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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003907

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003907

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERAHYA LAZARUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2020, M. B A, représenté par Me Berahya-Lazarus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 août 2019 rejetant sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation et de faire droit à sa demande de naturalisation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- le motif de rejet de sa demande de naturalisation est entaché d'une erreur de fait ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code pénal ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thierry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 5 août 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande. M. A a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dont M. A demande au tribunal l'annulation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision implicite de rejet du ministre née du silence gardé par ce dernier sur le recours préalable obligatoire de M. A s'est substituée à la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 août 2019. Dès lors, le moyen soulevé à l'encontre de cette décision doit être écarté comme inopérant.

4. En tout état de cause, à supposer même que M. A puisse être regardé comme invoquant le moyen tiré de l'insuffisance de motivation à l'encontre de la décision implicite de rejet du ministre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait demandé au ministre de l'intérieur la communication des motifs de sa décision implicite de rejet du recours préalable obligatoire réceptionné par le ministre le 7 octobre 2019. Par ailleurs, aucune disposition du code civil ou du décret du 30 décembre 1993 n'impose au ministre chargé des naturalisations de communiquer au postulant le compte-rendu de son entretien d'assimilation avant de rejeter une demande de naturalisation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ".

6. En outre, l'article 21-24 du code civil dispose : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret susvisé n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () / 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ".

7. En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte l'assimilation du postulant à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société française, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République.

8. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur, qui s'est approprié les motifs de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 août 2019, s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'eu égard aux réponses de l'intéressé lors de l'entretien d'assimilation réalisé le 17 juillet 2019, celui-ci présente une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde.

9. Il ressort du compte-rendu d'entretien d'assimilation des candidats à l'acquisition de la nationalité française par décret que la connaissance de M. A de l'histoire, de la culture, de la société française et des droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française a été jugée insatisfaisante dans la mesure où le postulant, qui réside alors pourtant sur le territoire français depuis près de douze ans, ignorait la date de la Révolution française et celles des deux Guerres mondiales, et n'a pas su nommer des écrivains français ou des symboles de la République. Il n'a pas non plus su indiquer le nombre d'Etats constituant l'Union européenne, ni définir la notion de laïcité et n'a pas su expliquer la notion de démocratie autrement que par l'affirmation suivante : " touche pas aux autres ". Ces lacunes ne peuvent totalement s'expliquer par l'état de détresse psychique allégué de l'intéressé lors de l'entretien en raison des problèmes de santé dont souffrait son père à cette même période. Dans ces conditions, sans que le requérant puisse se prévaloir de la durée de son séjour en France, le ministre, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite, n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande dont il était saisi.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Berahya-Lazarus et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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