mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | RINEAU & ASSOCIES SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2010788 le 26 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Rineau, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire d'Angers a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire d'Angers de prendre en charge l'ensemble des honoraires liées à sa demande d'indemnisation pour harcèlement moral et refus de la protection fonctionnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire d'Angers d'organiser sa protection pour les actions qui seraient susceptibles d'intervenir à raison des mêmes faits ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les actions de harcèlement moral sont établies depuis le mois d'octobre 2015 jusqu'à ce jour par la dégradation de ses conditions de travail, notamment les moyens matériels et les locaux mis à sa disposition, par l'assignation de tâches répétitives, solitaires, inconfortables et humiliantes et la suppression progressive des missions qui lui étaient confiées jusqu'à le laisser totalement désœuvré, par des propositions d'affectation inadaptées sans rapport avec ses compétences et expériences, par des demandes de reversement de salaires injustifiées, par l'emploi d'huissier pour lui signifier ses correspondances administratives, par l'organisation de contre-visites médicales dans un temps très court, par des procédures disciplinaires irrégulières et injustifiées, par les pressions exercées par sa hiérarchie pour qu'il pose des congés ou des récupérations non désirées ou pour solliciter une retraite anticipée ;
- les frais engagés pour défendre ses droits s'élèvent déjà à 6 000 euros auquel s'ajoute un encours comptable de 13 272,33 euros non facturés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté par Me Meunier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés pour établir l'illégalité de sa décision refusant l'octroi de la protection fonctionnelle au regard de faits de harcèlement n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 9 décembre 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102478 le 5 mars 2021, M. A B, représenté par Me Rineau, demande au Tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser :
- en réparation du harcèlement moral qu'il a subi, la somme de 35 000 euros au titre de son préjudice moral et 650 euros au titre de son préjudice financier ;
- en réparation des préjudices causés par la décision de suspension à titre conservatoire et le refus illégal de le rétablir dans ses fonctions, rétablissement demandé par courrier du 27 novembre 2020, la somme de 7 000 euros ;
2°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter du 6 novembre 2020 et de capitaliser lesdits intérêts à chaque échéance annuelle ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- les faits de harcèlement moral, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983, sont établis et sont à l'origine directe et certaine avec les préjudices moral et financier dont il demande à être indemnisé ;
- la décision de le suspendre à titre conservatoire le 21 juin 2019 ainsi que celle refusant de répondre à sa demande de réintégration du 27 novembre 2020 sont illégales et sont à l'origine directe et certaine du préjudice dont il demande à être indemnisé.
Le centre hospitalier universitaire d'Angers n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction est intervenue le 7 novembre 2022.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,
- et les observations de Me N'Guyen, substituant Me Rineau représentant M. B, et de Me Meunier représentant le CHU d'Angers dans le dossier enregistré sous le n° 2010788.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est employé en qualité d'aide-soignant par le centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers depuis 1997. A la suite d'un infarctus du myocarde en décembre 2009 et la découverte d'un anévrisme de l'aorte, il a été reconnu inapte à reprendre son activité auprès de patients ou dans un service de soins. Le CHU d'Angers a affecté M. B au sein du service informatique à compter du 1er avril 2016, puis après un congé de maladie au service de liquidation du secteur de la pharmacie à compter du 2 janvier 2018, affectation confirmée le 14 novembre 2018. Au cours d'un entretien le 19 février 2019, la direction du CHU d'Angers a informé M. B de son affectation provisoire au service de facturation des laboratoires. A la suite d'une lombosciatique droite survenue le 20 février 2019, l'intéressé a été placé en arrêt de travail jusqu'au 2 avril 2019, puis en congés annuels du 10 au 23 juin 2019. Par un courrier reçu par le CHU d'Angers le 27 avril 2020, M. B a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral. Par un courrier reçu par le CHU d'Angers le 6 novembre 2020, M. B a sollicité l'indemnisation des préjudices causés par les faits de harcèlement moral ainsi que par l'illégalité de sa suspension et du refus de réintégration. Par les présentes requêtes M. B demande d'une part au tribunal d'annuler le refus implicite opposé à sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle et la prise en charge des honoraires de son avocat et, d'autre part, la condamnation du CHU d'Angers à réparer financièrement les préjudices qu'il estime avoir subis du fait du harcèlement moral et des décisions illégales dont il aurait fait l'objet.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2010788 et 2102478 se rapportent à un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. () ". Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de cette même loi, issu de l'article 178 de la loi du 17 janvier 2002 de modernisation sociale, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ". Enfin, l'article 11 de la même loi, alors en vigueur, dispose que : " I. - A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".
