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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101782

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101782

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101782
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP GUEGUEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février 2021 et le 4 février 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Chalodis, représentée par Mes Baron et Gaboriau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation initiale de taxe sur les surfaces commerciales à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, à hauteur d'un montant de 38 896 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le supermarché et la station-service constituent deux établissements distincts au sens de l'article 1er du décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 dès lors que leurs locaux ne sont pas attenants ;

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en se fondant sur la circonstance que la station-service était une dépendance du supermarché par continuité topographique pour considérer qu'il s'agissait de locaux attenants au sens de la doctrine administrative ; en outre, il n'y a pas, de fait, de continuité topographique entre ces locaux ;

- si le supermarché et la station-service sont sur un même site, ils n'ont pas une adresse unique et ne sont pas assujettis à la même cotisation foncière des entreprises ;

- l'administration fiscale a fait droit, le 18 décembre 2019, à sa réclamation tendant à la décharge de la cotisation de taxe sur les surfaces commerciales à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, reconnaissant ainsi le caractère distinct du supermarché et de la station-service ; cette prise de position formelle sur l'appréciation d'une situation de fait est opposable à l'administration par application de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales ;

- elle entend également se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe n° 40 de la doctrine administrative référencée BOI-TFP-TSC-20170405.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SAS Chalodis ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;

- le décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Chalodis exploite un supermarché sous l'enseigne " Super U " à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire). Elle a été assujettie à une cotisation de taxe sur les surfaces commerciales d'un montant total de 117 277 euros au titre de l'année 2019. Par une réclamation du 17 septembre 2020, la SAS Chalodis a demandé à l'administration fiscale de prononcer la réduction de cette cotisation à concurrence d'un montant de 38 896 euros. Cette réclamation ayant rejetée par l'administration fiscale par une décision du 14 décembre 2020, la société requérante demande au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation de taxe sur les surfaces commerciales à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, à concurrence d'un montant de 38 896 euros.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite. () La surface de vente des magasins de commerce de détail, prise en compte pour le calcul de la taxe, et celle visée à l'article L. 720-5 du code de commerce, s'entendent des espaces affectés à la circulation de la clientèle pour effectuer ses achats, de ceux affectés à l'exposition des marchandises proposées à la vente, à leur paiement, et de ceux affectés à la circulation du personnel pour présenter les marchandises à la vente. / () Si ces établissements, à l'exception de ceux dont l'activité principale est la vente ou la réparation de véhicules automobiles, ont également une activité de vente au détail de carburants, l'assiette de la taxe comprend en outre une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de position de ravitaillement dans la limite de 70 mètres carrés par position de ravitaillement. () ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales : " Pour l'application de la loi du 13 juillet 1972 susvisée, l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même taxe professionnelle, ils constituent un seul établissement. Une présentation temporaire, telle que celle qui est réalisée dans une manifestation commerciale, n'a pas le caractère d'un établissement. () ".

4. Il résulte de l'instruction que pour rejeter la réclamation de la SAS Chalodis tendant à la réduction de l'imposition litigieuse, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que la station-service constituée de six positions de ravitaillement faisait partie de l'unité locale à laquelle appartient le supermarché " Super U " et le bâtiment " U Technologie " de Chalonnes-sur-Loire, et qu'elle en constituait ainsi une dépendance par continuité topographique.

5. En premier lieu, pour la mise en œuvre de la loi du 13 juillet 1972, l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise et, lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu géographique, ils constituent un seul établissement. En conséquence, en se fondant sur la circonstance que le supermarché " Super U " et la station-service formaient, par continuité topographique, un ensemble géographiquement intégré, malgré l'absence de contiguïté des parcelles sur lesquelles ils sont situés, l'administration fiscale n'a pas, contrairement à ce que fait valoir la SAS Chalodis en défense, commis d'erreur de droit.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que si le supermarché et la station-service exploités par la société requérante sont situés à des adresses et sur des parcelles distinctes, séparées par des parkings ainsi que des bâtiments appartenant à des tiers, ils sont toutefois situés dans la même zone commerciale, sur des parcelles voisines formant un ensemble intégré de locaux et sont exploités sous la même enseigne, " Super U ". Si la SAS Chalodis allègue par ailleurs que les clients ne sont pas autorisés à circuler entre ces deux commerces en utilisant les parkings situés alentour, ceux-ci sont toutefois reliés entre eux par une voie desservant les différentes parties de la zone commerciale, ainsi qu'il résulte de la vue aérienne produite par la société elle-même. Compte tenu de ces éléments, quand bien même le supermarché et la station-service seraient assujettis séparément à la cotisation foncière des entreprises, ils doivent être regardés comme constituant, pour l'application de la taxe sur les surfaces commerciales, un unique établissement au sens des dispositions précitées.

Sur l'interprétation de la loi fiscale :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. ()Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que la société requérante ne peut invoquer, sur le fondement des articles précités, ni l'interprétation d'un texte fiscal que l'administration a fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées, ni une prise de position formelle de cette dernière pour demander la décharge ou la réduction d'une imposition primitive, les contribuables n'étant en droit de contester, sur le fondement de ces dispositions, que les rehaussements d'impositions antérieures. La SAS Chalodis n'est donc pas fondée à se prévaloir, à l'appui de sa demande de réduction de l'imposition litigieuse, de la décision du 18 décembre 2019 par laquelle l'administration a partiellement fait droit à sa demande de réduction de la taxe sur les surfaces commerciales à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, ni de la doctrine administrative référencée BOI-TFP-TSC-20170405.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Chalodis à fin de réduction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement de la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Chalodis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Chalodis et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M-P. ALLIO-ROUSSEAULe greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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