mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2004286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2020, Mme A C, représentée par Me Guilbaud, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir ses conditions matérielles d'accueil de façon rétroactive dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991cloirat.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien destiné à apprécier sa vulnérabilité ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoire en défense, enregistrés les 14 et 15 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes n°2004292 du 11 mai 2020 suspendant l'exécution de la décision litigieuse, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile a été rétabli le 12 mai 2020 avec effet au 11 mai 2020.
- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A C été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 28 mars 1975, de nationalité arménienne, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique, le 15 novembre 2019, et accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été placée sous procédure dite Dublin. Le 17 février 2020, l'OFII a informé la requérante de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil au motif de la non présentation de la requérante aux autorités et de la déclaration de fuite prononcée par la Préfecture. Par une décision en date du 3 mars 2020, dont l'intéressée demande au tribunal l'annulation, l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne les faits ainsi que les textes qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante a pu bénéficier, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile d'un entretien par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'elle comprend, entretien durant lequel sa situation de vulnérabilité a été évaluée. Cette évaluation a été réitérée et prise en compte préalablement à la décision contestée ainsi qu'en atteste la fiche d'évaluation des besoins du 15 novembre 2019 produite en défense par l'OFII. Cette évaluation n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité. Le moyen tiré du défaut d'entretien destiné à apprécier sa vulnérabilité doit, par conséquent, être écarté.
5. D'autre part, il ressort de ce qui a été exposé au point 4 que la situation de vulnérabilité de l'intéressée a fait l'objet d'un examen de la part des services de l'OFII et qu'il a été estimé que sa situation ne révèlait pas de vulnérabilité particulière. Si Mme C soutient avoir été victime de violences conjugales et en présenter des séquelles, les attestations de proches qu'elle produit ne suffisent pas à établir la réalité de ces violences et il est constant qu'elle n'a pas sollicité d'examen médical auprès du médecin de l'OFII ni n'a fait part à l'Office de violences subies ou d'un éventuel syndrome anxio-dépressif consécutif aux faits ainsi allégués. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondée à soutenir que décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article
L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ". Aux termes de l'article D 744-43 du même code : " Le préfet transmet sans délai à l'Office français de l'immigration et de l'intégration les informations relatives à la durée de validité des attestations de demande d'asile ainsi que l'état d'avancement des procédures de détermination de l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et de transfert, en particulier les dates de fuite ou de transfert effectif des intéressés. "
7. En l'espèce, pour suspendre à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter devant celles-ci. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure Dublin, plusieurs rendez-vous ont été fixés à la requérante auxquels l'intéressée ne s'est jamais présentée, ainsi qu'en atteste le procès-verbal de carence établi par la police de l'air et des frontières de la Loire-Atlantique le 10 février 2020 et la déclaration de fuite du 12 février 2020. Il ressort également des propres déclarations de Mme C que, dans le cadre de son assignation à résidence en vue de l'attente d'un transfert vers l'Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, elle a manqué ses trois premiers pointages au commissariat de police des 4, 5 et 6 février 2020. Il ressort par ailleurs d'un courriel de la préfecture de Maine-et-Loire que l'intéressée ne s'est pas davantage présentée à la convocation du 11 février 2020. Enfin, il ressort du tableau des convocations du 15 novembre 2019 reçu par l'intéressée que la préfecture l'avait informée qu'en cas d'absence répétées aux convocations, elle pouvait être déclarée en fuite et que le versement de l'allocation pour demandeur d'asile pouvait être suspendu. A la lumière de l'ensemble de ces éléments, et compte tenu notamment de l'absence de vulnérabilité particulière de la requérante, c'est sans méconnaître son obligation d'examen de la situation particulière de l'intéressée ni commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'OFII a suspendu les droits de Mme C au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Louise Guilbaud et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
Le rapporteur,
Y. B
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2004286
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026