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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005818

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005818

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005818
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 juin 2020 et 31 mai 2021, M. B A, représenté par Me Bernot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2020 par laquelle le maire de Rezé a refusé de faire droit à sa demande reçue le 21 février 2020 tendant à ce qu'il soit indemnisé des préjudices résultant d'une situation de harcèlement moral ;

2°) de condamner la commune de Rezé à lui verser la somme de 40 000 euros de dommages et intérêts en réparation de ses préjudices, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 février 2020, date de présentation de sa demande préalable indemnitaire, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rezé le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il fait l'objet de harcèlement moral depuis l'été 2019 comme en témoignent les éléments suivants : un avis négatif sur le dossier soumis à la commission administrative paritaire pour l'avancement de grade ; des reproches injustifiés sur ses arrêts de travail ; le contrôle médical du 23 décembre 2019 de son arrêt de travail pour maladie ; les conditions dans lesquelles s'est déroulée sa reprise de travail le 30 décembre 2019 ; la décision du 30 décembre 2019 le déchargeant brutalement de ses responsabilités d'encadrement et du suivi de ses dossiers ; son isolement depuis cette date ; une tentative d'intimidation lors de l'entretien du 7 janvier 2020 ; la violence de l'entretien du 9 janvier 2020 ; les répercussions sur son état de santé ; la mise en œuvre et la finalisation d'un processus de " mise au placard " qui a des conséquences financières ;

- compte tenu de cette situation de harcèlement, toutes les décisions participant de cette situation, au nombre desquelles figure la décision attaquée, sont illégales et doivent être annulées ;

- la décision du 30 décembre 2019 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle n'est motivée ni en droit, ni en fait ;

- elle traduit un harcèlement moral ;

- elle traduit une discrimination à raison de son état de santé ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- la décision du 30 décembre 2019 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle n'est motivée ni en droit, ni en fait ;

- elle traduit un harcèlement moral ;

- elle traduit une discrimination à raison de son état de santé ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- la décision du 27 mars 2020 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire permettant un exercice effectif des droits de la défense dès lors que le rapport de la psychologue mandatée par la commune ne lui a pas été communiqué ;

- elle n'est pas motivée en droit ;

- elle traduit un harcèlement moral ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- l'arrêté du 1er avril 2020 supprimant le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) " encadrement " est illégal en ce qu'il est la conséquence de la décision illégale du 27 mars 2020 entérinant son changement d'affectation ;

- l'arrêté du 7 avril 2020 modifiant son régime indemnitaire et le faisant relever du groupe " chargé de missions ou d'études " est illégal ;

- à raison du harcèlement moral dont il a été victime, il justifie d'un préjudice moral de 15 000 euros ;

- il justifie d'un préjudice de carrière de 20 000 euros dès lors qu'il a perdu une chance sérieuse d'être promu au grade d'attaché principal en raison de l'avis rendu par sa supérieure hiérarchique et de son affectation actuelle qui constitue un déclassement professionnel ;

- compte tenu de la perte de sa NBI et de deux niveaux au titre du régime indemnitaire, il subit un préjudice financier de 250 euros mensuels environ, qui devra être évalué à la date du jugement et qu'il chiffre provisoirement à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2020, la commune de Rezé, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 14 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que la commune de Rezé indemnise le requérant au titre de l'illégalité des décisions du 30 décembre 2019, du 27 mars 2020, du 1er avril et du 7 avril 2020, ce fait générateur n'étant pas mentionné dans la réclamation indemnitaire préalable présentée par M. A.

Le 15 mai 2024, M. A a formulé ses observations sur le courrier du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernot, représentant M. A, et celles de Me Coëtoux du Tertre, substituant Me Marchand, représentant la commune de Rezé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, attaché territorial titulaire, a été recruté par la commune de Rezé depuis le 1er janvier 2013 pour occuper le poste de responsable du service administration et gestion statutaire (AGS), sous l'autorité hiérarchique de la directrice des relations humaines. Le 30 décembre 2019, à son retour d'un congé de maladie de six semaines, cette directrice a, par un appel téléphonique suivi d'un courrier électronique, déchargé M. A de ses missions d'encadrement et de suivi des dossiers du service AGS dans l'attente des résultats d'un " audit " de ce service après que des agents de celui-ci ont fait état, durant l'absence de M. A, de difficultés relationnelles avec leur chef de service et d'un climat de souffrance au travail. Par un courrier du 20 février 2020, il a demandé au maire de Rezé de retirer la mesure du 30 décembre 2019 et de l'indemniser des préjudices résultant selon lui d'une situation de harcèlement moral. Par une décision du 23 mars 2020, le maire de Rezé a refusé de faire droit à cette demande. Le requérant demande au tribunal de condamner la commune de Rezé à l'indemniser des préjudices résultant selon lui d'une situation de harcèlement moral.

