasion des révisions ultérieures, les droits de paiement de base en litige desquels ont découlé le versement des aides découplées au titre des campagnes 2015 à 2019.

5. Il résulte de ce qui précède que, par les articles 1er et 2 de l'arrêté notifié à la SCEA Tauri-Ranch par le courrier du 12 décembre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a, non pas refusé de verser les aides découplées liées à l'attribution des droits de paiement de base sollicitée le 1er juin 2015, mais bien imposé à cette société, bénéficiaire d'une aide agricole régie par un texte de l'Union européenne, le reversement des montants d'aide qu'elle a effectivement perçus, de manière indue selon le préfet de Maine-et-Loire, au titre de chacune des campagnes 2015 à 2019 et notifié la récupération de ces montants.

En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :

6. En vertu des dispositions combinées de l'article L. 121-1 et du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui retirent une décision créatrice de droits sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable.

7. La décision du 8 août 2016 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a attribué des droits au paiement de base à la SCEA Tauri-Ranch et, en conséquence, des montants d'aides au titre de la campagne 2015 ainsi que les décisions lui allouant des montants d'aide par suite de la revalorisation de ces droits au titre de chacune des campagnes 2016 à 2019 constituent des décisions créatrices de droits. Les décisions attaquées ont pour objet d'imposer à la SCEA Tauri-Ranch de reverser ces montants d'aides et ont ainsi le caractère de décisions retirant une décision créatrice de droits au sens du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En conséquence, les décisions en litige ne pouvaient légalement intervenir sans qu'une procédure contradictoire préalable au sens de l'article L. 121-1 de ce code ait été mise en œuvre. Il est constant qu'une telle procédure n'a pas été initiée par les services de la préfecture de Maine-et-Loire préalablement à l'édiction des décisions attaquées, ce qui a privé la SCEA Tauri-Ranch d'une garantie. Par suite, cette société est fondée à invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code des relations entre le public et l'administration évoquées au point 6.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur l'autre moyen examiné, que la SCEA Tauri-Ranch est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire, notifié par le courrier du 12 décembre 2019, relatif à ses droits de paiement de base au titre des campagnes 2015 à 2019 et imposant le reversement des montants d'aides découplées qu'elle a effectivement perçus au titre de cette campagne.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat est la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à sa charge, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à la SCEA Tauri-Ranch de la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des frais d'instance qu'elle a exposés pour le présent litige.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire, notifié à la SCEA Tauri-Ranch par le courrier du 12 décembre 2017, relatif aux droits de paiement de base et aux montants des aides découplées au titre des campagnes 2015 à 2019 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à la SCEA Tauri-Ranch la somme de mille cinq cents (1 500) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Tauri-Ranch et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

D. G

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 2001704

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