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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104910

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104910

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEKEUFACK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête de M. E, ressortissant camerounais, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur d'accorder sa naturalisation. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation de la décision ministérielle. Il juge que le ministre a pu légalement fonder son refus sur le caractère non probant de l'acte d'état civil produit, en application de l'article 47 du code civil, en raison d'une incohérence sur l'identité du père. La solution retenue confirme le large pouvoir d'appréciation du ministre dans l'octroi de la naturalisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2021, M. C E, représenté par Me Lekeufack, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant camerounais né en 1986, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 octobre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation.

2. En premier lieu, d'une part, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme A, nommée directrice de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à M. B D, attaché d'administration de l'Etat hors classe, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 ainsi que l'article 47 du code civil et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement se fonder notamment sur la circonstance que le postulant avait, au soutien d'une demande tendant à obtenir de l'administration la délivrance d'une décision favorable, présenté des documents d'état civil étranger dépourvus de caractère probant, au sens de l'article 47 du code civil.

5. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. E, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'acte d'état civil qu'il a produit à l'appui de sa demande de naturalisation ne peut être considéré comme suffisamment probant au regard de l'article 47 du code civil, dès lors que l'identité de son père indiquée sur cet acte diffère de celle de la personne qui l'a reconnu le 19 décembre 2003 à Bobigny.

6. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. / En cas de doute, l'administration, saisie d'une demande d'établissement, de transcription ou de délivrance d'un acte ou d'un titre, surseoit à la demande et informe l'intéressé qu'il peut, dans un délai de deux mois, saisir le procureur de la République de Nantes pour qu'il soit procédé à la vérification de l'authenticité de l'acte. / S'il estime sans fondement la demande de vérification qui lui est faite, le procureur de la République en avise l'intéressé et l'administration dans le délai d'un mois. / S'il partage les doutes de l'administration, le procureur de la République de Nantes fait procéder, dans un délai qui ne peut excéder six mois, renouvelable une fois pour les nécessités de l'enquête, à toutes investigations utiles, notamment en saisissant les autorités consulaires compétentes. Il informe l'intéressé et l'administration du résultat de l'enquête dans les meilleurs délais. Au vu des résultats des investigations menées, le procureur de la République peut saisir le tribunal de grande instance de Nantes pour qu'il statue sur la validité de l'acte après avoir, le cas échéant, ordonné toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. "

7. Il est constant qu'à l'appui de sa demande de naturalisation,

M. E a produit un acte de naissance n° 3254/86 mentionnant une identité de père distincte de celle qui est mentionnée sur l'acte de reconnaissance de l'intéressé dressé à Bobigny le 19 décembre 2003. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le procureur de de la République de Nantes, saisi en 2018 par le service central d'état civil français d'une demande faisant notamment état de la production par M. E de deux actes de naissance différents, portant les n° 3254/86 et n° 3023/86, a confirmé l'existence d'un conflit de paternité entachant les actes d'état civil de l'intéressé et faisant obstacle à sa naturalisation. Ainsi, compte tenu de ces incohérences qui ne permettent pas de regarder comme établi l'état civil de l'intéressé, le ministre de l'intérieur, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, ni, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, d'une erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation présentée par le requérant pour le motif susmentionné.

8. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle M. E remplirait toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, laquelle n'est pas une décision d'irrecevabilité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

Mme Malingue, première conseillère,

M. Hannoyer, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYERLa présidente,

M. BERIA-GUILLAUMIE

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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