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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004966

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004966

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2020, M. I J H, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions du 6° du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L.561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré 1er septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, né le 8 septembre 1990, de nationalité égyptienne, en situation irrégulière sur le territoire français, a été interpelé le 2 mai 2020 pour non-respect des règles de confinement, re-convoqué et placé en retenue administrative par les services de police pour non-respect d'une obligation de quitter le territoire français. Celui-ci a déclaré au cours de son audition être arrivé pour la première fois en France le 10 janvier 2009, sans justifier être en possession des documents et visa exigés à l'article L 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Lors de son audition, l'intéressé a déclaré être retourné en Egypte en 2015 pendant plusieurs mois, puis en 2017 pour se marier et, à chaque fois, être revenu en France. Le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français le

22 juin 2018. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 8 novembre 2018 et par la cour administrative d'appel de Nantes le

6 juin 2019. L'intéressé n'a toutefois pas déféré à la mesure d'éloignement. Par deux décisions du 14 mai 2020, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et une assignation à résidence d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 16 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F B, adjointe au chef de bureau du contentieux de l'éloignement. Par un arrêté du 17 septembre 2019 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de

Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. G A, son adjoint, dont il n'est pas établi ni même allégué qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Le moyen de l'incompétence de l'auteure de l'acte doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions l'article L.511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. (). La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

5. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

6. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

7. En l'espèce la décision attaquée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de la Loire-Atlantique a entendu faire application. Elle rappelle les conditions d'entrée et de maintien sur le territoire en situation irrégulière et l'absence d'exécution par

M. H de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été faite le 22 juin 2018 et dont la légalité a été définitivement admise par le juge administratif. Elle relève l'absence de liens personnels intenses, anciens et stables de l'intéressé sur le territoire national, le fait qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Egypte, ainsi que son activité professionnelle non autorisée et le fait que son état de santé ne justifie plus qu'il soit admis à se maintenir en France. La décision attaquée fixe à un an la durée de la mesure d'interdiction de retour et constate que celle-ci ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Elle comporte ainsi un exposé suffisant de ses motifs de droit et de fait au regard des principes rappelés aux points 5 et 6. Le moyen tiré du défaut de sa motivation sera par conséquent écarté.

8. En troisième lieu, si M. H fait valoir qu'il est en France depuis janvier 2009 et qu'il y est arrivé à l'âge de 19 ans, il est constant qu'il n'établit pas l'ancienneté alléguée ni le caractère constant de sa présence. Il précise qu'il a commencé à travailler en en tant que peintre en bâtiment en pensant que son employeur engagerait des démarches pour régulariser sa situation administrative, ce qui n'a pas été le cas. Il fait valoir qu'il a été victime d'un accident du travail en 2013, qu'il ne peut plus exercer dans le secteur du bâtiment et qu'il bénéficie du statut de travailleur handicapé depuis le 4 septembre 2015. Il soutient qu'avec une autorisation de travail, il a débuté un emploi d'aide mécanicien le 25 septembre 2017 à raison de 15 heures par semaine et que son état de santé ne lui permet pas d'exercer à temps complet. Cependant, ainsi que le préfet le fait valoir en défense, l'intéressé n'est pas autorisé à exercer une activité professionnelle et est en situation de séjour irrégulier. Dans ces conditions, M. H ne démontre pas que des circonstances humanitaires s'opposeraient à l'édiction de la décision attaquée. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir ni que cette décision méconnaîtrait les dispositions de l'alinéa 6 du III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, si M. H fait valoir qu'il vit en France depuis plus de 10 ans et qu'il exerce un emploi adapté à sa situation médicale depuis plus de deux ans, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, interpellé le 2 mai 2020, ne justifiait pas, à la date de son interpellation, être entré régulièrement sur le territoire français et était dépourvu de titre de séjour. De plus, il n'avait pas déféré à la mesure d'éloignement du 22 juin 2018. Il ressort des procès-verbaux de police que l'intéressé a déclaré être présent sur le territoire français depuis le 17 mars 2013, être domicilié à Nantes et exercer une activité professionnelle. Il mentionne la présence d'un frère en France, indique être célibataire et père d'un enfant mineur de nationalité égyptienne vivant en Egypte avec ses grands-parents. L'intéressé ne justifie pas d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France, ni n'établit être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et son enfant âgé de deux ans et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par conséquent être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui est dit aux points 3 à 10, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, que M. H invoque à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants :1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré. () ".

13. Le requérant fait valoir qu'il n'est pas démontré l'absolue nécessité de ce qu'il se déplace tous les lundis au commissariat avec ses affaires personnelles et soutient que la décision d'assignation à résidence, entravant sa liberté, doit être justifiée par les nécessités de la situation. Toutefois, d'une part, si une mesure d'assignation à résidence apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés d'aller et de venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel par sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, Loi relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. D'autre part, l'intéressé n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'un pointage hebdomadaire serait disproportionné, alors même qu'il est astreint à ce pointage dans sa commune de résidence, ni que cette mesure excèderait ce qui est strictement nécessaire à la mise en œuvre de l'éloignement du requérant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. H doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. H tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. H est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I J H,

à Me Solène Le Floch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le rapporteur,

Y. E

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2004966

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