4. D'une part, ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. D'autre part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Par ailleurs, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé. Enfin, peuvent être qualifiés de harcèlement moral les agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail de l'agent susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.
6. M. B soutient qu'il a fait l'objet d'agissements de harcèlement moral de la part de la direction du CHU d'Angers sans qu'aucun responsable hiérarchique ne réagisse à cette situation.
7. Le requérant soutient tout d'abord, tel que cela ressort du courrier reçu le 27 avril 2020 susmentionné, qu'il a reçu des affectations ou propositions d'affectations irrégulières et sans rapport avec son grade. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les fonctions successives occupées par l'intéressé au sein du centre hospitalier à la suite de son inaptitude aux fonctions d'aide-soignant et de la fin de son mandat syndical, consistant dans un poste au standard téléphonique en 2015, au service informatique en 2016 puis successivement aux services pharmacie en 2018 et liquidation des factures des laboratoires à compter du mois de février 2019, consistaient en des fonctions en correspondance avec son statut et son grade sans que l'autorité hiérarchique soit dans l'obligation de tenir compte des compétences en matière syndicale et élective de l'intéressé. Si M. B soutient que ses fonctions au sein du service informatique ont été progressivement réduites et qu'il s'est peu à peu trouvé en situation d'isolement, il ressort notamment des notations du requérant, affecté en surnombre dans ledit service, au titre des années 2017 et 2018 que l'intéressé a éprouvé des difficultés à remplir les missions confiées voire n'a pas fait preuve de l'implication exigée pour y parvenir, ce qui a conduit son employeur à lui confier des tâches d'exécution plus aisées comme le recensement des prises électriques et informatiques de l'établissement, qui n'a pas revêtu à cet égard le caractère humiliant ou vexatoire allégué, le lien entre l'arrêt de travail de l'intéressé pour syndrome anxio-dépressif du 17 octobre 2017 au 4 janvier 2018 et les missions confiées n'étant pas suffisamment établi. Si, par ailleurs, M. B fait état de son isolement au sein du service de la pharmacie dont tous les autres membres avaient été déménagés sur un autre site, il ressort du compte rendu d'entretien du 19 février 2019 que cette situation est la conséquence des contacts pris par le requérant, au cours de son congé maladie, avec les ressources humaines pour envisager une mise à la retraite, ce qui a conduit la direction à maintenir son poste à part dans l'attente de sa décision. Enfin, la circonstance que l'intéressé a vu par deux fois son bureau vidé de ses affaires et ses lignes téléphoniques coupées s'explique, eu égard notamment à la chronologie des faits ci-dessus rappelée, par l'obligation dans laquelle s'est trouvée sa hiérarchie d'organiser ses changements successifs de service en fonction de l'activité de l'établissement et des congés de maladie de l'intéressé, ainsi qu'en attestent notamment les courriels échangés le 6 février 2019. A cet égard, la circonstance qu'il lui a été imposé de faire valoir des droits à congés du 29 avril au 13 mai 2019 participe de la gestion du retour de M. B, après son arrêt pour accident de service du 29 février 2019, afin de trouver une affectation compatible avec ses compétences et son état de santé, soit, en l'occurrence, le service de liquidation des factures du service laboratoire biologie et pathologie. Enfin les tentatives d'affecter l'agent au service des préparations culinaires et en tant qu'agent d'accueil du centre hospitalier ne révèlent pas davantage un exercice anormal du pouvoir hiérarchique mais participent d'une recherche de reclassement de l'intéressé.
