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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010795

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010795

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires respectivement enregistrées les 26 et 27 octobre 2020 et le 18 mars 2022, M. C A B, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet de l'Isère du 21 février 2020 ayant rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le rythme des questions qui lui ont été posées au cours de son entretien d'assimilation, ainsi que la précision des réponses attendues, l'ont troublé ; il est parfaitement intégré, tant socialement que culturellement en France ; il est inséré professionnellement et exerce une activité associative importante.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sa décision implicite de rejet est née le 5 décembre 2020 en application des dispositions de l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 février 2020, le préfet de l'Isère a rejeté la demande de naturalisation présentée par M. C A B, ressortissant congolais. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de la décision, née après application des dispositions de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé et reçu le 23 avril 2020.

2. En premier lieu, il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que, pour rejeter implicitement le recours formé par M. A B contre la décision du préfet de l'Isère rejetant la demande de naturalisation du postulant, le ministre s'est fondé sur le même motif que le préfet, à savoir que le requérant ne pouvait être regardé comme justifiant d'un niveau suffisant d'assimilation à la communauté française notamment en raison de sa méconnaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises, ainsi que des droits et des devoirs des citoyens français.

3. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ". Aux termes de l'article 41 du même décret : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande. / Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. () ". Enfin, aux termes de l'article 44 de ce même décret dans sa rédaction applicable au litige : " Si le préfet du département de résidence du postulant ou, à Paris, le préfet de police estime, même si la demande est recevable, qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien d'assimilation du 12 juillet 2018, que le requérant n'a pas été en mesure, notamment, de citer les dates des deux Guerres Mondiales, ni de préciser le principal conflit à l'occasion duquel le Général de Gaulle a combattu, ni, encore, l'année de la Révolution française. Il en ressort également qu'il n'a pas pu donner le nombre correct d'Etats membres composant l'Union européenne, ni préciser l'année de la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, ni l'âge à partir duquel l'école est obligatoire. Dans ces conditions, le ministre a pu rejeter la demande de naturalisation de M. A B pour le motif mentionné au point 2 du présent jugement sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En second et dernier lieu, la circonstance selon laquelle M. A B serait inséré professionnellement et socialement en France est sans incidence sur la légalité de la décision ministérielle attaquée eu égard au motif qui la fonde.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A B à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ainsi que la demande présentée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer premier conseiller.

Mme Baufumé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2010795

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