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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102893

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102893

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHENEVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, la société Cilaos représentée par Me Lefèvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires émis le 30 septembre 2019 et le 13 janvier 2020 par la commune de Challans pour la participation pour voirie et réseaux, tels que corrigés par la lettre de relance du 27 janvier 2021 ;

2°) d'annuler la lettre de relance du 27 janvier 2021, ainsi que le courrier du 9 février 2021 rejetant la réclamation formée contre cette lettre ;

3°) de décharger la société Cilaos du paiement des titres exécutoires précités ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Challans une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- les titres exécutoires ont été signés par une autorité incompétente ;

- la lettre de relance du 27 janvier 2021 n'indique pas les bases de liquidation de la créance ;

- la réduction opérée est mal fondée ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 24 juin 2022, la commune de Challans, représentée par Me Cheneval, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable :

* la lettre de relance du 27 janvier 2021 et le courrier du 9 février 2021 ne constituent pas des décisions faisant grief ;

* les titres exécutoires en date du 30 septembre 2019 ont déjà fait l'objet d'un recours en annulation devant le tribunal administratif de Nantes et ne peuvent être à nouveau contestés en vertu de l'autorité de la chose jugée ;

* le recours contre les titres exécutoires émis le 13 janvier 2020 est tardif ;

- les moyens soulevés par la société Cilaos ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 20121246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Lefèvre, avocat de la société Cilaos,

- les observations de M. B, élève-avocat, en présence de Me Cheneval, avocat de la commune de Challans.

Considérant ce qui suit

1. Le 9 novembre 2017, la société Cilaos a sollicité l'octroi d'un permis d'aménager le lotissement Le Bois des Violettes, à Challans (Vendée). Par un certificat établi le 22 mars 2018, le maire de Challans a confirmé que cette demande de permis d'aménager avait reçu un accord tacite depuis le 5 mars 2018. Par un arrêté du 29 mars 2018, le maire de Challans a assujetti la société Cilaos au versement d'une participation pour voirie et réseaux d'un montant de 136 625 euros. Le 30 septembre 2019, la commune de Challans a émis deux titres exécutoires relatifs au premier versement de cette participation pour voirie et réseaux. Par deux requêtes enregistrées le 28 mai 2018 et le 11 décembre 2019, la société Cilaos a saisi le tribunal administratif de Nantes d'une demande tendant à obtenir l'annulation de ces décisions. Par un jugement du 17 novembre 2020, le tribunal a annulé ces décisions en tant qu'elles incluent dans le calcul de la participation pour voirie et réseaux les acquisitions foncières, études, aménagements et travaux relatives au chemin du Rétail ainsi que les réseaux y afférents, et a déchargé la société Cilaos des sommes correspondantes. Par une lettre de relance du 27 janvier 2021, la direction générale des finances publiques a demandé à la société Cilaos de régler les sommes demeurant à sa charge. Cette dernière a demandé l'annulation de cette lettre de relance. Par une décision du 9 février 2021, le maire de Challans a rejeté cette demande. La société requérante demande au tribunal d'annuler les titres exécutoires du 30 septembre 2019 et du 30 janvier 2020, la lettre de relance du 27 janvier 2021 ainsi que le rejet de sa réclamation du 9 février 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au présent litige : " () Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais ". () ".

3. Le courrier intitulé " lettre de relance " adressé le 27 janvier 2021 par le comptable public à la société Cilaos, qui constate que la société ne s'est pas acquittée des sommes dues en vertu des titres exécutoires du 30 septembre 2019 et du 13 janvier 2020 et l'invite au paiement de ces sommes dans les trente jours, sous peine d'une exécution forcée, ne constitue pas un acte faisant grief susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette lettre sont irrecevables. Il en va de même des conclusions dirigées contre le courrier du 9 février 2021 rejetant la demande d'annulation de cette lettre de relance.

4. En deuxième lieu, les titres exécutoires BC 66101 / 2019 T 103 et BC 66100 / 2019 T 1841 du 30 septembre 2019 ont fait l'objet d'une annulation partielle par une décision du tribunal administratif de Nantes du 17 novembre 2020, devenue définitive, en tant qu'ils incluent dans le calcul de la participation pour voirie et réseaux les acquisitions foncières, études, aménagements et travaux relatives au chemin du Rétail ainsi que les réseaux y afférents, ce jugement ayant rejeté le surplus des conclusions de la société Cilaos dirigées contre ce deux actes. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de ces titres de recettes, sur lesquelles le tribunal a déjà statué, sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation et de décharge :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 31 mars 2014 dont les mentions attestent du caractère exécutoire, le maire de Challans a donné délégation à M. A C, adjoint au maire et signataire des bordereaux comportant les titres BC 66101 / 2020 T1 et BC 66100/2020 T76 en date du 13 janvier 2020, à l'effet de signer notamment tous les actes concernant la liquidation et le recouvrement des recettes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquide faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle s'est fondée pour déterminer le montant de la créance. Cette formalité vise à mettre le destinataire du titre à même de discuter les bases de liquidation de sa dette.

7. Il résulte de l'instruction que les avis des sommes à payer BC 66101 / 2020 T1 et BC 66100/2020 T76 du 13 janvier 2020 indiquent les montants dont la société requérante est redevable, ainsi que le fait générateur de la créance, à savoir le deuxième versement de la participation pour voies et réseaux chemin du gué aux moines et rue de la rive. En outre, la lettre de relance du 27 janvier 2021 précise pour chaque créance le montant initial de la participation pour voies et réseaux, les réductions et versements effectués, ainsi que le reste à payer. Il en résulte que le moyen tiré du défaut d'indication des bases de la liquidation doit être écarté.

8. En troisième lieu, si la société requérante conteste le mode de calcul de la réduction de la participation pour voies et réseaux indiqué par la commune dans le courrier du 9 février 2021, et soutient que la commune ne pouvait réduire la surface totale de l'emprise de la zone soumise à participation pour voies et réseaux pour recalculer sa participation, il résulte de l'instruction que la réduction effectuée est conforme à la décision du tribunal administratif de Nantes du 17 novembre 2020 mentionnant que le chemin du Rétail et les réseaux y afférents ne devaient pas être inclus dans le calcul de cette participation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-revoir opposée par la commune de Challans aux conclusions dirigées contre les titres exécutoires émis le 13 janvier 2020, les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par la société Cilaos doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Challans, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société requérante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Cilaos la somme demandée par la commune de Challans au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société Cilaos est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Challans au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cilaos et à la commune de Challans.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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