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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101565

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101565

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101565
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 10 février 2021, sous le n° 2101558, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique a rejeté le recours dirigé contre la décision du 12 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique a mis à sa charge une somme de 17 299,31 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) sur la période allant de décembre 2016 à novembre 2019 ;

2°) de prononcer la remise totale de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'a pas été précédée de la consultation de la commission de recours amiable ;

- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle méconnait les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa résidence stable et effective est en France, qu'il est de bonne foi et que l'intention de frauder n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas saisi au préalable le Défenseur des droits afin d'entamer la procédure de médiation obligatoire ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2021.

II - Par une requête enregistrée le 10 février 2021, sous le n° 2101565, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique a mis à sa charge une somme de 457,35 euros correspondant à des indus de primes exceptionnelles de fin d'année qu'il a perçu au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de prononcer la remise totale de ses dettes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle méconnait les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa résidence stable et effective est en France, qu'il est de bonne foi et que l'intention de frauder n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- les décrets n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 et n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 relatifs à l'attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active de décembre 2016 à novembre 2019 et de primes exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2016, 2017 et 2018, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler d'une part, la décision du 4 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire-Atlantique a rejeté le recours dirigé contre la décision du 12 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique a mis à sa charge une somme de 17 299,31 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) sur la période allant de décembre 2016 à novembre 2019 et d'autre part, la décision du 12 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique l'a informé de trop-perçus, pour un montant total de 457,35 euros, de primes exceptionnelles de fin d'année au titre des mois de décembre 2016, décembre 2017 et décembre 2018, réduits par une décision du 21 janvier 2020 à 304,60 euros pour les seules années 2017 et 2018.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2101558 et 2101565 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département de la Loire-Atlantique, tirée de l'irrecevabilité des conclusions de la requête n° 2102558 à fin d'annulation de la décision du 4 mars 2020 portant refus de remise gracieuse d'un trop-perçu de revenu de solidarité active :

3. Aux termes de l'article 2 du décret alors applicable du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux : " I. - A titre expérimental, dans un nombre limité de circonscriptions départementales choisies en raison de la diversité des situations qu'elles présentent, comprises dans quatre régions au plus et dont la liste est fixée par un arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres intéressés après avoir obtenu l'accord des autorités territorialement compétentes, sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une médiation, les recours contentieux formés contre : / () 1° Les décisions relatives au revenu de solidarité active, prévu à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, prises par le président du conseil départemental sur le recours préalable prévu par l'article L. 262-47 du même code, y compris les refus totaux ou partiels de remise d'indu à titre gracieux ; II. - La médiation préalable obligatoire est assurée : / 1° Pour les décisions prévues aux 1° à 3° du I, par le Défenseur des droits ; () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête dirigée contre une décision entrant dans le champ des articles 1er et 2 et qui n'a pas été précédée d'un recours préalable à la médiation, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. La date à retenir pour apprécier si la médiation préalable obligatoire est engagée dans le délai de recours contentieux est celle de l'enregistrement de la requête présentée devant le tribunal administratif. ". Enfin, aux termes de l'article 9 dudit décret, dans sa rédaction applicable à compter du 29 octobre 2020 : " Les dispositions du présent décret sont applicables aux recours contentieux susceptibles d'être présentés jusqu'au 31 décembre 2021 à l'encontre des décisions énumérées aux articles 1er et 2 intervenues à compter du 1er avril 2018. / Les médiations préalables obligatoires engagées avant le 31 décembre 2021 restent régies par les dispositions du présent décret ".

4. Il est constant que la requête n° 2102558 tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2020 portant refus de remise gracieuse d'un trop-perçu de revenu de solidarité active, enregistrée le 10 février 2021, n'a pas été précédée d'une demande de médiation préalable obligatoire par le Défenseur des droits, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 16 février 2018. Par suite, ainsi que l'oppose le département de la Loire-Atlantique, les conclusions de cette requête sont irrecevables, et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions de la requête n° 2101565 à fin d'annulation de la décision du 12 décembre 2019 de la directrice de la caisse d'allocation familiale :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ".

6. En vertu de l'article 3 des décrets n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 et n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année concernée, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code.

7. Il est constant, ainsi que le fait valoir la CAF de Loire-Atlantique, que M. B ne justifie pas qu'il disposait d'un droit au RSA au titre des mois de novembre et décembre 2017 et des mois de novembre et décembre 2018. Par voie de conséquence, il n'est fondé à contester le bien-fondé de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année ni dans son principe ni dans son montant. Par suite, les conclusions de la requête n° 2101565 doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2101558 et 2101565 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à Me Desfarges.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revererau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2101558 et 2101565

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