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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102590

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102590

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 mars 2021, le 1er septembre 2022 et le 9 mai 2023, la société TK Promotion, représentée par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2020 par lequel le maire de La Chapelle-Sur-Erdre a refusé de lui délivrer un permis de construire seize logements sur un terrain situé 6 bis rue Charles de Gaulle à la Chapelle-Sur-Erdre, ainsi que la décision du 6 janvier 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la Chapelle-Sur-Erdre de lui délivrer le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de permis de construire, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement et ce, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-sur-Erdre la somme de 3 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision de classement sans suite est insuffisamment motivée ;

- la décision est infondée ;

- le principe du contradictoire a été méconnu.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 septembre 2021 et le 30 janvier 2023, la commune de la Chapelle-sur-Erdre, représentée par Me Marchand, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de cette requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, la lettre par laquelle la demande de permis de construire a été classée sans suite ne pouvant faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Barboteau, substituant Me Nicolas, avocat de la société TK Promotion,

- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocate de la commune de la Chapelle-sur-Erdre.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mars 2020, la société TK Promotion a déposé une demande de permis de construire pour l'édification d'un immeuble collectif de 16 logements, sur un terrain situé 6 bis rue Charles de Gaulle à La Chapelle-Sur-Erdre, correspondant aux parcelles cadastrées AM 568, 605, 606 et 607. Par une décision du 16 mars 2020, le maire de la Chapelle-sur-Erdre a suspendu le délai d'instruction de la demande dans l'attente de pièces complémentaires. Par un arrêté du 21 septembre 2020, dont la société requérante demande l'annulation, le maire La Chapelle-Sur-Erdre a classé sans suite la demande de permis de construire.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de la Chapelle-sur-Erdre

2. Si la commune de la Chapelle-sur-Erdre soutient que la lettre par laquelle la demande de permis de construire a été classée sans suite ne peut faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir au motif qu'elle ne modifierait pas l'ordonnancement juridique, le classement sans suite d'une demande de permis de construire à raison du caractère incomplet du dossier constitue une décision de rejet faisant grief au pétitionnaire. Dès lors, la requête de la société TK Promotion est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ". Aux termes de l'article R 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. "

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 16 mars 2020, notifiée le 10 avril 2020, le maire de la Chapelle-sur-Erdre a suspendu le délai d'instruction de la demande de permis de construire déposée par la société TK Promotion, en raison du caractère incomplet du dossier, et lui a demandé de lui faire parvenir dans un délai de trois mois la demande de validation du projet de gestion des eaux pluviales, ainsi qu'un plan de masse faisant figurer le dispositif de gestion des eaux pluviales. La société TK Promotion a adressé le 3 juin 2020 à la mairie de la Chapelle-sur-Erdre une étude hydraulique incluant un plan de principe de gestion des eaux pluviales et une demande de validation du projet de gestion des eaux pluviales. A la suite de la réception de ces pièces, la commune a demandé des précisions complémentaires au pétitionnaire. Par une décision du 4 août 2020 notifiée le 1er septembre 2020, la commune a informé la société TK Promotion que son dossier était considéré comme complet au 31 juillet 2020 et que la décision sur sa demande de permis de construire lui serait notifiée dans un délai de trois mois, soit au plus tard le 31 octobre 2020. Toutefois, par une décision du 13 août 2020 notifiée le 31 août 2020 à la société TK Promotion, le maire de la Chapelle-sur-Erdre a levé cette suspension et demandé à la société TK Promotion de lui fournir des informations supplémentaires pour instruire sa demande, sans spécifier un délai.

5. Il ressort également des pièces du dossier que les éléments demandés à la société TK Promotion par le courrier du 13 août 2020, consistant en des précisions sur les altimétries des ouvrages d'infiltration, les plans des réseaux EP extérieures, l'impluvium et sa fonction, ainsi que le raccordement des eaux usées, ne figuraient pas dans les pièces manquantes demandées par la lettre recommandée du 16 mars 2020 suspendant le délai d'instruction, alors même que cette lettre doit les indiquer de façon exhaustive. En outre, en n'indiquant pas, dans le courrier du 13 août 2020, un délai de réponse à cette demande d'éléments complémentaires, la commune n'a pas permis à la société de savoir dans quels délais il serait statué sur sa demande de permis de construire. Dans ces conditions, la société requérante doit être regardée comme ayant adressé dans le délai de trois mois imparti par la décision du 16 mars 2020 l'ensemble des pièces manquantes indiquées dans cette décision. Dès lors, le délai d'instruction de sa demande de permis de construire a commencé à courir à compter du 3 juin 2020, date de réception des pièces manquantes par la commune de la Chapelle-sur-Erdre, pour une durée de trois mois. Aucune décision expresse n'ayant été prise sur sa demande dans ce délai, la société TK Promotion doit être regardée comme étant titulaire d'un permis de construire tacite en date du 3 septembre 2020. Il en résulte que la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que, par la décision attaquée du 21 septembre 2020, le maire de la Chapelle-sur-Erdre a classé sans suite sa demande de permis de construire.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que l'autorité administrative entend rapporter. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre la procédure contradictoire préalable à cette décision de retrait de manière à éviter que le bénéficiaire du permis ne soit privé de cette garantie.

7. Il est constant que la décision attaquée a été prise sans que la société TK Promotion ait pu présenter des observations, alors même qu'elle était, pour les motifs indiqués au point 5, titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 3 septembre 2020. L'arrêté du 21 septembre attaqué ayant nécessairement eu pour effet de retirer ce permis de construire tacite, la commune devait mettre en œuvre une procédure contradictoire préalable à cette décision de retrait. Dans ces conditions, la société TK Promotion, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision de classement sans suite en litige a été prise à l'issue d'une procédure viciée par une méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de ce qui précède, aucun autre moyen n'étant, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, de nature à fonder l'annulation de la décision attaquée, que la société TK Promotion est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2020 par lequel le maire de la Chapelle-sur-Erdre a classé sans suite sa demande de permis de construire, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2020 implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que soit délivré à la société TK Promotion un certificat de permis de construire tacite. Dès lors, et conformément aux dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au maire de la Chapelle-sur-Erdre de délivrer à cette société le certificat prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme qu'elle demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société TK Promotion, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de la Chapelle-sur-Erdre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-sur-Erdre une somme de 1 500 euros au titre des frais demandés par la société TK Promotion à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la Chapelle-sur-Erdre du 21 septembre 2020 et la décision du 6 janvier 2021 rejetant le recours gracieux formé par la société TK Promotion sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la Chapelle-sur-Erdre de délivrer à la société TK Promotion le certificat prévu à l'article R.424-13 du code de l'urbanisme dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de la Chapelle-sur-Erdre versera à la société TK Promotion une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société TK Promotion est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de La Chapelle-sur-Erdre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société TK Promotion et et à la commune de la Chapelle-sur-Erdre.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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