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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2006776

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2006776

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2006776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantNOURANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2020, M. F D, représenté par Me Nourani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2019 du ministre de l'intérieur, prise en exécution du jugement du tribunal administratif de Nantes du 20 septembre 2018, rejetant sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, de lui octroyer la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article 27 du code civil et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'au cours de son entretien d'assimilation, il a su répondre à de nombreuses questions, que l'appréciation de ses connaissances devait être réalisée selon sa condition et que sa précédente demande de naturalisation avait été rejetée pour un autre motif ;

- elle méconnait la circulaire du 16 octobre 2012 ;

- il remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2021, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par ordonnance du 26 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant marocain né le 22 septembre 1986, a présenté une demande de naturalisation qui a été ajournée à deux ans par une décision du 9 avril 2015 du préfet de la Côte-d'Or, ajournement maintenu par une décision du ministre de l'intérieur en date du 27 janvier 2016, prise au motif de l'insuffisance de son insertion professionnelle. Cette décision du 27 janvier 2016 a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 20 septembre 2018, par lequel il a été enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de naturalisation de M. D. Le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de l'intéressé par une nouvelle décision du 8 mars 2019, confirmée par décision du 17 mai 2019 prise sur recours gracieux. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du ministre de l'intérieur en date du 8 mars 2019.

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, Mme B, nommée directrice de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme C E, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de connaissance par le postulant de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des droits et devoirs conférés par la nationalité française du postulant.

5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. D, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses qu'il a apportées lors de son entretien mené en préfecture en vue d'évaluer son niveau de connaissance de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, des droits et devoirs conférés par la nationalité française et de son adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République, témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société tenant aux principes, aux symboles et aux institutions de la République.

6. Il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, établi par les services de la préfecture de la Côte-d'Or le 28 février 2019, que M. D, lequel réside pourtant en France depuis 2004, interrogé par les services préfectoraux, n'a pas su répondre aux questions concernant notamment le nom H ministre actuel, son mode de nomination, le nom de ministres composant le gouvernement, celui du maire de sa commune ni la durée de son mandat, le nom des départements composant sa région, ni n'a su définir les notions de liberté, de fraternité et de laïcité, ni n'a su donner le nom du buste présent dans les mairies et expliquer à quel moment se rapporte la fête nationale française, ni n'a su donner le nom de l'hymne national français, les dates de la Première Guerre mondiale, le nom de massifs montagneux ou de fleuves français, et n'a su citer que le nom de G A comme personnage français célèbre. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de M. D pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, et ce nonobstant la circonstance que la précédente demande de naturalisation de l'intéressé avait été ajournée pour un autre motif.

7. En quatrième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 16 octobre 2012 qui est dépourvue de caractère réglementaire.

8. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle M. D remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. F D, au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et à Me Nourani.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 , à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

R. HANNOYER La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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