mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MBAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2020, et des mémoires, enregistrés les 6 et 12 janvier 2021, Mme B A, épouse C, représentée par Me Pape Ndiogou Mbaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre la publication du décret lui accordant la nationalité française ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme C.
Il soutient que :
- aucune décision implicite de rejet n'étant née à la date d'enregistrement de la requête, les conclusions dirigées contre une telle décision ne sont pas recevables ;
- il a expressément statué sur le recours formé contre la décision préfectorale par une décision du 21 septembre 2020, laquelle s'est substituée à la décision implicite de rejet née en cours d'instance ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par la requérante sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 novembre 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, épouse C est une ressortissante sénégalaise qui est née le 2 février 1980. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture de police de Paris, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 5 décembre 2019, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande. Mme C a, pour contester cette décision, comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours qui a été reçu le 10 janvier 2020. Estimant que ce recours a été implicitement rejeté le 10 mai 2020, Mme C demande au tribunal, par sa requête, enregistrée le 26 mai 2020, l'annulation de cette décision implicite de rejet.
Sur l'objet des conclusions à fin d'annulation :
2. Le silence gardé par une autorité administrative sur un recours obligatoire fait naître une décision implicite de rejet. Cependant, une décision explicite de rejet prise postérieurement à cette décision implicite se substitue à cette décision. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision deviennent sans objet lorsqu'elle nait postérieurement à la saisine du juge. Il appartient toutefois au juge de considérer que ces conclusions tendent en réalité à l'annulation de la décision expresse de rejet.
3. Le délai d'instruction de quatre mois du recours formé devant le ministre de l'intérieur contre la décision du préfet de police de Paris du 5 décembre 2019 a commencé à courir le 10 janvier 2020. Ce délai a été suspendu à compter du 12 mars 2020 en application des dispositions de l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période. Il a recommencé à courir pour la durée restante à compter du 24 juin 2020. La décision implicite de rejet de ce recours est née en cours d'instance. Postérieurement, le ministre de l'intérieur a expressément statué sur ce même recours pour le rejeter par une décision du 21 septembre 2020. Bien que la requérante persiste, dans son mémoire en réplique, à contester une décision implicite de rejet, il y a lieu de regarder les conclusions qu'elle présente comme tendant à l'annulation, non pas de cette décision, mais de la décision expresse du 21 septembre 2020 rejetant sa demande de naturalisation.
Au fond :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments invoqués par l'intéressée à l'appui de sa demande, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.
5. La décision en litige mentionne que la demande de naturalisation est rejetée au motif que les réponses de l'intéressée, lors de l'entretien qui s'est déroulé dans les locaux de la préfecture de police de Paris le 26 novembre 2019, témoignaient d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde. La décision indique précisément les questions auxquelles l'intéressée n'a pas su ou a mal su répondre. Elle vise par ailleurs les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil.
6. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, () 21-24 () du code civil ne sont pas remplies ". Selon l'article 48 du même décret : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose () la naturalisation (). Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre () estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la demande. Il appartient à cette autorité, lorsqu'elle exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-24 du code civil, le degré de connaissance, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par les articles 37 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Tous ces éléments fondamentaux figurent, selon les termes du dernier alinéa de ce même article 37, dans un livret du citoyen remis à toute personne ayant déposé une demande et disponible en ligne.
7. La décision attaquée précise que Mme C ignore quel était le régime politique de la France avant d'être une démocratie, qu'elle n'a pas été en mesure de donner la signification de la fête nationale, ni d'indiquer pourquoi la Tour Eiffel et le Musée du Louvre sont des monuments historiques et culturels connus, qu'elle ignore l'identité de la maire de Paris, qu'elle n'a pas su donner le nom d'une mer ou d'un océan, qu'elle ne sait pas ce qu'est la Seine et qu'elle n'a pas su s'exprimer sur les principes d'égalité et de fraternité.
8. Les éléments mentionnés dans la décision attaquée ressortent du compte-rendu de l'entretien d'assimilation de Mme C, dont une copie est jointe au mémoire en défense, qui a été réalisé, le 26 novembre 2019 dans les locaux de la préfecture de police de Paris, en application des dispositions précitées de l'article 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. La requérante, qui se prévaut d'une durée de séjour en France de plus de vingt ans, ne peut utilement, au regard du motif opposé par le ministre de l'intérieur, se borner à relever qu'elle a signé la Charte des droits et devoirs du Citoyen français, que sa famille vit en France, qu'elle a obtenu une attestation de formation civique et un certificat de compétences de citoyen de sécurité civile prévention et secours civiques et qu'elle satisfait au niveau exigé de connaissance de langue française. Elle ne peut davantage faire valoir ses qualités au regard du métier, qu'elle exerce, d'assistante de vie auprès des personnes âgées, ainsi que les liens avec la France de ses descendants. Une telle argumentation est sans rapport avec le motif de la décision attaquée de sorte qu'elle ne permet pas de remettre en cause l'appréciation portée, en l'espèce, par le ministre de l'intérieur au regard des éléments précités, ressortant du compte-rendu d'entretien, lesquels montrent qu'elle ne dispose pas d'une connaissance suffisante de l'histoire, de la culture et de la société françaises. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de naturalisation présentée par Mme C.
9. Enfin, eu égard au motif de la décision attaquée, la circonstance que son époux ait, le 27 novembre 2020, obtenu la nationalité française par la voie de la naturalisation, et que leurs enfants aient, en conséquence de cette décision, acquis de plein droit la nationalité française en vertu de l'article 22-1 du code civil, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 21 septembre 2020, rejetant la demande de naturalisation présentée par Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées. Doivent enfin être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, épouse C ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026