Sur la responsabilité de la commune de Rezé :

En ce qui concerne l'existence d'une situation de harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

3. Le requérant soutient qu'il est victime d'un processus de harcèlement moral mené à bien par la directrice des ressources humaines de la commune, Mme C, avec le soutien du directeur général des services, depuis l'été 2019.

4. Certains des éléments que fait valoir M. A à l'appui de ses allégations relatives à une situation de harcèlement ne sont pas matériellement établis par l'instruction. Il en va ainsi des propos discriminatoires à raison de son état de santé que le requérant accuse Mme C d'avoir tenus lors de l'entretien du 22 août 2019, des " intimidations " de cette dernière et du directeur général des services à son égard à l'occasion de l'entretien du 7 janvier 2020 et de la violence verbale qu'aurait manifestée Mme C au cours de l'entretien du 9 janvier 2020. Ces éléments ne peuvent donc être regardés comme des éléments de fait.

5. S'agissant des éléments de fait invoqués par M. A et dont la matérialité est établie, l'avis que Mme C a soumis à la CAP du 7 novembre 2019 relatif à l'inscription du requérant au tableau d'avancement au grade d'attaché territorial, avis favorable au demeurant, s'il comporte certaines réserves sur les qualités relationnelles et d'encadrement de M. A, est conforme au contenu des comptes rendus d'entretien d'évaluation professionnelle de l'intéressé, lesquels font état de carences comparables, nonobstant la circonstance que M. A a été admis à l'examen professionnel d'attaché principal. Le requérant n'allègue d'ailleurs même pas que ces réserves seraient infondées. Cet avis ne saurait donc être regardé comme une manœuvre en vue de faire injustement obstacle à la promotion de M. A, alors qu'au demeurant la hiérarchie du requérant l'avait proposé à l'avancement, et, partant, comme un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

6. S'il résulte de l'instruction qu'au cours d'un entretien le 22 août 2019, Mme C a fait part à M. A de ce que ses nombreuses absences étaient préjudiciables au bon fonctionnement du service, alors que le requérant fait l'objet d'arrêts réguliers de travail en raison d'une affection de longue durée, il résulte de l'instruction que les absences de M. A ne sont pas exclusivement imputables à son état de santé, de sorte que Mme C a pu formuler pareille remarque sans stigmatiser pour autant l'état de santé du requérant. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des courriers électroniques versés au dossier, que Mme C, quand elle est informée des absences pour maladie de M. A, lui formule des vœux de rétablissement sans exercer de pression pour qu'il reprenne le travail. Par ailleurs, il n'est pas établi qu'à l'occasion de l'entretien du 12 novembre 2019 au cours duquel Mme C a informé M. A du résultat de la CAP, celle-ci aurait imputé ce résultat aux absences pour raisons de santé de M. A. S'il est constant que cet entretien a été l'occasion d'un recadrage de M. A par Mme C, le contenu des propos tenus par celle-ci n'est pas établi et si Mme C a, le jour même, présenté à M. A ses excuses par courrier électronique pour avoir pu le blesser par ses propos, il n'est pas démontré que ces propos consistaient en des reproches sur les arrêts de travail pour maladie de M. A.

7. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnés aux points 5 et 6, sont insusceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'endroit de M. A.

8. S'agissant des éléments de fait invoqués par ailleurs par le requérant comme étant susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral compte tenu de leur caractère intrinsèquement défavorable, il résulte de l'instruction que M. A a, comme il a été dit, été déchargé d'une partie de ses missions par la décision du 30 décembre 2019 et qu'il a ensuite été affecté sur un poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine de la commune et expertise juridique " qui ne comprend pas de missions d'encadrement. Si ces décisions, qui emportent une diminution et une modification des missions confiées à M. A et, pour la seconde d'entre elles, une diminution de sa rémunération, il résulte de l'instruction que ces mesures sont justifiées par l'intérêt du service, en raison de la manière de servir inadéquate de M. A et de ses difficultés relationnelles, qui sont suffisamment établies par les nombreux signalements concordants de ses collaborateurs sur un comportement managérial inadapté de la part du requérant et générateur de souffrance au travail, corroborés par les résultats de l'audit du service AGS mené par une psychologue du travail extérieure à l'administration. Eu égard à l'état dégradé des relations entre M. A et ses collaborateurs, à la détresse manifestée par ceux-ci, et à la réitération par M. A d'un comportement managérial inadapté en dépit d'une première mise en garde courant 2018 qui avait fait l'objet de séances de coaching personnalisé en management, la décharge de fonctions de M. A, puis son affectation sur un nouveau poste doivent être regardées comme justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement.

