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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102826

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102826

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2021, M. A B, représenté par Me Sarday, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2019 du président du syndicat départemental de Vendée Eau portant modification de son régime indemnitaire ainsi que la décision du 14 février 2020 portant rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de Vendée Eau le versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 7 novembre 2019, en tant qu'il constitue une sanction, n'est pas motivé ;

- il est entaché de vices de procédure dès lors que, s'agissant d'une décision prise en considération de sa personne, il aurait dû être informé de son droit à consulter son dossier administratif et invité à formuler des observations ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024, le syndicat départemental Vendée Eau, représenté par Me Lenfant, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n°2003-799 du 25 août 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Sarday, représentant le requérant, et celles de Me Lenfant, représentant Vendée Eau.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 novembre 2019, le président du syndicat départemental de Vendée Eau a fixé l'indemnité spécifique de service de M. B, ingénieur territorial principal, à compter du 1er novembre 2019, à un montant annuel de 7991,84 euros, résultant de l'application au taux de base multiplié par le coefficient applicable à son grade d'un taux de modulation individuelle de 43,30%, ainsi que sa prime de service et de rendement à un montant annuel de 2817 euros, correspondant au montant de base annuel. Par un courrier du 27 janvier 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, en tant qu'il fixe le taux de modulation individuelle de son indemnité spécifique de service. Ce recours a été rejeté le 14 février 2020. Le requérant demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2019 et la décision du 14 février 2020.

2. Aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " Le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales et les conseils d'administration des établissements publics locaux pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () ". Aux termes du tableau joint en annexe 1 de ce décret qui établit les équivalences avec la fonction publique de l'Etat des différents cadres d'emplois de la fonction publique territoriale dans le domaine technique notamment, dans sa version applicable au litige, le cadre d'emploi des ingénieurs territoriaux équivaut au corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat.

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement., dans sa version applicable en l'espèce : " () les ingénieurs des travaux publics de l'Etat () bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. / Cette indemnité leur est versée l'année civile suivant celle correspondant au service rendu par les agents concernés () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Sous réserve des dispositions de l'article 3, les taux moyens annuels de cette indemnité sont définis, pour les fonctionnaires des corps de l'équipement mentionnés à l'article 1er du présent décret, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et emplois et d'un coefficient propre à chaque service. () ".. Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. "

4. Le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle se fonde sur un prétendu entretien intermédiaire réalisé par son chef de service, alors qu'elle a été prise en dehors de tout entretien individuel relatif à son évaluation professionnelle, et que la dernière évaluation pour l'année 2018 réalisé en 2019, à la suite d'un entretien individuel avec son supérieur hiérarchique direct réalisé le 11 juin 2019 fait apparaître une appréciation générale favorable.

5. Il ressort des écritures en défense de Vendée Eau que, pour moduler le taux individuel appliqué à l'indemnité spécifique de service de M. B de 47,30% à 43,30%, à compter du 1er novembre 2019, le président de Vendée Eau s'est fondé sur la manière de servir de l'intéressé, caractérisée par un manque de diligences et de réactivité et des difficultés relationnelles et managériales. Il ressort de la fiche d'entretien individuel annuel portant sur l'année 2018 que si M. B a mené les missions confiées avec " aisance " et un " sens de la communication ", il lui restait à mettre en œuvre le pilotage des activités de la cellule, soit un objectif significatif qui lui avait été fixé, et que l'ensemble des compétences attendues dans le poste était évalué comme " à développer " ou " à améliorer " sur divers points, de sorte que la manière de servir de l'intéressé présentait un caractère insuffisamment satisfaisant. Il ressort également des pièces du dossier que, le 13 juin 2019, le directeur des services techniques a reçu M. B en entretien afin d'évoquer avec lui plusieurs manquements et dysfonctionnements que l'intéressé aurait, d'après le compte-rendu de cet entretien réalisé par le directeur des services techniques dans un courrier électronique du 1er juillet 2019, reconnus pour la plus grande part.

6. Si le requérant conteste avoir fait l'objet d'un entretien individuel intermédiaire avec son supérieur hiérarchique, la matérialité de l'entretien organisé le 13 juin 2019 par le directeur des services techniques en entretien est suffisamment établie pas les pièces du dossier, la circonstance que ce compte-rendu ne lui ait pas été notifié, ni validé par le supérieur hiérarchique, étant sans incidence sur l'existence de l'entretien, ni son contenu, que le requérant ne conteste pas. Il ne conteste pas davantage les réserves portées à sa fiche d'entretien individuel pour l'année 2018, ni le contenu des nombreux courriers électroniques versés à l'instance, lesquels font état de divers oublis et manquements. De tels éléments relatifs à la manière de servir du requérant, bien qu'évoqués postérieurement à l'entretien professionnel d'évaluation, pouvaient être pris en compte par l'autorité territoriale pour fixer le montant individuel de son indemnité spécifique de service. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du président de Vendée Eau de moduler le taux individuel appliqué à l'indemnité spécifique de service de M. B, à compter du 1er novembre 2019, dans la proportion relativement modeste de 47,30% à 43,30%, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

8. Si le requérant soutient qu'il aurait dû être informé de son droit à consulter son dossier administratif et invité à formuler des observations dès lors que la décision attaquée a été prise en considération de sa personne, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 7 novembre 2019, s'il a été pris sur le fondement de la manière de servir de M. B, comme il a été exposé au point 6, ne porte pas atteinte à un droit de l'agent, les fonctionnaires ne détenant aucun droit à ce qu'une prime leur soit versée à un taux déterminé, et ne constitue pas une sanction, de sorte qu'il ne saurait être assimilée aux mesures prises en considération de la personne au sens et pour l'application de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée de plusieurs vices de procédures est inopérant et doit être écarté.

9. La décision par laquelle l'autorité administrative fixe le montant individuel de la prime allouée à un agent public en la modulant en fonction de sa manière de servir n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose de motiver une telle décision. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que cette décision, justifiée par les constatations faites par l'autorité territoriale sur la manière de servir de M. B, présenterait le caractère d'une sanction. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 7 novembre 2019 est inopérant et doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2019 et de la décision du 14 février 2020 du président de Vendée Eau.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Vendée Eau le versement de la somme que demande le requérant. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement de la somme demandée par Vendée Eau sur le fondement de ces dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Vendée Eau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat départemental Vendée Eau.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2102826

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