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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012834

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012834

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGHERIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, Mme A B, représentée par Me Gherib, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 17 juin 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de faire droit à sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables ;

- sa décision expresse du 4 décembre 2020 s'est substituée à sa décision implicite de rejet ;

- sa décision n'est entachée d'aucune illégalité.

Par ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 12 mars 1975, demande au tribunal d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 17 juin 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, en application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées et dont les conclusions à fin d'annulation deviennent dès lors irrecevables. Ainsi, les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables et les moyens dirigés contre celle-ci sont inopérants.

3. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il suit de là que la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle en date du 4 décembre 2020, produite par le ministre, qui a ainsi explicitement maintenu l'ajournement à deux ans de la demande de l'intéressée à compter du 17 juin 2020, décision explicite qui s'est substituée à la décision implicite de rejet attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision expresse du 4 décembre 2020 :

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la ressortissante étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle de la postulante et les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de celle-ci.

5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressée ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables, par ailleurs actuellement tirées pour l'essentiel de prestations sociales, et, d'autre part, de ce que si la postulante s'est depuis acquittée du paiement de sa dette fiscale, elle était redevable de la somme de 402 euros au titre de la taxe d'habitation des années 2016 et 2017.

6. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil quand bien même elle ne se prononce pas sur les autres conditions d'acquisition de la nationalité française.

7. En deuxième lieu, la circonstance selon laquelle Mme B remplirait toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, laquelle n'est pas une décision d'irrecevabilité.

8. En troisième et dernier lieu, d'une part, il est constant que Mme B ne s'est acquittée que le 10 mars 2020, de sa dette envers les services fiscaux au titre de ses taxes d'habitation 2016 et 2017, laquelle circonstance était encore récente à la date de la décision prise par le ministre, le 4 décembre 2020. Il ressort de la motivation de la décision du ministre du 4 décembre 2020 que ce dernier s'est fondé sur l'existence, en 2016 et 2017, de cette ancienne dette à l'égard des services fiscaux, et non d'une dette encore existante à la date de la décision contestée. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de fait sur ce point. D'autre part, si Mme B justifie de ses importants efforts, tant personnels que professionnels, en ayant occupé de nombreux emplois tout en s'occupant seule de ses trois enfants, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'a perçu à titre de salaires, au titre des années 2019, 2018 et 2017, que respectivement les sommes de 4 791 euros, 819 euros et 7 971 euros, et il est constant qu'elle percevait, depuis le mois de juillet 2020, le revenu de solidarité active et des prestations sociales à hauteur d'environ 1 100 euros par mois. Ainsi, les circonstances invoquées par la requérante selon lesquelles elle serait en recherche active d'emploi, essayerait de travailler autant que possible, et que sa situation professionnelle actuelle ne serait que temporaire ne sont pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Dans ces conditions, le ministre, qui n'a pas commis d'erreur de fait, a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de Mme B pour les motifs mentionnés ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ni commettre d'erreur de droit en ajoutant un motif de rejet non prévu par les textes.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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