vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2020, M. C H E et Mme B G E, agissant également en qualité de représentants légaux du jeune D H E, représentés par Me Brigitte Bertin, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme globale de 17 838,92 euros en réparation des préjudices causés par le refus de visa illégalement opposé à leur enfant et par la délivrance tardive du visa malgré l'injonction prononcée par le tribunal ;
2°) d'augmenter cette somme du montant des intérêts au taux légal à compter du 7 octobre 2019, et du montant de leur capitalisation ;
3°) d'annuler la décision implicite de rejet, par le ministre de l'intérieur, de leur demande indemnitaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Bertin sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- l'ambassade française en Ethiopie et la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ont commis des fautes en refusant, illégalement, de délivrer le visa sollicité par l'enfant D H E, le tribunal ayant, par un jugement n° 1809852 du 15 février 2019 devenu définitif, annulé la décision de la commission, et en délivrant tardivement ce visa malgré l'injonction prononcée par ce jugement ;
- la période de responsabilité s'étend du 25 septembre 2017 au 22 juillet 2019, date de délivrance effective du visa ;
- ces fautes sont à l'origine directe d'un préjudice financier s'évaluant à la somme globale de 3 838,92 euros et d'un préjudice moral s'évaluant à la somme de globale de 14 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.
Il soutient que :
- la période de responsabilité débute à la date d'intervention de la décision annulée, soit celle de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prise le 1er février 2018 ;
- les préjudices n'ont pas pour origine directe les fautes invoquées ;
- le préjudice en lien avec le versement de sommes d'argent ou d'envoi de biens tels que des cadeaux n'est pas justifié.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023 à 17h00.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E par la décision du 25 janvier 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 septembre 2023 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. F,
- et les conclusions de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B G E et M. C H E sont deux ressortissants de nationalité éthiopienne qui sont entrés en France pour y solliciter l'asile et qui se sont vu, chacun, reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire. Une demande tendant à la délivrance, au titre de la réunification familiale, d'un visa d'entrée et de long séjour au bénéfice de leur enfant, le jeune D H E, né le 26 février 2006, a été déposée auprès de l'Ambassade de France en Ethiopie. Par une décision du 25 septembre 2017, cette autorité a rejeté cette demande. Saisie du recours formé contre cette décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a également rejeté expressément cette demande le 1er février 2018. Par un jugement n° 1809852 du 15 février 2019, le tribunal administratif de Nantes a annulé cette décision et enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Cette délivrance est intervenue le 22 juillet 2019. Le 7 décembre 2019, le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté la demande des époux E tendant au versement d'une indemnité destinée à réparer l'ensemble des préjudices qu'eux-mêmes et leur enfant estiment avoir subis consécutivement au refus de visa illégal qui a été opposé et à la délivrance tardive de ce visa. Les conclusions de leur requête doivent être regardées comme tendant exclusivement à la condamnation de l'Etat à leur verser, en réparation de ses préjudices, la somme globale de 17 838,92 euros augmentée des intérêts moratoires capitalisés.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Par un jugement n° 1809852 du 15 février 2019 devenu définitif, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté la demande tendant à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour au jeune D H E. Pour prononcer cette annulation, le tribunal a relevé que l'unique motif de la décision attaquée, identique à celui opposé par l'Ambassade de France en Ethiopie, tiré du défaut de justification de l'identité et du lien de filiation du demandeur de visa, était entaché d'erreur d'appréciation. Cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. Il est par ailleurs constant que le visa a été effectivement délivré à cet enfant le 22 juillet 2019, soit quatre mois et sept jours après la date d'expiration du délai d'injonction fixé par le jugement n° 1809852 du 15 février 2019 précité sans que le ministre de l'intérieur ne fournisse la moindre explication sur les raisons de ce retard. Ce retard doit être ainsi regardé comme constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
4. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants et du demandeur de visa court à compter de la date à laquelle le refus de visa a été opposé pour la première fois au jeune D H E, ce refus de visa ayant fait obstacle à son entrée en France, quand bien même, dans le cadre du recours pour excès de pouvoir formé contre le refus de délivrer un visa à cet enfant, il a été relevé que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'était substituée à celle de l'Ambassade de France en Ethiopie. Il suit de là que la période au titre de laquelle la responsabilité de l'Etat est engagée en l'espèce débute le 25 septembre 2017, date de la décision de l'Ambassade de France en Ethiopie, et s'achève le 22 juillet 2019, date de délivrance du visa au jeune D H E.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices financiers :
5. En premier lieu, Mme et M. E demandent que l'Etat soit condamné à indemniser leur préjudice correspondant à l'absence de versement, au cours de la période de responsabilité telle qu'elle a été définie ci-dessus, des allocations familiales auxquelles, selon eux, ils étaient en droit de prétendre si le jeune D H E avait été présent dans leur foyer aux côtés de leurs deux autres enfants mineurs. Toutefois, de telles allocations ont pour objet d'aider les parents d'un enfant établi en France à subvenir à l'entretien et à l'éducation de ce dernier. Or, les époux E n'ont pas subvenu aux besoins de leur enfant D sur le territoire français pendant la période d'indemnisation en litige. Ainsi, en admettant même qu'ils auraient pu prétendre au bénéfice des allocations familiales évoquées ci-dessus, ils ne peuvent demander à être indemnisés du manque à gagner constitué par l'absence de leur versement.
