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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100736

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100736

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2021, Mme B D, représentée par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 27 janvier 2020 par laquelle le préfet du Calvados a ajourné sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a été victime des faits qui se sont déroulés en 2006 et 2008 et que seuls les faits datant de 2012 lui sont imputables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 21-23 et 21-27 du code civil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 20 novembre 2021, Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante camerounaise née en 1976, demande au tribunal l'annulation de la décision du 16 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 27 janvier 2020 par laquelle le préfet du calvados a ajourné sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans.

2. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme C a accordé à M. A, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française.

4. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme D, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement de la postulante est sujet à caution, dans la mesure où celle-ci a été l'auteure de racolage public le 12 novembre 2006 ainsi que de vol simple, contrefaçon ou falsification de chèque, usage de chèque contrefaisant ou falsifié les 7 et 9 avril 2012 et où elle a fait l'objet d'une procédure pour violences volontaires avec usage ou menace d'une arme avec interruption totale de travail de 8 jours le 22 juillet 2008, la procédure ayant été classée sans suite en raison du comportement de la victime.

5. Si la requérante soutient qu'elle a été victime et non coupable des faits d'agression sexuelle datant de 2006, il ressort des pièces du dossier que si le préfet du Calvados a, dans sa décision, évoqué une procédure datant de 2006, pour des faits d'agression sexuelle, le ministre de l'intérieur, dont la décision s'est substituée à la décision préfectorale, n'a pas retenu ces faits mais des faits distincts de racolage, qui se sont également déroulés courant 2006, et le fait que Mme D a bien été reconnue coupable de ces faits et condamnée à une peine d'amende. Si la requérante soutient qu'elle a également été victime des faits datant du 22 juillet 2008, elle ne l'établit pas en produisant un jugement selon lequel elle a été victime, plus d'un an après cette date, du vol avec violence de son sac à main. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit ainsi être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été condamnée par un jugement correctionnel du 28 mars 2013 du tribunal de grande instance de Caen à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir frauduleusement soustrait deux chèques, les avoir falsifiés pour un montant de 500 euros chacun et en avoir fait usage en connaissance de cause, entre les 7 et 9 avril 2012. Le ministre pouvait prendre en considération ces faits, qui n'étaient pas exagérément anciens à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et n'étaient pas dénués de gravité, pour apprécier le comportement de la postulante. Il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls faits pour procéder à cette appréciation. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme D pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation afin de mettre à l'épreuve le comportement de la postulante durant cette période.

7. Enfin, la circonstance que la demande de naturalisation de Mme D remplit les conditions de recevabilité prévues aux articles 21-23 et 21-27 du code civil est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui ne porte pas sur la recevabilité de la demande mais ajourne celle-ci pour un motif de fond.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Ndiaye et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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