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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005716

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005716

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEKEUFACK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2020 et le 7 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Lekeufack, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, de lui octroyer la nationalité française dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision préfectorale est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision préfectorale n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu l'article 21-27 du code civil dès lors que s'il ne conteste pas avoir commis une infraction au code du travail, il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation visée par cet article ;

- il remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2020 et le 2 août 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21-27 du code civil est inopérant, la décision n'ayant pas été prise sur ce fondement ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est en tout état de cause irrecevable dès lors qu'il a été invoqué après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du travail ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien, demande au tribunal d'annuler la décision du 24 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Toutefois, le ministre de l'intérieur a, par une décision en date du 6 février 2020, qui s'est substituée à ladite décision préfectorale, rejeté son recours formé contre cette dernière. M. B doit dès lors être regardé comme demandant l'annulation de cette décision ministérielle du 6 février 2020, et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont inopérants.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993: " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le postulant.

3. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé occupe deux emplois en contrat à durée indéterminée, l'un à temps complet depuis le 4 janvier 2010 et le second à temps partiel à hauteur de 134 heures par mois depuis le 1er mars 2017.

4. En premier lieu, si M. B expose ne pas contester avoir commis une infraction au code du travail mais n'avoir toutefois jamais fait l'objet d'une condamnation pénale visée par l'article 21-27 du code civil, et qu'ainsi cet article a été méconnu, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant dès lors que la décision attaquée se fonde sur les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993. Pour les mêmes raisons, la circonstance selon laquelle M. B remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 3121-20 du code du travail : " Au cours d'une même semaine, la durée maximale hebdomadaire de travail est de quarante-huit heures ", et aux termes de l'article L. 8261-1 de ce code : " Aucun salarié ne peut accomplir des travaux rémunérés au-delà de la durée maximale du travail, telle qu'elle ressort des dispositions légales de sa profession ". Il est constant que M. B a cumulé depuis le 1er mars 2017 deux contrats à durée indéterminée, l'un à temps plein et l'autre à temps partiel à hauteur de 134 heures par mois ou 31 heures par semaine, en infraction de la réglementation sur le temps de travail en France. Dans ces conditions, et à supposer le moyen soulevé, le ministre de l'intérieur a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner à deux ans la demande d'acquisition de la nationalité française de l'intéressé pour le motif susmentionné.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

R. HANNOYER La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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