9. Par ailleurs, si la commune de Rezé a diligenté le 23 décembre 2019 un contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A, le fait pour un employeur de diligenter un tel contrôle relève de ses prérogatives et ne saurait caractériser une situation de harcèlement moral, ce contrôle ayant en outre été diligenté six semaines après le début de l'arrêt de travail et étant en outre le premier contrôle diligenté à l'égard de M. A depuis son affectation à Rezé, alors que celui-ci s'était déjà vu prescrire plusieurs arrêts de travail. Si le requérant soutient que cette démarche était d'autant plus malvenue que son congé de maladie était imputable au service, cette affirmation n'est pas corroborée par les pièces du dossier, dont il ressort au contraire que cet arrêt de travail a été délivré en lien avec l'affection de longue de durée de M. A et que celui-ci n'a pas sollicité de reconnaissance d'imputabilité au service de ce congé de maladie. Par conséquent, le contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A paraît justifié par des considérations étrangères à tout harcèlement.

10. Si M. A se prévaut également d'une situation d'isolement, dès lors qu'il ne participe plus à certaines réunions, il n'établit ni même n'allègue que son absence à certaines réunions n'est pas la conséquence nécessaire de sa décharge de missions. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été invité à la réunion du 14 janvier 2020, il résulte de l'instruction que cet événement n'était pas une réunion de service mais un entretien entre le directeur général des services d'une part et certains des agents de la direction des ressources humaines et des représentants syndicaux d'autre part, entretien programmé à l'initiative des agents de la direction des ressources humaines, de sorte que la présence de M. A à cet entretien n'était pas justifiée. Le requérant ne fait pas valoir que sa présence aurait été justifiée à des réunions ou des événements auxquels il n'a pas été convié. Par conséquent, l'absence de M. A à certains événements, qui ne sont au demeurant pas précisés à l'exception de l'entretien du 14 janvier 2020, est justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

11. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'un arrêt de travail pour maladie du 12 novembre 2019 jusqu'au 27 décembre 2019, motivé, d'après le médecin l'ayant délivré, par un état d'anxiété réactionnelle nécessitant la prescription d'anxiolytiques, ainsi que d'un arrêt de travail d'une journée, le 20 janvier 2020, pour anxiété réactionnelle et asthénie. Toutefois, et en tout état de cause, ces arrêts de travail ont été prescrits en lien avec l'affection de longue durée de M. A, qui, ainsi qu'il a été précédemment dit, n'a pas demandé que soit reconnue l'imputabilité au service de ces arrêts. Par ailleurs, la consultation, à deux reprises, les 13 et 29 janvier 2020, du psychologue du travail, est à elle seule insusceptible de caractériser une situation de harcèlement, en l'absence de tout élément sur le contenu de ces consultations et sur les conclusions qu'en a tirées le professionnel de santé. Enfin, si le médecin de prévention a, le 31 janvier 2020, constaté une " inaptitude temporaire aux fonctions au vu de l'état de souffrance au travail actuel ", l'absence de promotion de M. A, puis sa décharge de fonctions et la proposition d'un changement de poste motivées par la remise en cause de ses méthodes managériales ont pu entraîner cet état de souffrance au travail, sans pour autant que celui-ci soit consécutif à une situation de harcèlement moral. Par conséquent, les éléments médicaux que fait valoir le requérant, qui ne procèdent d'ailleurs pas d'agissements de l'administration, sont étrangers à un processus de harcèlement.

12. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnées du point 8 au point 11, sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Il s'ensuit qu'en l'absence d'agissements répétés et excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées procèdent d'un processus de harcèlement moral. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête de M. A fondées sur le harcèlement moral dont il estime avoir été victime ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'illégalité fautive des décisions du 30 décembre 2019, du 27 mars 2020, du 1er avril et du 7 avril 2020 du maire de Rezé :

13. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. Par ailleurs, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation indemnitaire préalable tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire uniquement à l'égard des dommages causés par ce fait générateur.

14. Le requérant soutient que la mesure du 30 décembre 2019 portant décharge de missions, la décision du 27 mars 2020 portant changement d'office d'affectation, l'arrêté du 1er avril 2020 lui supprimant le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire et l'arrêté du 7 avril 2020 modifiant son régime indemnitaire sont illégaux, sans pour soutenir que cette illégalité alléguée serait constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Rezé. A supposer même que M. A ait entendu soutenir que la responsabilité de la commune serait engagée à raison de l'illégalité fautive de ces décisions, il n'a, ni dans son courrier du 20 février 2020, ni dans une autre demande au maire de la commune qui aurait été portée à la connaissance du tribunal, fait mention de ces faits générateurs. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête présentées sur le fondement de ce fait générateur sont irrecevables.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la commune de Rezé, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur le fondement de ces dispositions.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Rezé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rezé présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Rezé.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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