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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008696

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008696

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2020, Mme A B, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'information préalable en méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en l'absence d'examen de sa situation de vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 744-6 de ce code ;

- elle est privée de base légale et d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2023, l'Office français d'immigration et d'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 15 décembre 1999, déclarant être entrée irrégulièrement en France le 25 mars 2018, a présenté une demande d'asile en France le 19 octobre 2018. Par une décision du 19 octobre 2018, elle s'est vue octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 30 avril 2019, le préfet de la Mayenne a ordonné la remise de Mme B aux autorités italiennes, responsables de sa demande d'asile. La requérante ne s'étant pas présentée au commissariat de Laval le 20 juin 2019 pour l'exécution de la décision de transfert vers l'Italie, elle a été déclarée en fuite par les services préfectoraux le jour même. Le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil a été suspendu le 27 janvier 2020 pour le même motif. La décision de transfert n'ayant pas été exécutée, sa demande d'asile a été enregistrée au terme d'un délai de dix-huit mois le 10 juillet 2020 en procédure accélérée. Elle a sollicité le 24 juillet 2020 le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, que la directrice territoriale compétente de l'OFII lui a refusé par décision du 11 août 2020. La requérante, qui s'est vue reconnaître le statut de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 mars 2022, demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Tout demandeur reçoit, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, une information sur ses droits et obligations en application dudit règlement, dans les conditions prévues à son article 4. / () / L'étranger est tenu de coopérer avec l'autorité administrative compétente en vue d'établir son identité, sa ou ses nationalités, sa situation familiale, son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asile antérieures. Il présente tous documents d'identité ou de voyage dont il dispose. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile est tenu de coopérer avec l'autorité administrative en répondant aux demandes d'information émanant des autorités compétentes, notamment en vue d'établir son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asiles antérieures.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable en l'espèce : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". Selon l'article L. 744-7 de ce code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. Aux termes de la décision attaquée, l'OFII a refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil à la suite de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil dont elle a fait l'objet le 27 janvier 2020, au motif qu'elle ne justifie pas des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté l'obligation de se présenter le 20 juin 2019 aux autorités. Il est constant qu'alors que sa demande d'asile était placée en procédure dite " Dublin " et qu'elle devait ainsi être transférée vers l'Italie initialement en charge de l'examen de sa demande, Mme B ne s'est pas présentée le 20 juin 2019 pour prendre un vol à destination de l'Italie, circonstance qui a justifié qu'elle soit déclarée en fuite le 20 juin 2019. Toutefois, Mme B justifie à l'appui de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, de son absence à cette convocation, en raison de son hospitalisation dans le service des urgences du centre hospitalier de Vitré du 20 juin 2019 à 22 h 15 au 22 juin 2019 à 14 h 34. Si l'OFII relève que Mme B a été admise aux services des urgences le 20 juin 2019 à 22h, soit postérieurement à l'horaire du vol prévu pour son transfert, les documents médicaux relatifs à cette hospitalisation pendant 48 heures et à sa prise en charge chirurgicale antérieure par cet hôpital le 28 mars 2019 révèlent que son état de santé faisait obstacle à ce qu'elle puisse répondre à la convocation fixée par les autorités chargées de son transfert. Dans ces conditions, alors que Mme B justifie de son absence à la convocation du 20 juin 2019 pour des raisons médicales et compte tenu de sa particulière vulnérabilité à la date de la date de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme B du 27 janvier 2020 jusqu'au mois de mai 2022. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'OFII du 11 août 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir rétroactivement Mme B dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, du 27 janvier 2020 au mois de mai 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Béarnais une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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