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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007231

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007231

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLUKEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2020, M. D C B, représenté par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours dirigé contre la décision du 20 novembre 2019 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de naturalisation ainsi que la décision du préfet de la Côte-d'Or du 20 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Lukec sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est très bien intégré à la société française puisqu'il y exerce la profession de plongeur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il y a noué des relations amicales, il parle très bien le français et sa compagne et sa fille sont françaises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C B ne sont pas fondés.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 23 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de la Côte-d'Or qui a été rejetée par une décision du 20 novembre 2019. M. C B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par la présente requête M. C B demande l'annulation de la décision implicite du ministre ainsi que de la décision du préfet de la Côte-d'Or du 20 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de la Côte-d'Or :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressé s'est substituée à la décision du préfet de la Côte-d'Or du 20 novembre 2019. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

3. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, dirigé contre une décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'intérieur pendant plus de quatre mois, doit être écarté comme étant inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. " L'article L. 232-4 du même code dispose toutefois : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C B ait demandé que le ministre de l'intérieur lui communique les motifs de sa décision implicite. Dans ces conditions, M. C B n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à lui en rejetant son recours par une décision implicite.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".

7. En outre, l'article 21-24 du code civil dispose : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret susvisé n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ".

8. En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte l'assimilation du postulant à la société française, notamment sur son niveau de connaissance des principes de la République et de ses institutions, tel qu'il est révélé par l'entretien individuel prévu par l'article 41 du décret du 30 décembre 1993.

9. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. C B, le ministre de l'intérieur, qui s'est approprié les motifs de la décision du préfet de la Côte-d'Or du 20 novembre 2019, s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'eu égard aux réponses de l'intéressé lors de l'entretien d'assimilation réalisé le 6 mars 2019, celui-ci présente une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde.

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'entretien d'assimilation du 6 mars 2019, que M. C B n'a pas été en mesure de citer le nom d'un massif montagneux, d'un fleuve ou d'une rivière ni d'aucune mer ou océan. Il ressort également des mêmes pièces du dossier qu'il ne connaît pas la devise ni aucun symbole ou valeur de la République ni le principe de laïcité et n'a su citer de personnages français célèbres. Par suite, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont dispose le ministre, ce dernier n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant pour ce motif la demande de M. C B.

11. En quatrième et dernier lieu, eu égard au motif qui la fonde, les circonstances invoquées par M. C B qu'il est très bien intégré à la société française puisqu'il y exerce la profession de plongeur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, qu'il y a noué des relations amicales, qu'il parle très bien le français et que sa compagne et sa fille sont françaises, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lukec.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller.

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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