mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2011095 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 novembre 2020, le 12 octobre 2022 et le 29 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Lepage, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'Etat, la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 39 500 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de son bien, et la somme de 39 000 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans ses conditions d'existence, résultant de la création de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire, assorties des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre solidairement à la charge de l'Etat, de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de sa propriété et de troubles dans ses conditions d'existence dont elle demande à être indemnisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 2 septembre 2021 et le 23 juin 2023, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 3 juin 2021, le 17 juillet 2023 et le 6 février 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;
- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Begel, substituant Me Lepage, avocate des requérants,
- les observations de Me Di Francesco, avocat de la société Eiffage Rail Express,
- les observations de Me Monfront, substituant Me Nahmias, avocat de la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire depuis 2005 d'une maison d'habitation, sur la parcelle cadastrée section C n°214, au 12, rue du Petit Paris, à Juigné-sur-Sarthe. Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire dont la section de raccordement entre la gare de Sablé-sur-Sarthe et la ligne à grande vitesse, sur le tronçon dit D ", est située à environ 180 mètres de sa propriété, Mme A demande au tribunal la condamnation solidaire de l'Etat, de la société Eiffage Rail Express et de la société La société SNCF Réseau à lui verser la somme de 39 500 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de son bien immobilier, et la somme de 39 000 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans ses conditions d'existence.
Sur la détermination de la personne publique responsable :
2.Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'Etat ou un établissement public de l'Etat confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. / II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'Etat, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant, () ".
3.Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.
4.D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société La société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".
5.D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre pour de tels dommages ou préjudices. ".
6.La requérante sollicite l'indemnisation de la perte de valeur vénale de sa propriété et la réparation de troubles dans ses conditions d'existence, à raison tant de la présence de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate que de son fonctionnement, du fait, notamment, des nuisances sonores liées au passage des trains. Un tel dommage causé à un tiers, qui revêt un caractère permanent dès lors qu'il est inhérent à l'existence et au fonctionnement mêmes de l'ouvrage public, est survenu dans le cadre de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Il ne saurait s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat la responsabilité des préjudices invoqués par la requérante du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne- Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Par suite la requérante est fondée à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de cet ouvrage public.
Sur les dommages dont la requérante demande réparation :
En ce qui concerne la perte de valeur de la propriété de la requérante :
7. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant à la requérante à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.
8. Il résulte de l'instruction que la propriété de la requérante, constituée notamment d'un pavillon d'architecture traditionnelle, de 121 m2, est classée en zone NBa du plan local d'urbanisme. La propriété se situe à 43 mètres de la ligne ferroviaire préexistante Le Mans-Angers, et à environ 180 mètres de la voie de raccordement la plus au sud de la gare de Sablé-sur-Sarthe à la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire, située plus au nord. La vitesse des trains est limitée sur la ligne préexistante comme sur la voie de raccordement.
9. Il ne résulte pas de l'instruction que les nuisances visuelles résultant de la mise en service de la LGV Bretagne-Pays de la Loire se seraient, en l'espèce, significativement accrues, compte tenu des installations ferroviaires préexistantes. Si la requérante fait état de l'arrêt de trains au droit de la baie vitrée de son salon, la gravité du préjudice visuel susceptible de résulter de ces arrêts n'est pas établie.
10. S'agissant des nuisances sonores, il ressort de l'étude acoustique diligentée par le maître d'ouvrage que, la projection acoustique sur la propriété de la requérante est de 55,2 dB(A). Par ailleurs, cette propriété, qui n'a fait l'objet d'aucune mesure de bruit par l'organisme CEREMA, est en dehors du champ d'étude de la valeur maximale des pics de bruit par le conseil général de l'environnement et du développement durable. Si la requérante se borne à se prévaloir d'un relevé réalisé par l'organisme CEREMA sur une habitation située au lieudit Les Moirés à Auvers-le-Hamon, les conditions d'implantation du point de mesure de ce relevé par rapport aux voies du tronçon du barreau de Sablé-sur-Sarthe ne sont pas comparables à celles de sa propriété. Ce relevé ne permet pas en outre d'apprécier l'ampleur de l'éventuelle aggravation des nuisances sonores subies par rapport à celles qui existaient préalablement à la mise en service de la LGV Bretagne-Pays de la Loire et résultant du fonctionnement de la ligne préexistante Le Mans-Angers. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le niveau des nuisances sonores sur la propriété de la requérante aurait été aggravé de façon particulièrement significative du fait de la création et du fonctionnement des voies de raccordement de la LGV. Dans ces conditions, l'éventuel surcroît de nuisances susceptibles d'en résulter ne présente pas, au regard des seuls éléments versés aux débats, par rapport au niveau de nuisances sonores et visuelles préexistantes, un caractère de gravité excédant les gênes que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains de tels ouvrages.
11. Il s'ensuit que les préjudices invoqués par la requérante tenant à la perte de valeur vénale de sa propriété ou aux troubles de jouissance de celle-ci, en conséquence de la création et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse Bretagne- Pays de la Loire ne présentent pas un caractère de gravité, compte tenu des nuisances préexistantes résultant de la ligne Le Mans-Angers, qui excèderait dans les circonstances particulières de l'espèce les sujétions susceptibles d'être, sans indemnité, normalement imposées dans l'intérêt général aux riverains des ouvrages publics.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de diligenter une mesure d'instruction, que Mme A n'est pas fondée à obtenir réparation des préjudices qu'elle invoque sur le fondement de la responsabilité sans faute de la société Eiffage Rail Express ou de SNCF Réseau. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à sa charge une somme à verser à la société Eiffage Rail Express ou à la société SNCF Réseau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, à la société Eiffage Rail Express et à la société SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUETLe greffier,
F. LAINÉ
La République mande et ordonne
à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026