6. En deuxième lieu, Mme et M. E demandent que l'Etat soit condamné à indemniser leur préjudice correspondant aux sommes d'argent versées pour l'entretien et l'éducation de leur enfant D lorsqu'il était en Ethiopie ainsi qu'aux avantages en nature qui ont été accordés au même titre. Les requérants indiquent que le versement de ces sommes a été assuré par des transferts de fonds au moyen d'un prestataire spécialisé et par l'intermédiaire d'amis domiciliés en France à l'occasion de voyages de ces derniers en Ethiopie. C'est à l'occasion de ces voyages que ces derniers auraient remis les avantages en nature à la personne à qui la garde de l'enfant avait été confiée. Cependant, dès lors que les époux E avaient la charge de cet enfant et étaient tenus de subvenir à ses besoins, quel que soit son lieu de résidence, ils auraient nécessairement exposer de telles dépenses si le jeune D avait résidé en France entre le 25 septembre 2017 et le 22 juillet 2019. Il n'existe ainsi aucun lien direct de causalité entre, d'une part, les fautes commises par les services de l'Etat, d'autre part, les sommes d'argent versées et les avantages accordés. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est même pas allégué que le montant des dépenses exposées pour cette période aurait excédé celui correspondant à la valeur des dépenses qui auraient été engagées pour l'entretien de l'enfant en France, Mme et M. E ne peuvent prétendre à aucune indemnisation au titre du préjudice financier énoncé ci-dessus.
7. En dernier lieu, si le visa d'entrée et de long séjour avait été délivré au jeune D dès le 25 septembre 2017, aucun frais d'envoi des transferts d'argent n'aurait été engagé entre cette date et le 22 juillet 2019. Ainsi, le refus de visa illégal et le retard mis à le délivrer malgré le délai pour satisfaire à l'injonction fixé par le jugement n° 1809852 du 15 février 2019 précité ont été à l'origine d'un préjudice financier résultant de la nécessité d'exposer ces frais. Cependant, seuls les frais effectivement engagés pour l'envoi de l'argent au cours de la période du 25 septembre 2017 au 22 juillet 2019 et directement destiné à assurer l'entretien et l'éducation de l'enfant peuvent être intégrés dans le montant du préjudice. Or, si les requérants justifient avoir exposé, au cours de cette période, une somme globale de 29,40 euros pour transférer vers l'Ethiopie une somme globale de 550,30 euros, cette dernière somme a été adressée au moyen de six versements distincts à cinq personnes différentes, dont les liens avec le jeune D ou sa grand-mère chez laquelle il résidait ne sont pas précisés. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à obtenir une indemnisation au titre des frais d'envoi des transferts d'argent dont ils produisent les justificatifs.
En ce qui concerne le préjudice moral :
8. La période au titre de laquelle la responsabilité de l'Etat est engagée en l'espèce ne court, comme cela a été déjà précisé, que du 25 septembre 2017, date de la décision prise par l'Ambassade de France en Ethiopie, au 22 juillet 2019, date de délivrance effective du visa au jeune D. Dans ces conditions, la circonstance que la demande de visa aurait elle-même été présentée le 28 septembre 2016, soit vingt-deux mois après l'obtention du bénéfice de la protection subsidiaire par les parents de cet enfant et la circonstance que le visa n'aurait pas été concrètement utilisé par l'enfant pour rejoindre ses parents en France sont sans incidence sur le droit à réparation des préjudices subis au cours de la période de responsabilité retenue.
9. Il résulte de l'instruction que l'illégalité du refus de visa opposé au jeune D a eu pour effet de prolonger sa séparation avec ses parents pendant une période de vingt-deux mois. Dans ces conditions, eu égard à la durée de cette séparation au cours de l'adolescence du demandeur de visa, et alors qu'il n'est pas justifié que ce dernier n'aurait pas pu être scolarisé dans des conditions normales en Ethiopie pendant cette période, il sera fait une juste appréciation des préjudices moraux subis par les requérants et leur enfant D, incluant les troubles dans leurs conditions d'existence, liés à l'atteinte portée au droit au respect de leur vie familiale, en les évaluant à la somme globale de 2 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. E ne sont fondés à solliciter le versement d'une indemnité qu'à hauteur d'un montant de 2 000 euros. Par suite, l'Etat ne doit être condamné qu'à leur verser cette somme.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. Mme et M. E ont droit, en application de l'article 1231-6 du code civil, aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros à compter du 7 octobre 2019, date de réception de leur demande indemnitaire par le ministre de l'intérieur.
12. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête enregistrée le 7 juin 2020. Il y a lieu, en application de l'article 1343-2 du code civil, de faire droit à cette demande à compter du 7 octobre 2020, date à laquelle une année d'intérêts était due, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Aussi, et dans la mesure où l'Etat est la partie perdante à cette instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette partie, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le versement à Me Bertin, avocate des requérants, de la somme de 1 200 (mille deux cents) euros toutes taxes comprises. Ce versement vaudra, conformément à cet article 37, renonciation à ce qu'elle perçoive la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle dont bénéficie M. E.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme et M. E, au titre des préjudices qu'ils ont subis et de ceux de leur enfant D, la somme globale de 2 000 euros, majorée, d'une part, des intérêts au taux légal à compter du 7 octobre 2019, d'autre part, du montant de la capitalisation des intérêts échus à la date du 7 octobre 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat versera à Me Bertin la somme de mille deux cents (1 200) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par Mme et M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G E et M. C H E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Brigitte Bertin.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le rapporteur,
D. F
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026