8. M. B soutient, d'autre part, qu'il aurait subi des pressions pour contrôler ses arrêts de travail et qu'il a été convoqué à de multiples reprises à des entretiens ou des expertises médicales par voie d'huissier parfois dans des délais très court. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les expertises médicales se rapportant aux arrêts de travail de l'intéressé d'août à octobre 2015, d'octobre à décembre 2017, de février à mai 2018 se sont conclues sur un avis médical déclarant ces arrêts injustifiés remettant, dès lors, en cause le caractère abusif allégué desdites démarches. A cet égard, les procédures de mise en recouvrement des sommes indument perçues à l'occasion de certains de ces arrêts ne peuvent pas davantage être regardées comme participant des actions de harcèlement évoquées quand bien même l'une d'entre elles a été annulée par la cour administrative de Nantes dans son arrêt du 5 février 2021 au seul motif de sa rétroactivité illégale. Par ailleurs, le fait que la direction a choisi au cours des années 2017 à 2019 d'avoir recours à des significations de document par voie d'huissier trouve principalement son explication dans l'attitude de M. B qui, à plusieurs reprises, ne s'est pas rendu à des convocations de sa hiérarchie au motif qu'il n'en avait pas été informé et au contexte conflictuel prévalant pendant cette période.
9. En outre, il ressort du compte rendu d'entretien du 30 mai 2018, que les faits à l'origine de poursuites disciplinaires, aboutissant au demeurant à une sanction non contestée par le requérant, relatives à un comportement déplacé de M. B envers une collègue le 15 mars 2018 dans les vestiaires féminins sous la forme, à tout le moins, d'une plaisanterie graveleuse, sont suffisamment établis pour être retenus à l'encontre du requérant malgré ses dénégations. Si cette procédure a été engagée le jour d'un retour de congé maladie de l'intéressé cette circonstance n'est pas de nature, à elle seule, à révéler un exercice anormal du pouvoir hiérarchique, l'intéressé n'ayant au demeurant finalement pas contesté ladite sanction.
10. Le requérant soutient en outre que les faits de harcèlement moral sont particulièrement patents à l'occasion de la procédure qui a conduit à sa suspension le 21 juin 2019 et à l'absence de réintégration malgré sa demande depuis le 27 novembre 2019.
11. Toutefois, alors même que la mesure de suspension est annulée par le jugement de ce jour n° 1909357 pour erreur d'appréciation au regard des preuves apportées pour justifier de ce qui relève, au demeurant, de la seule insuffisance professionnelle du requérant, il est constant que ladite suspension, levée tardivement, n'a pas donné lieu depuis lors à la réintégration de M. B pourtant demandée par son courrier du 27 novembre 2019. Toutefois, cette situation, qui relève en partie d'une position inconciliable entre d'une part des avis du service de santé au travail des 2 août, 10 octobre et 19 novembre 2019 ainsi que du 7 décembre 2020 déclarant l'intéressé inapte temporaire dans l'attente d'éléments médicaux complémentaires et le refus de M. B de procéder auxdits examens en se fondant notamment sur un certificat de son médecin traitant du 23 novembre 2019 refusant de lui délivrer un arrêt de travail, ne caractérise pas avec suffisamment de certitude, alors qu'il est du devoir de l'établissement employeur de demander au requérant de régulariser sa situation, un comportement qui aurait excédé l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et alors même qu'il n'est pas contesté que la manière dont M. B a vécu les évènements qu'il relate a pu avoir un impact sur sa santé, comme l'illustrent les témoignages écrits de sa famille et quelques amis, que les faits dénoncés par le requérant, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Ils ne peuvent, par conséquent, être qualifiés de harcèlement moral au sens et pour l'application de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, la directrice générale du centre hospitalier universitaire d'Angers a pu, à bon droit, sans méconnaitre les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 2013, rejeter la demande de protection fonctionnelle formulée par M. B. Par voie de conséquence, les conclusions du requérant tendant à enjoindre au centre hospitalier universitaire d'Angers d'organiser sa protection pour les actions qui seraient susceptibles d'intervenir à raison des mêmes faits doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le harcèlement moral du centre hospitalier universitaire d'Angers à l'encontre de M. B n'est pas établi. Par suite, les conclusions de l'intéressé tendant à ce que cet établissement l'indemnise des préjudices qu'il soutient avoir subis sur ce fondement ne peuvent qu'être rejetés.
