mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2021 au greffe du tribunal administratif de Montpellier, transmise par ordonnance en date du 29 mars 2021 et enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Nantes sous le n° 2103491, Mme F A C, représentée par Me Pion Riccio, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2020 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé son licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement, ainsi que la décision du 2 décembre 2020 rejetant le recours gracieux qu'elle a formé contre cet acte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;
- l'arrêté attaqué est entaché de vices de procédure dès lors qu'il a été pris en méconnaissance des articles 44 et 47 du décret du 17 janvier 1986 et de l'article 4 du décret du 25 octobre 1984 ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'administration n'établit pas l'existence d'une faute grave ;
- la sanction de licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A C n'est fondé.
Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Barès,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a été recrutée par la préfecture de la Mayenne le 10 décembre 2018 par un contrat à durée déterminée de trois ans, en qualité de chargée de mission juridique spécialisée dans le contentieux des étrangers. Par un arrêté du 3 août 2020, elle a fait l'objet d'un licenciement pour faute grave, sans préavis ni indemnité de licenciement. Par un courrier du 2 octobre 2020, elle a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Mme A C demande au tribunal d'annuler cet arrêté prononçant son licenciement, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 2 décembre 2020 rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat () ". Aux termes du 1er article du décret du 24 juillet 2019 portant nomination de la directrice des ressources humaines du ministère de l'intérieur : " Mme E B, administratrice civile hors classe, est nommée directrice des ressources humaines à l'administration centrale du ministère de l'intérieur, à compter du 29 juillet 2019. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que Mme E B était compétente pour signer l'arrêté du 3 août 2020 portant licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement de Mme A C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " () L'agent non titulaire à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous documents annexes et à se faire assister par les défenseurs de son choix. L'administration doit informer l'intéressé de son droit à communication du dossier. ". Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public ou porte sur des faits qui, s'ils sont établis, sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire ou de justifier que soit prise une mesure en considération de la personne d'un tel agent, le rapport établi à l'issue de cette enquête ainsi que, lorsqu'ils existent, les témoignages écrits et procès-verbaux des auditions des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête font partie des pièces dont ce dernier doit recevoir communication en application de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, sauf si la communication de ces témoignages et procès-verbaux serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C s'est vu communiquer, à sa demande, l'intégralité des pièces figurant dans son dossier individuel. Si elle soutient que l'arrêté attaqué et le compte-rendu de la commission consultative paritaire compétente à l'égard de certains agents non titulaires de l'Etat siégeant en formation disciplinaire font état de la prise en compte de témoignages d'agents dont elle n'a pas eu connaissance, elle n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations, ni aucun élément de nature à établir que des témoignages écrits auraient été établis et pris en considération par la commission avant d'émettre son avis sur la proposition de sanction de licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement envisagée par le ministre. S'il y est fait état de difficultés relationnelles entre Mme A C et d'autres agents de la préfecture ainsi que d'un manque de respect envers les membres du bureau où elle était affectée, ces éléments ressortent du témoignage devant la commission de M. D, directeur de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne, lequel s'est borné à reprendre à l'oral l'ensemble des griefs formulés à l'encontre de l'intéressée et rassemblés par écrit dans une note du 4 novembre 2019 sur sa manière de servir et qui lui a été communiquée. Dans ces conditions, Mme A C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 44 du décret du 17 janvier 1986.
6. En troisième lieu, Mme A C ne peut utilement faire valoir qu'elle n'a pas bénéficié de l'entretien préalable à son licenciement prévu par l'article 47 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, lequel n'est pas applicable aux mesures de licenciement prononcées, comme en l'espèce, à titre disciplinaire.
7. En quatrième lieu, G A C soutient qu'elle a été privée d'une garantie, dès lors que sa demande de report de la réunion du conseil de discipline a été rejetée, en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat, il est toutefois constant qu'elle a été recrutée en qualité d'agente contractuelle. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. / Dans l'exercice de ses fonctions, il est tenu à l'obligation de neutralité. () ". Aux termes de l'article 28 de la même loi : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. ". L'article 32 de cette même loi dispose que, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, ces articles, insérés dans le chapitre IV " des obligations et de la déontologie ", sont applicables aux agents contractuels.
9. D'autre part, aux termes de l'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 43-2 du même décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents non titulaires sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. ".
10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
11. Il ressort des pièces du dossier que le 25 septembre 2019, Mme A C a adressé un courriel au maire de Laval, chef-lieu du département de la Mayenne, depuis sa messagerie professionnelle et signé de son nom et de ses fonctions de " chargée de mission au bureau de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de la Mayenne " dans lequel, se prévalant de sa qualité de fondatrice d'une association de protection animale, elle faisait part de " sa stupeur et sa déception " de constater que la ville accueillait un cirque comprenant des animaux sauvages. Elle indiquait par ailleurs au maire que les affichages publicitaires effectués par le cirque étaient illégaux et l'invitait à faire procéder à leur enlèvement, lui rappelant à cet égard ses obligations en la matière, les textes applicables et la procédure à suivre. Elle ajoutait que dans l'hypothèse où sa demande ne serait pas suivie d'effet, elle se " verrait contrainte de donner à cette affaire les suites appropriées ". Elle y faisait ensuite part de son opinion sur la présence d'animaux sauvages dans les cirques, insistant sur leur maltraitance, et adressait au maire de Laval les phrases suivantes : " accepter la présence de ces compagnies sur le territoire de votre ville est le résultat soit de l'ignorance () soit d'un intérêt économique qui ne fait pas honneur à votre conscience " et " souhaitez-vous endosser la responsabilité d'un tel abrutissement de ces enfants ' ". G Mme A C fait valoir qu'elle a adressé, par erreur, ce courriel depuis son adresse électronique professionnelle et qu'elle a renvoyé quelques minutes plus tard le même message, depuis une adresse personnelle, signé en son seul nom personnel, sans faire mention de ses fonctions en préfecture de la Mayenne, elle ne conteste toutefois pas avoir rédigé et envoyé ces écrits sur ses lieu et temps de travail. Elle ne soutient d'ailleurs pas en avoir spontanément fait part à sa hiérarchie ni davantage avoir fourni d'explications au maire de Laval. De tels écrits, à plusieurs égards irrespectueux et comminatoires et qui méconnaissent l'obligation de réserve qui s'impose à tout agent public, sont de nature à nuire à l'image de la préfecture de la Mayenne et à ses relations avec la ville de Laval, sans que l'intéressée soit fondée à se prévaloir du simple exercice de sa liberté d'expression. En outre, il ressort des pièces du dossier que le 29 juillet 2019, Mme A C s'est positionnée en congé sur le planning sans autorisation préalable, que l'intéressée ne s'est pas rendue, à deux reprises et sans justification, à un entretien avec son chef de bureau et qu'elle a refusé d'exécuter certaines instructions dans l'accomplissement de ses missions, méconnaissant de façon répétée son obligation d'obéissance hiérarchique. Dans ces conditions et eu égard à la méconnaissance de plusieurs de ses obligations professionnelles, à la gravité des fautes qui lui sont reprochées, lesquelles excèdent l'insuffisance professionnelle et ont été commises sur une période de dix mois seulement à compter de son recrutement, et enfin au blâme dont elle a fait l'objet le 27 juin 2019 pour avoir volontairement falsifié la durée de ses temps de pause, Mme A C n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant son licenciement sans préavis ni indemnité de licenciement, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation, en l'absence de disproportion de la sanction retenue.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A C, à Me Pion Riccio et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
M. Barès, premier conseiller,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. BARÈS
Le président,
C. CANTIÉ
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
C. DUMONTEIL
No 2103491
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026