14. En deuxième lieu, M. B doit être regardé comme demandant la réparation d'un préjudice moral du fait de l'illégalité de la décision le suspendant de ses fonctions, et du maintien depuis lors de l'intéressé dans une situation précaire alors que la levée de la mesure, au demeurant tardive, est intervenue depuis le 21 novembre 2019. Il résulte de l'instruction que par le jugement n°1909357 du même jour, le tribunal administratif annule pour erreur d'appréciation la décision du directeur du centre hospitalier universitaire d'Angers du 21 juin 2019 prononçant la suspension à titre conservatoire de M. B. L'illégalité ainsi reconnue de cette décision est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers au regard des préjudices de l'intéressé qui sont la conséquence directe et certaine de l'illégalité retenue. Si M. B demande, sans plus de précision, la condamnation de l'établissement public défendeur à lui verser une somme de 7 000 euros en réparation du préjudice résultant, notamment, de cette décision de suspension, il n'établit ni même ne précise l'existence d'un quelconque préjudice matériel, alors même qu'il n'est pas contesté que son traitement a été maintenu pendant la période de suspension illégale. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressé la somme de 2 000 euros en réparation de son seul préjudice moral subi du fait de cette suspension entre juin et novembre 2019.
15. En dernier lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un fonctionnaire qui a été irrégulièrement maintenu sans affectation a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de son maintien illégal sans affectation. Pour déterminer l'étendue de la responsabilité de la personne publique, il est tenu compte des démarches qu'il appartient à l'intéressé d'entreprendre auprès de son administration, eu égard tant à son niveau dans la hiérarchie administrative que de la durée de la période pendant laquelle il a bénéficié d'un traitement sans exercer aucune fonction. Dans ce cadre, sont indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente un lien direct de causalité.
16. En l'espèce si M. B a demandé sa réintégration par courrier du 27 novembre 2019, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait accompli l'intégralité des démarches, notamment les avis médicaux spécialisés, encore demandés par le médecin du travail le 7 décembre 2020 afin de déterminer ses capacités à reprendre le travail. Par ailleurs, il n'est pas établi par les pièces produites, que les volontés exprimées par M. B de faire valoir ses droits à la retraite puis d'obtenir une rupture conventionnelle, pour lesquelles il a obtenu des simulations et a été reçu par la direction du centre hospitalier, auraient échouées par la seule volonté de l'établissement employeur. En outre, le centre hospitalier universitaire d'Angers a tenté par la voie d'un référé, rejeté le 21 septembre 2021, d'obtenir la désignation d'un expert médical pour déterminer l'aptitude de l'intéressé à exercer les fonctions définies à son poste ainsi que les fonctions relatives à son grade. Eu égard aux différentes démarches précitées, qui démontrent que le centre hospitalier n'est pas resté inactif soit dans ses tentatives de réintégrer l'intéressé soit dans la régularisation de sa situation, M. B, dont les propres démarches ne reflètent pas une attitude constructive en vue de mettre un terme à sa situation de non emploi, n'est pas fondé à soutenir que les circonstances précitées sont constitutives d'une faute à l'origine d'un préjudice moral. Dès lors ses conclusions indemnitaires sur ce fondement doivent être rejetées.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
17. Les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, M. B a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 2 000 euros à compter de la date de réception par le centre hospitalier universitaire d'Angers de sa réclamation préalable, soit à compter du 6 novembre 2020. En outre, M. B a demandé, dans sa requête enregistrée le 5 mars 2021, la capitalisation des intérêts. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour au moins une année entière. Par suite, en application des dispositions de l'article 1154 du code civil, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation de ces intérêts à compter 6 novembre 2021, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
18. En premier lieu, les présentes instances n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. B présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
19. En deuxième lieu, en ce qui concerne l'instance n° 2010788, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que le centre hospitalier universitaire d'Angers, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, soit condamné à verser à M. B la somme qu'il demande en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y en outre pas lieu, dans cette instance, de faire droit aux conclusions du CHU d'Angers présentées en application de ces mêmes dispositions.
20. En dernier lieu, en ce qui concerne l'instance n° 2102478, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le CHU d'Angers demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU d'Angers la somme de 1 200 euros à verser à M. B en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à M. B la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices résultant de la décision illégale du 21 juin 2019 prononçant sa suspension. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 novembre 2020, avec capitalisation des intérêts pour la première fois le 6 novembre 2021 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2102478
Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire d'Angers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire d'Angers.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le rapporteur,
B. C
La présidente,
M. D
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2010788, 2102478
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026